0,02% du Manaslu : Sophie Lavaud au (vrai) sommet de son 12e 8000m

Peu importe ce que vous pensez de la course aux sommets de 8000m, peu importe que vous ne compreniez pas cet himalayisme de groupe, cette progression en files indiennes, ce goût pour l’attente dans des camps bondés, le jumar le long de kilomètres de cordes fixes, le business qu’il y a derrière, les risques pris, parfois illogiques en apparence.
Peu importe tout ça. 

Sophie Lavaud au camp 3 du Manaslu, en septembre 2022. ©Coll. Lavaud

Concentrons-nous sur ces deux mètres. Deux mètres sur les 8163m que compte le Manaslu au Népal, soit 0,02% de son altitude totale. Les deux derniers mètres d’altitude très longtemps délaissés par les himalayistes, parce qu’ils « ne les avaient pas vus », parce qu’il « faisait mauvais », parce que l’antécime est bien confortable et ces deux derniers mètres bien plus raides et techniques, pas pratiques pour faire défiler les foules de prétendants. Et parce que « bein c’est tout comme le sommet hein, on est pas à deux mètres près ». 

Sophie Lavaud, si. Et cette nuit du vendredi 30 septembre au samedi 1er octobre, Sophie a atteint le sommet du Manaslu, le « true summit ». Et donc son premier Manaslu, après l’antécime qu’elle avait atteinte en 2017. 

SMS envoyés par Sophie depuis le sommet, avec son inReach, le 1er octobre 2022. Elle y remercie notamment Yan Giezendanner, routeur météo préféré des himalayistes pour sa précision. 

Imaginez que dans son parcours de huit-milliste, cela faisait 5 ans que Sophie avait fait la croix, une croix sur ce Manaslu où elle pensait ne plus avoir à revenir. Après la « révélation » du vrai sommet en octobre dernier, et malgré un échec au Nanga Parbat en juillet dernier, Sophie n’a pas hésité à mobiliser à nouveau toute la machinerie nécessaire à la réalisation de son projet : être la première Française (et peut-être première femme tout court selon les calculs) à gravir les 14×8000 du globe.

Encore une fois, quoi que l’on pense de tout ce cirque himalayen, force est de constater que Sophie Lavaud fait preuve d’une détermination remarquable. Elle poursuit son petit bonhomme de chemin sur les géants du globe, son fil conducteur à elle. Et quelles qu’en soient les raisons, cet aiguillon donne du sens à sa vie. Sans tricherie. Ce qui implique de mobiliser certes des moyens financiers et des équipes pour l’entourer ; mobiliser surtout l’énergie et la motivation pour retourner là-haut et remettre l’ouvrage sur le pénible métier d’une ascension en Himalaya.
Pour gravir ces deux foutus derniers mètres. Pour accomplir 100% de son projet. Pas 99,98%. 

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