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« Un viento de locura », c’est ce qu’elles sont venues chercher en Patagonie. Le trio lauréat des Bourses Expés 2018 Nadia Royo Cremer, Lara Amoros, et Florence Cotto voulait sortir des sentiers battus avec la première répétition féminine du Piergiorgio, grande paroi sauvage loin des trop fameux géants locaux. Le vent qui rend fou les a tenues à l’écart de cette paroi, mais les a quand même laissées s’initier aux longues journées et nuits pendues au granite patagon. Lara nous raconte.

En coulisse, ça s’agite ! Décembre 2018 : Un doux bruit de papier, celui de pages qu’on tourne. Des images toutes plus belles les unes que les autres défilent. Des aiguilles de granite orangé surmontées de givre immaculé semblent vouloir percer le ciel. D’élégantes et ambitieuses lignes s’y dessinent. Quelques noms nous sont déjà familiers… Hielo Continental, Fitz Roy, Lago Electrico, Paso del viento, Laguna Torre, Niponino, Cerro Piergiorgio… Sur les écrans se superposent cartes, graphiques météo aux isobares serrés les uns contre les autres comme des sardines dans une boîte trop petite.

Le sac n’est jamais light en Patagonie… ©Viento de Locura

Topo time, saveur maté. ©Viento de Locura

Les trois coups se font entendre : effervescence dans la loge des artistes… Le rythme s’accélère. Des cliquetis de bouts de ferraille qui s’entrechoquent, des cordes qu’on plie, des sacs qui remplissent leurs ventres et des fermetures éclairs qui peinent à se zipper… La répétition générale est cette fois terminée. L’heure de la grande première approche. Le trac grimpe alors d’un cran comme si lui aussi cherchait à atteindre ces fabuleux sommets ! Peur du trou de mémoire, peur d’oublier son texte et son sac à pof. Peur du malaise sur les planches, peur du mal des rimayes. Peur de s’emmêler les pieds dans le rideau, les pointes des crampons. Peur de ne pas être à la hauteur du public et de ces montagnes incroyables… Peur des sifflets du public et du rugissement du vent… Hé ! Les filles… On ne va quand même pas se laisser impressionner… Faire notre cinéma aux quatre coins du monde sur des scènes verticales, nous, on aime plutôt ça ! Cette petite activité a déjà eu l’avantage de nous avoir conduites dans les plus beaux théâtres à ciel ouvert de la planète. Ce coup-ci, la troupe compte trois pépettes déguisées en andinistes. Encore une fois, allez savoir pourquoi, ce sont des rôles de « grimpeuses/alpinistes, pas très fortes mais rigolotes » dont nous avons hérité…

Premier bivouac : la sensation de dormir dans une station de métro où le passage de chaque rame serait une épreuve à laquelle il faudrait résister

Dernier passage chez la coiffeuse : il paraît que le vent patagon décoiffe ! Ultime coup de poudre blanche sur  les joues les mains par la maquilleuse.  La costumière s’affaire : « Impossible de me décider… Doudoune bleue ou doudoune verte ?!? ». L’accessoiriste court partout et semble perdre le nord : « J’ai oublié mon piolet ! » ; « Et moi, je ne trouve plus ma gourde ? » ; « Qui a vu le camalot n°4 ?!? »
En scène ! Lorsque le rideau se lève et que la lumière inonde la scène, le décor se dévoile. De toutes parts, apparaissent des aiguilles dorées couronnées de généreuses meringues, de grosses tranches de glaciers saupoudrés de brisures de spéculos et quelques lacs menthe à l’eau. Plus classe qu’on l’avait imaginé. On manque de tomber en syncope toutes les trois en même temps tellement c’est beau ! Voilà qui commence bien… Good job le scénographe !

L’équipe au milieux des géants patagons. © Viento de locura

Acte I : Patagonie nous voici !

Scène 1 : prélude dans les rayons d’un supermarché.

05-12-18 :

