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Avec Pourquoi nous aimons gravir les montagnes, Marco Troussier revient sur les motivations des alpinistes, au-delà de la fameuse réplique de Mallory, parce qu’elles sont là. Paru aux éditions du Mont Blanc, ce livre a pris la forme d’un abécédaire forcément non exhaustif, qui dessine la carte générale et parfois intime d’une passion pour l’alpinisme. Premier extrait.

A comme Angoisse.

 

 

 

Un sentiment d’oppression monte en moi. Mes pas ne sont plus si assurés et mes jambes sont prêtes à flancher. Je devrais faire chaque pas avec lé- gèreté, aller vers le but que je me suis fixé – une face nord prestigieuse – mais tout au contraire une boule se développe dans mon ventre. Quelque chose grossit entre le diaphragme et le sternum, pèse de plus en plus, encombre, ne veut pas disparaître. Souvent le cerveau se met au diapason et fait écho à ces maux si reconnaissables, les pensées négatives affluent.

Il y a un amour des commencements et des choses nouvelles, la vie en est pleine. Mais il y a aussi l’angoisse de l’inconnu, de l’épreuve, de la longueur dure dans laquelle on va s’engager, du passage d’une rimaye qui paraît bien scabreuse – est-elle ainsi ou bien est-ce moi qui la vois si menaçante ? Et aussi la découverte après une longue marche d’approche, d’une montagne austère que l’on doit gravir et qui devient – du moins le croit-on – de plus en plus haute et de plus en plus inamicale.

Une montagne qui devient, du moins le croit-on, de plus en plus inamicale.

On ne souhaite à personne d’avoir éprouvé, le sentiment d’être pris au piège lors d’une course en haute montagne, le pire étant de savoir qu’on l’a déclenché soi-même le piège, et qu’on aurait pu l’éviter avec un peu plus de jugeote ou moins d’aveuglement, ou une ambition plus raisonnable.

Enfant, on redoute beaucoup de choses, pourtant, autour de soi, tous nous encouragent à repousser les limites. La première longueur en tête, la première course réalisée sans un adulte, la première face nord prestigieuse vaincue. Tous ces moments de la vie de chaque alpiniste restent gravés car ils ont été surmontés, parfois au prix de sueurs et de tremblements. Chaque fois, la boule s’est dissoute dans l’action, les doutes se sont envolés et l’enchaînement des longueurs a permis d’atteindre le sommet convoité.

Le doute est raisonnable, on peut le combattre avec la raison. L’angoisse s’impose sournoisement, parfois submerge, provoque des maux de tête ou de ventre, se combat par l’action. C’est sans doute une des plus belles leçons que l’alpinisme délivre.

Pourquoi nous aimons gravir les montagnes de Marco Troussier, éditions du Mont-Blanc, 224 p, 14,90 €

Lire le deuxième extrait.

Lire le troisième extrait : à suivre…