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Cet hiver, le guide de haute montagne Charles Dubouloz attirait l’attention avec son ascension en solo de la Pierre Allain, en face nord des Drus. Le Haut-Savoyard a remis le couvert cet été, cette fois-ci dans les Pyrénées. La ligne ? Les 300 mètres des Zutopistes (7a max, 6b+ obligatoire), sur le raide pilier de la Petite aiguille d’Ansabère, en vallée d’Aspe. Une voie Ravier esthétique, exigeante, et un solo immortalisé par le guide pyrénéen Rémi Thivel. Récit.

La vie m’a amené dans le sud-ouest il y a déjà quelques années, et j’y fais mon pèlerinage annuel durant l’été pour rendre visite à ma belle-famille.

La météo étant annoncée capricieuse pendant ce bref séjour, je n’avais pas prévu d’escapade. Mais à la dernière minute, et contre toute attente, une belle journée se dessine. Comment refuser ? J’avais tout de même pris quelques affaires, au cas où…

Je pars de Pau dans la soirée pour aller dormir au Pont Lamary, point de départ pour les aiguilles d’Ansabère. Cette courte nuit, seul dans le coffre de ma voiture, est une bonne introduction au solo.

Les topos selon Christian Ravier, l’ouvreur ©Coll. Christian Ravier

La voie remonte le raide pilier au centre ©Rémi Thivel

Nous échangeons quelques mots, mais je suis très concentré sur la tâche qui m’attend.

Pendant la marche d’approche, j’aperçois deux personnes devant moi. Si tôt, ça ne peut être que des grimpeurs et je force le pas pour les rattraper. Ce n’est autre que Rémi Thivel – grand guide et aventurier pyrénéen – et Pierre, son client. Ils sont en route pour la classique des aiguilles, la voie Montaner-Vicente. La journée commence bien : c’est une chance de se croiser au pied d’un monument du massif. Nous échangeons quelques mots, mais je suis très concentré sur la tâche qui m’attend.

Je pars en solo intégral dans le socle, c’est facile dans du rocher moyen. Arrivé au pied de la première longueur dure, je mets en place mon rituel de grimpeur solitaire.  Je m’efforce d’être méthodique et appliqué : chaque geste compte.

Cette voie les Zutopistes (Jean Louis Gontié et Christian Ravier, oct. 1996 et sept. 1997) est magnifique. Le bas est « montagne » et demande de l’attention, le haut est un calcaire compact très sculpté. Détail d’importance entre les deux parties : 20 mètres de traversée horizontale très gazeuse. 

Je m’automouline 3 fois pour cette longueur. Laborieux ! C’est pourtant le prix à payer pour être seul sur ce magnifique pilier.

De loin ©Rémi Thivel

Dedans ©Charles Dubouloz

Petit homme – et son ami le sac au relais – sur le pilier d’Ansabère ©Rémi Thivel

Spits de 8mm

À l’avant dernière longueur je me trompe d’itinéraire. Je me laisse attirer par des plaquettes neuves rapprochées, alors qu’ici l’équipement est normalement sur spits de 8mm plutôt éloignés.

Je finis par apercevoir, quelques mètres à gauche, les points que je devais suivre : je suis dans l’impasse. Je commence donc une désescalade crispée (la longueur est en 7a+, voie Borrokan Aske…) en déclipant 4 points et en repartant dans le bon itinéraire. Le tout sous l’œil avisé de Rémi, qui me photographie d’en face : ils ont fini leur voie et en profitent pour capturer quelques souvenirs.

Je fais une petite pause au sommet, pour voir si j’aperçois les Aravis, et j’entame la descente fraîchement rééquipée par Rémi !

Du col de Pétragème, je file en petites foulées acheter mon fromage auprès du berger des cabanes d’Ansabère. Un petit rafraîchissement dans le gave ponctue la journée de la plus belle des façons.

On trouve de tout dans les Pyrénées : de quoi boire, de quoi manger et d’innombrables montagnes à grimper ! 

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