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Le K Knubel

C‘est un peu par hasard que je me suis intéressé à un certain monsieur « K », non pas le  personnage éponyme de Kafka dans son roman le Procès, mais bien Monsieur Knubel et la chère fissure qui porte son nom pour l’éternité.

On peut noter au passage que l’un – l’auteur – et l’autre – l’alpiniste – connurent une trentième année pleine de rebondissements, Kafka décrivant dans sa trentième année monsieur K se faisant arrêter pour un motif inconnu (mais c’est un roman bien entendu), Joseph Knubel (au même âge) réalisant une ascension mémorable avec son camarade Young et pour l’occasion c’est bien de vérité historique et non de fiction qu’il s’agit, comme l’atteste la recension de cet exploit dans les guides, notamment le Vallot de 1977.

J’ai un souvenir précis de ma première visite à l’Envers des Aiguilles, je ne savais pas encore que la fissure Knubel m’attendait là-haut dans les limbes. Chaque alpiniste sait bien ce dont on parle quand on prononce le vocable  Envers-des-Aiguilles,  il s’agit bien évidemment du versant sud-est des Aiguilles de Chamonix, aiguilles dont les faces ouest –l’endroit donc- frappent le regard une fois que l’on a passé le verrou des Houches, par la répétition d’un motif de piliers proches de la verticale avançant dans la vallée comme des lames, reproduit plusieurs fois dans un alignement assez spectaculaire pour marquer à jamais le regard d’un enfant découvrant la vallée de Chamonix. Les faces est et sud –l’envers donc- sont cachées au regard, ça je ne le savais pas encore.

Je découvris cet autre versant parce que je devins alpiniste, donc curieux de connaitre les deux faces de ce décor.

Nous étions montés en famille au refuge du même nom sans que je sache à cette époque – c’était encore le milieu des années soixante et je devais avoir à peine onze ans- que j’y passerai autant de nuits.  Nos visites en haute-montagne s’étaient enchaînées été après été, dans des incursions de plus en plus haut -délaissant rapidement les alpages pour prendre pied sur les glaciers- et nous visitions les refuges d’altitude un à un apprenant au passage les rudiments du cramponnage, de la marche sur glacier et des encordements qui étaient autant de techniques que mon frère aîné dominait plus que moi et que j’appris à ses côtés, parfois sous son commandement, ainsi va la vie de certains cadets, ils suivent les ordres de leur ainé.

De transmission intergénérationnelle de l’esprit de l’alpinisme et de ses techniques aventureuses il n’y en eu point, tant il est vrai que nous avions rapidement volés de nos propres ailes, nos parents ne pouvant prétendre à suivre les jeunes cabris ambitieux que nous étions devenus au fil des années. Nos esprits furent remplis très tôt de récits d’ascensions et de passages clefs qui faisaient plus ou moins frémir les alpinistes jeunes et moins jeunes et de toutes nationalités de la Pierre d’Hortaz, ce camping-tour-de-Babel où nous prenions nos quartiers d’été à peine entré dans l’âge adulte.

Nous ne connûmes jamais le lent apprentissage des dynasties de fils de guides baptisés au berceau d’un nom illustre, et de tout un savoir de la montagne incorporé dans la transmission intergénérationnelle, le passage de témoin d’homme à homme, le tout sans aucun doute ponctué dès l’enfance à l’heure de se coucher, du nom des sommets alentour, des patronymes des découvreurs dont certains héritaient, des conseils avisés  et des récits de conquêtes d’un père, d’un oncle, décrivant par le menu pour endormir un enfant les aventures qu’il ne manquerait pas de connaître là-haut. (…)

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