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Escalade : Tristan et Louna Ladevant grimpent à Serre-Châtelard, Vercors

Louna Ladevant, El Colono Dromo, 8a, Vercors ©JC

Le Vercors recèle des parois aussi belles qu’encore confidentielles, pour certaines d’entre elles. Nous sommes allés voir celle de Serre-Châtelard, dans le Royans, avec les frères Tristan et Louna Ladevant. L’objectif ? Déchiffrer une grande voie dure, en visitant un nouveau spot original, et pourtant non loin de la célèbre Presles. Le Vercors a encore des réserves de beauté et de solitude : il faudra revenir. 

Prenez une falaise, ajoutez des grimpeurs, des connaissances : vous allez tisser une cartographie de l’amitié, celle qui relie ces personnes. C’est un copain, Philippe, qui m’a emmené à Serre-Châtelard, un guide qui s’est établi dans le Vercors depuis. Ensuite j’y ai emmené Mathieu, pour ouvrir quelques belles grandes voies, théâtres d’aventures courtes et merveilleuses. Et puis un jour, un autre copain, dont il sera question ici, qui, devinez, a lui-même emmené quelqu’un… Tout est relié. 

Tristan et Louna Ladevant ©Jocelyn Chavy

Serre-Châtelard ? Une grande falaise de cent à cent cinquante mètres de hauteur, des surplombs orange en rocher douteux, des murs gris blancs trop lisses, des dalles grises parfaites, et quelques beaux dévers aux colonnes de Buren, noir et blanc. Serre-Châtelard est l’ensemble de parois qui dominent la combe Laval : une demi-Presles, au sud, versant drômois de celle-ci. Il faut retourner sur les lieux aimés, ne serait-ce que parce qu’ils sont toujours là.

La sauvagerie des lieux, le panorama unique sur la combe Laval, l’odeur du thym, le gaz au bord de la falaise : rien n’a changé, depuis disons une bonne dizaine d’années, où je suis venu avec Édouard Bouvet, lui montrer un gros dévers qui semblait être destiné à devenir la première longueur d’un projet trop ambitieux pour du trad, ou de l’artif, et surtout pour moi. L’ami Dédé fit parler la perceuse, et y revint poser les mains avec Romain Gendey, pour s’apercevoir que sa création en trois, ou quatre longueurs, n’était pas facile. Du tout. 

Tristan Ladevant, longueurs du bas, 7c+ ©JC

Tristan et Louna au relais, plein gaz. ©JC

La sauvagerie des lieux, le panorama unique sur la combe Laval, l’odeur du thym, le gaz au bord de la falaise : rien n’a changé

Vercors 2023

Juin 2023, Tristan et Louna Ladevant sont affûtés par un séjour à Céüse, et un beau début de saison avec un panier de croix en Corse. Motivés par l’idée d’une grande voie mystérieuse, ils sont à pied d’oeuvre, ou plutôt en haut de la falaise, en train de chercher le ou les derniers spits de El Colono Dromo, le nom donné par Dédé (Edouard Bouvet) à sa voie.

Les brumes se déchirent lentement, et nous descendons en rappel : Tristan re-clippe régulièrement sous peine de se retrouver en plein vide. Nous stoppons la descente « autour » du premier relais, qui a été modifié entre temps. Ce printemps très arrosé fait déborder les colonnettes, magnifiques mais sombres d’eau, qui forment une belle traversée au-dessus des gros dévers du départ. Il faut shunter celui-ci sous peine de finir par devoir faire le grand tour à pied en cas de but.

Du pur caillou vertaco : prises verticales, monos… et du rocher très classe

À cinquante mètres du sol, l’ambiance est terrible, le brouillard qui joue avec nos nerfs y est sans doute pour quelque chose. Louna grimpe du 9a, donc « théoriquement » cette longueur « autour » de 8a ne devrait pas lui poser problème. Le rocher compact ne va pas lui favoriser la tâche. Du pur caillou vertaco : des prises de main verticales, des monos ou des à-plats, des prises de pied minuscules qui ne supportent pas l’approximation, le tout sur du rocher très classe, mais qui n’a guère vu de grimpeur. Pas de tickets, pas de brossage. Bienvenue dans le Vercors ! Les passionnés de Presles, ou d’Omblèze, ne seront pas dépaysés. Les autres, et bien, devront s’habituer. La longueur est déchiffrée par Louna mais avec le départ tout trempé, il faudra revenir pour faire cette longueur et celle, majeure, en-dessous. 

Tristan Ladevant ©Jocelyn Chavy

Il faudra revenir pour enchaîner El Colono Dromo

Un relais plein gaz nous accueille, le temps d’attendre une éclaircie qui ne viendra pas, et c’est au tour de Tristan de déchiffrer la suite. Quelques mouvements amples dans une fissure abordable mènent à une bonne séquence « vertaco » : des prises verticales, des équilibres précaires, puis un bombé en rocher gris bien lisse, à doigts, qui conduit à la sortie, facile. Verdict ? « Autour » de 7c. Tristan Ladevant redescend assurer son frère, Louna. « Tu verras, il y a une verticale à gauche, puis remonte vers le plat à droite » lui crie Tristan au-début du crux. Louna se fait flasher à mesure qu’il monte. Il faut croire que l’entraînement à Céüse paye, puisqu’il ne fait qu’une bouchée de cette longueur délicate dans un style bien particulier. Le sac est hissé, les photos pliées.

