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Ici Elvira, vous m’entendez ? De Linda Cottino

Les grandes tragédies de la montagne sont faites pour être racontées. Peu de monde connaît pourtant l’histoire de cette cordée russe et du drame collectif qui a suivi en 1974 au cœur du Pamir.

Dans les années 70, l’alpiniste Elvira Shataeva s’est investie d’un projet qu’elle trouvait à la fois « inconcevable et grandiose » : prouver qu’une cordée féminine russe pouvait se lancer seule dans l’ascension d’un 7000 mètres, l’emblématique pic Lénine. Le genre d’histoire qui ne pouvait qu’inspirer l’Italienne Linda Cottino, passionnée d’écriture et de montagne. En 1999, elle découvre les tombes des alpinistes russes à proximité du camp de base d’Imc Pamir. Sa curiosité fera son chemin.

Il lui faudra un peu de patience pour rassembler des témoignages, dont celui capital du mari d’Elvira, Vladimir Shataev, et réunir la matière pour construire son récit (le carnet de notes de l’une des alpinistes Valentina, les rapports d’enquête…). « J’ai essayé de remplir avec mon intuition et mon imagination les vides et les zones d’ombre » complète l’auteure dans sa note finale. C’est réussi. D’entrée, Linda Cottino nous plonge dans l’esprit de la cheffe de cordée Elvira, une femme déterminée. Tragédie en trois actes. Le lecteur, impuissant, assiste à la dérive d’une cordée malmenée par les éléments, prête à tout sauf à renoncer. «

Ici Elvira, vous m’entendez ?, Linda Cottino, éditions du Mont-Blanc, 240 pages, 16,50 euros.

Les dernières communications
entre le camp de base et Elvira
sont déchirantes

« La cordée des huit alpinistes est en train de faire naufrage inexorablement sur les neiges du pic Lénine ». Les alpinistes russes atteignent le sommet mais sont, dans la descente sur la voie Lipkin, balayées, dépouillées, aspirées par une tempête, la pire de la région depuis vingt-cinq ans. Les dernières communications entre le camp de base et Elvira sont déchirantes. Le pic Lénine garde toujours sa part de mystère autour de cette tragédie.

Les corps des huit alpinistes seront retrouvés une semaine après, disséminés juste au-dessous du sommet. Elles seront restées ensemble, solidaires jusqu’à la fin. Des sourires aux corps des grimpeuses décédées, les photos font leur effet et ont une résonance immédiate, presque magnétique. Un récit puissant, poignant. L’hommage qui manquait à des femmes qui se sont accrochées jusqu’au bout à leurs rêves.

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