Au cinéma comme au théâtre, entrer dans un rôle n’est pas toujours chose aisée. Bien souvent, de petits détails comptent et si l’on veut être raccord des premiers plans au générique, il y a bon nombre de choses à ne pas négliger. Quand on veut, par exemple, passer pour une alpiniste, il ne suffit pas seulement de s’accoutrer comme une gravure de mode sortant du Vieux Campeur ni même de s’armer jusqu’aux dents de toutes sortes d’objets métalliques et pointus. S’il y a bien UNE chose sur laquelle il ne faut pas lésiner, un truc qui prouve, à coup sûr que tu es ou non un vrai montagnard, que tu as déjà gravi les sommets du monde entier, que les faces Nord comme les faces Sud n’ont plus de secret pour toi, c’est la liste de course. « Ah ouais… ça j’ai fait ! Et cette voie aussi, je l’ai déjà faite ! »… « Et celle là ? Tu l’as croîté toi ?», « Ben ouais et j’ai enchaîné à vue et les yeux bandés… » Il est non seulement nécessaire d’avoir gravi la Verte mais il faut aussi avoir en poche une « belle » liste de courses. Plus cette dernière sera longue, plus tu auras de crédibilité dans ton costume d’alpiniste et plus ce rôle t’ira comme un gant ! Comédiennes studieuses, nous nous sommes soumises à la tâche. Finalement la besogne ne fut pas si compliquée. En effet, il y avait plein de choses qui semblaient délicieuses dans les rayons du supermercado d’El Calafate. Chocolat, dulce de leche, chocolat, gâteaux, dulce de leche, biscuits, chocolat… En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, notre liste de courses se trouva considérablement allongée… Facile ! A l’arrivée, un ticket de caisse largement plus grand que nous. 2m10 : pas peu fières les meufs ! Et dire que certains en font tout un drame de cette liste… Les sacs, déjà que pas légers à notre arrivée en Argentine, sont à présent complètement plombés. Le voyage peut commencer !

Les moraines, passages obligés vers les sommets. ©Viento de Locura

Orange granite, bleu ciel et blancs nuages. ©Viento de Locura

Scène 2 : Bienvenues à Chalten !

Trois heures de route plus tard, un bus nous dépose au pied des montagnes qui fument. El Chalten, c’est à la fois le nom indien du point culminant du massif, fabuleux sommet plus connu sous le nom de Fitz Roy et à la fois le nom de ce pueblito qui a poussé ici durant les trente dernières années. Depuis restos, bars, guest houses, magasins de sport y apparaissent à la vitesse où les nuages traversent le ciel… Le « Chamonix Patagon » diront certains qui cherchent à comparer pour se rassurer. Quelle ne serait pas la surprise d’Andrea Madsen, pionnier danois arrivé dans ce lieu désertique en 1901, s’il découvrait la petite ville qui aujourd’hui fait face à son estancia ? Ce soir là, nous traversons le village pour la première fois. L’occasion de se rendre compte qu’à ces latitudes et à cette période de l’année, l’éclairagiste fait des heures sup. Aussi à 22h, il fait encore complètement jour. Une info qui n’a l’air de rien mais que nous gardons dans un coin de nos petites têtes.

Acte II : La chance des débutantes

Serrées les unes contre les autres, l’éclairagiste prend congé et le rideau tombe… Bonne nuit les filles !

Scène 1 : Une nuit en Patagonie

(lumière éteinte et ventilateur à puissance maximale)

Que dire de notre première nuit au beau milieu des montagnes de Patagonie ? Celle-ci fut à l’image du vent qui souffla cette nuit là : sauvage ! Des centaines de rafales et à chaque rafale, le même scénario. Un bruit sourd suivi quelques secondes plus tard d’un énorme remue-ménage qui s’abat sur notre petite maison. La toile qui se froisse, les arceaux qui plient, le vent qui s’engouffre entre la chambre et le double toit, le tissu qui flappe… Tout cela donne la sensation de bivouaquer dans une station de métro où le passage de chaque rame serait une épreuve à laquelle il faudrait résister. Le vent patagon n’est donc pas un mythe. Cependant la tente tient le coup.

