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Depuis cette nuit de jeudi 11 à vendredi 12 février 2020, un message impatient de Colin Haley affole la planète alpine : la première traversée du Fitz Roy dans le sens sud-nord par Sean Villanueva en solo, dans le sens inverse de la seule traversée réalisée jusqu’alors par Alex Honnold et Tommy Caldwell en 2015. Comme ça, sans prévenir, sans effet d’annonce, sans roulements de tambour médiatique préalable. C’est rare de nos jours. Et c’est tout ce qu’on aime.

Comment ça ?! Une traversée du Fitz ? Alors que l’on croyait ce genre d’exploit reservé à des cordées surentrainées (Honnold-Caldwell qui ont réussi mais aussi Garibotti-Haley qui ont sérieusement tenté) ? Et voilà que l’un des plus forts grimpeurs belges s’y lance sans tambours ni trompette, avec sa corde et son pipeau (celui dont il joue dès qu’une pause s’impose en paroi). Bluffant.

Et puis ce petit message décalé de Sean lui-même, en réponse aux traditionnels souhaits d’anniversaire sur le réseau social bleu : « Pour fêter mon anniversaire, je me suis offert sept gâteaux, certains glacés, ainsi que quelques à-côtés en accompagnement ». Belle description de ce qui pourrait bien être l’une des plus extraordinaires réalisations en Patagonie de ces dernières années. Et le plus beau cadeau de 40 ans qu’on puisse imaginer.

La chaîne du Fitz Roy, vue de l’est. ©Ulysse Lefebvre

« L’ascension la plus impressionnante
jamais réalisée en Patagonie »

Colin Haley

Ce point de vue, c’est justement un autre spécialiste de la région qui l’affirme sans hésiter. Colin Haley, auteurs de solos époustouflants en Patagonie et grimpeur assidu des aiguilles granitiques du Fitz Roy déclare : « Il ne fait aucun doute que c’est l’ascension la plus impressionnante jamais réalisée en Patagonie ». Tout simplement.

Sean Villanueva passe lui aussi la plupart de ses étés australs en Patagonie. Spécialiste de l’escalade en big wall, connu pour ses pérégrinations verticales avec les frères Favresse, Villanueva est surtout un grimpeur qui ne se prend pas au sérieux et ne parle presque jamais des difficultés techniques de ses ascensions, plus occupé à mettre de l’ambiance en musique ou a produire son désormais célèbre sourire-cri-de-fureur dès qu’une caméra se pointe sur lui. Pourtant, Sean a déjà rayé les parois de Patagonie, comme il nous le racontait lui-même l’année passée sur Alpine Mag, aux côtés de Nicolas Favresse. Il connaissait donc bien les sept sommets parcourus à savoir, dans l’ordre sud-nord : Aguja del S, Saint-Exupéry, Rafael Juarez, Poincenot, Fitz Roy, Mermoz et Guillaumet.

La traversée réalisée par Alex Honnold et Tommy Caldwell en 2015, dans le sens nord-sud (de droite à gauche). Et dans le sens inverse par Sean Villanueva. ©Rolando Garibotti/textes Tommy Caldwell

Coup de tonnerre

La planète alpine résonne depuis cette nuit au son des quelques informations glanées ici ou là, le principal intéressé étant encore en phase de récupération semble t-il. On lui laisse évidemment le temps de retrouver le plancher des vaches à El Chalten.

Mais on ne cache pas notre impatience d’en savoir plus sur les détails de sa traversée : quel itinéraire exactement (les fameux « extras » dont parle Villanueva) ? Quel matériel ? Quel mode de progression (auto assurage, solo intégral) ? Quel temps de parcours ? Quelle météo là-haut ? Et pourquoi dans le sens sud-nord ? Autant de questions que nous lui poserons dès que possible.

En 2015, Honnold et Caldwell avait mis 5 jours pour effectuer la traversée. On sait qu’un grimpeur seul va souvent plus vite qu’une cordée, parfois au prix d’une sécurité moindre. Seul détail lâché par le grimpeur musicien : « L’acoustique était bonne sur les sommets ». Nous voilà rassurés.

Allez Sean, réponds ! ©Ulysse Lefebvre

Retrouvez tous les détails de cette traversée dantesque dans l’excellent topo de Rolando Garibotti Patagonia Vertical

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