Il faudra surtout revenir pour enchaîner les trois grandes longueurs (ou les quatre longueurs dans son autre version) de El Colono Dromo, avec une première longueur annoncée autour de 8a+, voire un peu plus, elle n’a pas été encore enchaînée. Pourquoi ce nom ? « On rentrait d’El Chorro, en Espagne, où se trouve un secteur appelé Machino Dromo, le gymnase des machines, voilà pour l’inspiration ! » explique Dédé Bouvet. Sans doute aucun la voie en libre la plus difficile d’une falaise confidentielle qui a pourtant encore un beau potentiel.

Beauté des lieux, encore sauvages, et comme un air de Verdon, que demander de mieux ?

Les frères Ladevant…

Tristan et Louna Ladevant sont des grimpeurs hyper polyvalents. Ils sont connus pour leur fantastique palmarès en compétition de glace : c’est d’ailleurs Tristan qui a démarré la glace arrivé à Grenoble, avec l’idée de faire de l’alpinisme. Très vite la compétition leur a plu : Louna est désormais multiple champion du monde d’escalade sur glace. Son frère Tristan a lui aussi trusté les podiums. Mais ils se ne limitent pas aux compétitions, loin de là : l’hiver dernier ils ont fait une belle ascension dans le cirque de Gavarnie avec Mathieu Maynadier. Et puis en grimpe bien sûr : Louna a coché 9a, et son frère Tristan 8c. Un niveau solide qui permet de belles choses ailleurs. Escalade aventure en grande voie dans les Alpes, au Brésil, mais aussi en Corse dernièrement : avec Thomas Joannes, ils ont enchaîné un tryptique de voies dures en trad sur le granite local, jusqu’au 8a+ très aéré et sur coinceurs du Petit Prince.

…et Karpos

Tristan et Louna partagent une colocation à Chambéry et passent une bonne partie de l’année à grimper ensemble. « Nous sommes complémentaires. Je ne serais pas arrivé là où j’en suis sans mon frère, et vice-versa. On est les deux faces d’une même pièce, explique Louna. Même si on mène des vies de plus en plus indépendantes, on reste une équipe et une entreprise. On partage tout. » Y compris les sponsors, comme Karpos qui équipe et soutient le duo. « Karpos a une identité montagne forte, l’idée que les produits sont légers, techniques, et conçus pour aller vite, ce qui est un peu notre marque de fabrique » explique Louna. « C’est pourquoi nous nous sommes bien entendus : nous avons besoin de vêtements polyvalents mais légers, stylés mais techniques ». Comme par exemple la doudoune Karpos Sass de Mura  que Louna ne va guère quitter de la journée, vu la température et l’humidité ambiante. « Les pantalons sont très bien coupés pour l’escalade, et nous conviennent parfaitement » : ce sont les Dolada Pants de karpos. Les T-shirts de grimpe qu’ils utilisent sont les Coppolo en mérinos : laine mélangée qui garantit respirabilité et gestion de l’humidité.

Serre Chatelard ©Calvin Leclere

©JC

Escalade à Serre Châtelard, les conseils

Il n’y a pas que des voies très dures à Serre Châtelard. N°51 des 100 Plus Belles du Vercors (de Patrick Cordier) la voie du Dièdre, 5c/6a trad, cinq longueurs, est l’un des bijoux du Vercors, rares dans ce niveau, ouverte en 1975 (Pichot, Foray) : attention, fissures de taille moyenne à un peu large.

À l’aube des années soixante-dix, ce sont entre autres un couple de grimpeurs, Marcel et Lalou Bize, qui découvre la falaise, y traçant entre autres la voie de la Colonne. Cette voie a été refaite de temps à autre par les prétendants au diplôme d’état escalade, unité de formation terrain d’aventure.

Un parfum d’aventure qui m’a plu, dans ce coin sauvage, en ouvrant quatre voies en artif ou en mixte libre/artif, dont Lost Highway, A3 (avec Mathieu Detrie et Philippe Brass), à gauche de El Colono Dromo, ou juste à droite de celle-ci, Buena Vista Aerial Club (A2+, avec Mat Detrie et Ph. Brass).

En libre plus abordable, il y a eu deux périodes : celle de Rémi Billon, auteur entre autres des jolies classiques (la plus classique de la falaise) comme Camion Rouge (6a+), puis celle de Christophe Guier, avec entre autres la belle Opéra Vertaco (6b) et Je ne suis pas une pomme j’emmerde Newton (6c+ max).

Accès : St-Laurent en Royans, route du col de la Machine.

Pour l’approche, deux solutions : par le bas, sentier qui démarre depuis la route au-dessus de St-Laurent-en-Royans, le sentier passe par le pierrier des Fournaches puis longe le pied de la falaise. Par le haut : rappels équipés non loin de Camion Rouge, accès par la route de Serre Mouchard).

Toutes les infos sont dans le topo Promo Grimpe de Dominique Duhaut, avec tracés sur photo.

Jocelyn Chavy

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