Scène 2 : La Guillaumet, premier sommet

07-12-18. Lorsqu’à 3h du matin le réveil sonne, le vent est si fort qu’on ne peut pas imaginer mettre le nez dehors sans risquer de s’envoler. A 5h, toujours pas d’accalmie en vue. L’heure tourne… A 10h, c’est officiel, nous encaissons notre premier « but » : Trop de vent pour grimper, pas assez de bouffe pour rester. Ce n’était pas écrit dans le scénario ça… Improvisation ! Le temps de trier quelques affaires de grimpe à laisser ici pour un prochain créneau, de refaire les sacs puis d’imaginer un itinéraire différent de celui de l’aller pour rentrer, la matinée est déjà terminée… Vers midi, alors que nous marchons vers le Paso Guillaumet : retournement de situation. « Hé mais y a moins de vent là, non ? »… « Euh, oui on dirait, on y va ? »… « A cette heure-ci ? Est-ce bien raisonnable ? »… Deux des pépètes sont laissées à la réflexion pendant que la troisième redescend en courant chercher les affaires de grimpe restées à l’emplacement du bivouac. Ça, c’est l’esprit d’équipe ! Un glacier, un immense pierrier à remonter puis des pentes en neige un peu trop molle finissent de nous faire perdre un temps précieux. Un pas en avant et deux pas en arrière et finalement, il est 16h lorsque nous enfilons nos chaussons et que nous commençons à grimper : bon timing ! Nadia prend les commandes pendant qu’avec Flo, on suit en récupérant le matériel sans traîner. Dans les premières longueurs le rocher, parfois délicat, et de gros blocs en suspension nous forcent à ne pas confondre vitesse et précipitation. Les longueurs s’enchaînent, le caillou devient excellent et on se régale. Grand beau, pas de vent : la chance des débutantes… Nous nous retrouvons assez rapidement au pied du beau dièdre d’une trentaine de mètres, crux de la voie. Un dièdre lisse rayé par deux belles fissures, c’est juste parfait ! Une des deux fissures semble faite pour nous, nos mains s’y coincent à merveille. Une belle traversée aérienne fait suite et nous reprenons notre rythme de croisière. Flo prend la tête de la cordée et file en direction du sommet. Lorsque nous sortons des difficultés, il est déjà 19h. Il nous reste encore environ 150 m de dénivelé à gravir pour espérer atteindre le sommet. Voilà 4h que nous grimpons dans ce cadre incroyable. A 20h, nous sommes sûrement les trois filles les plus heureuses du monde. Et pour cause, nous fêtons notre deuxième journée en Patagonie au sommet de la Guillaumet. Le Fitz Roy nous surplombe, le Piergiorgio, le Paso Marconi et un bout du Hielo Continental apparaissent. Le soleil est rasant et les lumières sont vraiment magnifiques. Pour autant, pas le temps de s’abandonner à la contemplation. Le vent s’est levé à nouveau. Dans quelques heures, il fera nuit noire et il nous reste une quinzaine de rappels à effectuer. Nous enchaînons un à un les rappels en prenant garde de ne pas trop laisser les cordes jouer avec le vent. Nous perdons de la hauteur en même temps que le vent forcit et que la lumière baisse. A 22h, il ne reste plus que deux rappels à effectuer avant de rejoindre les raides pentes de neige. Les rochers branlants repérés dans les premières longueurs quelques heures plus tôt, nous reviennent en mémoire. A l’unanimité, R2 sera le spot idéal pour un bivouac improvisé. Pas de duvet, pas de chaussures mais un petit abri de survie en toile légère et quelques graines à manger feront l’affaire. Serrées les unes contre les autres, l’éclairagiste prend congé et le rideau tombe… Bonne nuit les filles !

Les écailles, ça creuse ! © Viento de locura

Scène 3 : Retour à la case départ !

C’est de l’adjectif « ventilée » que l’on pourrait qualifier cette nuit là. Perchées sur notre petite marche, nous résistons tant bien que mal aux puissantes rafales qui se déchaînent sur nous. Un peu froid aux pieds, quelques cailloux pointus sous les fesses ou dans le dos, la toile de l’abri qui ne demande qu’à s’envoler mais je crois bien que parfois on pouvait nous entendre ronfler ! Baptême du bivouac « à l’arrache » réussi pour Nadia, pour une première, difficile de faire mieux ! Lorsque le rideau se relève, la lumière du soleil levant inonde les montagnes alentours. Incroyablement beau ! Dormir sur le balcon, cela a parfois du bon ! Quelques rappels supplémentaires nous déposent dans le grand pierrier situé au pied de la paroi. Quelques kilomètres de marche plus tard, nous retrouvons le confort du village avec notre première cumbre en poche !

Après le premier sommet, les jours de mauvais nous contraignent à rester réfugiées dans la Chocolateria la plus proche. ©Viento de Locura

Acte III : Noël avant l’heure

Scène 1 : Camping aux Polacos

16-12-18 : Le metteur en scène nous annonce une fenêtre ! On fonce ! De gros sacs sur le dos, nous quittons El Chalten et prenons la direction de la Vallée du Torre. Une jolie balade minérale de 9h : des pierriers, des moraines en décomposition, des énormes blocs posés en équilibre sur du sable… Dur terrain pour les escargots que nous sommes. On est tellement affairé à regarder où nous posons nos pieds et à surveiller l’éventuel bloc de la taille d’un camion qui viendrait nous aplatir qu’on remarque à peine qu’autour de nous, tout est blanc ! Il a neigé très bas et le climat s’est considérablement refroidi ces derniers jours. Toutes les faces sont plâtrées de neige, c’est beau mais cela ne laisse rien présager de bon pour grimper… Quelques arrêts : Laguna Torre, Niponino… puis un terminus : Polacos ! C’est ici que nous laissons notre tente (et Nadia). Avec Flo, nous continuons notre chemin en direction de la base de la face Ouest de l’Aiguille St Exupéry, notre objectif du lendemain. Une jolie ligne nous y attend : « Chiaro di luna », 25 longueurs, 6b+ max. Repérage de la marche d’approche, construction de cairns, portage et dépôt de matériel. Quand nous sommes de retour au campement, il est l’heure d’aller au lit.
Quelle nuit nous attend ! Cette fois, ce n’est pas dans la station de métro que l’on campe mais carrément sur les rails dans le tunnel aux heures de pointe. Durant des heures, on se fait déglinguer par un vent de folie qui s’engouffre sous le bloc qui nous sert d’abri… On résiste tant bien que mal, plutôt mal que bien pour la tente.

Scène 2 : Les pépètes surgelées

17-12-18

A la lueur de la frontale, la marche d’approche repérée la veille ressemble à une véritable patinoire. Au lever du jour, nous sommes dans les pentes de neige situées à la base de la paroi. Les premières longueurs sont couvertes de glace et saupoudrées de neige. Aussi aux chaussons et sac à pof, je préfère grosses, crampons et piolets. Je commence par remonter le large filon noir qui raye la paroi. Le caillou y est mauvais et il est bien difficile de se protéger. Flo et Nadia me suivent en baskets dans la neige et sur la glace : l’accessoiriste n’a pas prévu de crampons pour tout le monde. La pièce pourrait tourner au comique mais comme nous sommes frigorifiées cela se rapproche davantage du mélodrame. Lorsque nous rejoignons enfin les véritables premières longueurs, le caillou est sec mais glacial. Pourtant, on s’entête. Impossible de grimper sans gants dans celles qui sont les longueurs les plus dures de la voie. Nadia improvise un nouveau style de grimpe : 6b+ fissure à doigts en moufle. Et le pire, c’est qu’elle y arrive ! Nous prenons peu à peu de la hauteur mais la progression est laborieuse et nous avons vraiment très très très froid. Ah la grimpe en face Ouest… Flo ne va pas bien du tout. Hypothermie avérée ou non, en tout cas, elle a définitivement perdu son sourire et ne s’exprime plus qu’en gémissant : on passe dans le registre théâtral du drame. Volte-face !

Scène 3 : Les filles sont frileuses, mais têtues.

18-12-18 :

La nuit porte conseil et c’est à peine réveillées que les filles ont droit à ma tirade « détermination et ténacité ». Par chance, elles sont faciles à convaincre… Peut être sont-elles aussi têtues que moi ? Demain, on réessaie ! P’tit coup de fil au Papa Noël (merci Rolo !), la liste est simple :

  • petite hausse des températures
  • 15h d’ensoleillement
  • 0 km/h de vent

Relais conforts dans fissures ombrées. ©Viento de Locura

Scène 4 : « Chiaro di luna » au clair de lune

19-12-18

Entre ces deux tentatives, c’est juste le jour et la nuit (ou la nuit et le jour !) : ce coup-ci, l’approche à la lumière du jour est rapidement avalée et il fait si chaud qu’on marche en débardeur… Allez comprendre ! C’est motivées à bloc qu’on enfile nos chaussons et qu’on remonte les trois longueurs du socle puis qu’on grimpe les longueurs dures qui suivent, Nadia qui les connait maintenant par cœur, masterise. Cette fois, on peut vraiment apprécier la beauté du rocher et ses fissures parfaites. C’est presque une nouvelle voie qu’on découvre. C’est maintenant à mon tour de passer devant. Une dalle rayée de cannelures puis une belle longueur sur le fil du pilier m’emmène sur une vire sculptée de cupules. Magique ! Il faut ensuite jouer de souplesse pour contourner le grand névé situé à mi paroi sans se mouiller les pieds. Les longueurs suivantes sont humides et le rocher délicat. Au sommet de celles-ci, on s’offre notre première pause de la journée : tournée générale de fromage et de saucisson face au Fitz Roy ! Ce qui se profile au dessus de nos têtes est juste hallucinant. Un raide bastion au rocher jaune parsemé d’énormes écailles et barré d’un toit nous domine. Mais par où va-t-on bien pouvoir passer ? Nadia chemine d’écaille en écaille vers le haut, nous l’observons attentives. Certaines de celles-ci sonnent bien creux et on ne peut s’empêcher de penser à une autre pépète qui, il y a quelques années, a fait ce même itinéraire en solo intégral. Chapeau Brette !
Descendre est parfois aussi compliqué que monter, si ce n’est plus. Ce coup-ci, pas d’exception à la règle. Au menu : Un nombre incalculable de rappels à la lueur des frontales, des cordes qui se coincent et qu’il faut aller décrocher, des écailles branlantes, des blocs en équilibre, des relais pendus à consolider, une corde coupée, des passages de nœuds et la lune presque pleine comme projecteur. Une nuit éprouvante qui nous aura coûté quelques frayeurs, 50 mètres de corde, des stoppers, sangles et cordelette, puis quelques heures d’attente glaciales sur une minuscule vire. En guise de bouquet final, le vent s’amusera à nous envoyer quelques cailloux dessus alors que nous descendons enfin le couloir final… Quelle chance (il en faut une bonne dose aussi) et quel bonheur de rejoindre enfin le sol saines et sauves ! Un beau cadeau de Noël avant l’heure !

Dülfer s’importe bien en Patagonie aussi. ©Viento de Locura

Scène 5 : « Rencontre surprise à Chalten »

23-12-18

Quelques jours plus tard, de retour, au village, une surprise de taille nous attend. Cette surprise s’appelle Maurizio Giordani. Maurizio avait à peu près notre âge quand en novembre 1987, il ouvrit cette magnifique ligne qu’est « Chiaro di luna ». Cinq friends, quelques pitons, un jour pour monter et une nuit ventée pour descendre… Facile quoi ! Des vacances en compagnie de sa femme, qu’il prit grand plaisir à se remémorer et à nous conter. Des sommets mythiques gravis à la vitesse à laquelle nous, nous, avalons les chocolats chauds. Cerro Torre, Fitz Roy, St Exupéry, Torres del Paine, Aconcagua… en une seule saison ! De quoi se sentir à côté comme des Polly Pockets jouant dans la cour des grands… Pourtant Maurizio semble apprécier la compagnie de trois petites nanas comme nous. Il faut dire que les étoiles qui brillent dans ces yeux semblent bien proches de celles qui brillent aussi dans les nôtres… Merci Maurizio !

Acte IV : Le Hielo en cadeau

 

Scène 1 : Marcher encore…

24/27-12-18 : N’importe qui vous dira que, dans le Massif du Fitz Roy, avant de grimper, il faut commencer par marcher. Les approches sont longues et parfois pénibles. Des jolis chemins tout plats en sous bois, aux rivières à traverser en passant par des moraines en décomposition où il faut serpenter dans des milliers de blocs croulants avec des 38 tonnes en suspension au dessus de la tête. Est-ce cela que l’on appelle de la randonnée pédestre engagée ? Parfois, on marche bien plus que ce que l’on grimpe. Il ne semble pas exceptionnel que des vacances à l’origine, orientées grimpe et alpinisme se transforment davantage en « vacances trekking »…, mais avec tout le matériel pour gravir le Cerro Torre sur le dos. Les sacs sont rarement légers et même lorsqu’on veut partir light, ces derniers sont lourds !!

Que l’on ait « buté » ou réussi, les heures de marche pour rentrer au village se feront légères ou plombées. Quant à l’entrée à Chalten, elle sera triomphante ou pesante… Le jeu consiste donc à minimiser le poids à transporter et à rentabiliser chaque déplacement. Le grimpeur va rarement faire de la randonnée les jours de repos… Tout cela n’explique en rien pourquoi lorsqu’en fin de voyage, une petite fenêtre météo se dessine, nous décidons d’aller randonner.

La neige tombée ces derniers jours nous fait perdre tout espoir de grimper, pourtant une belle journée sans vent est annoncée pour le 25 décembre : C’est cadeau !  Trois jours de balade autour du Fitz Roy : du Paso Marconi, au Paso del Viento en passant par le pied de la face Ouest du Cerro Torre et le Circo de los Altares,  du Lago Electrico à la Laguna de los 14 en passant par la Laguna Toro. C’est heureuses comme des gitanes au salon de la caravane que nous fêtons Noël au beau milieu du Hielo Continental. Personne à l’horizon : le rêve !

©Viento de Locura

©Viento de Locura

Acte V : « Viento de locura en Patagonia», l’heure du bilan…

  • 21 jours sur place
  • 4 journées sans vent
  • 3 courtes fenêtres météo
  • 9 nuits en montagne dont 2 accrochées à la paroi
  • 2 sommets
  • 1 longue balade
  • 81h de marche
  • 1300m d’escalade
  • 51 longueurs
  • 1 but rattrapé
  • 1 chute en crevasse
  • 2,5kg de chocolat
  • 17 chocolats chauds
  • 2 pots de dulce de leche
  • 17 lyoph’ avalés
  • 0 bobo