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Après avoir établi la nécessité de classer les expéditions polaires, et retracé l’historique de ces aventures, il s’agit d’expliquer comment on va faire. L’équipe internationale dirigée par l’Australien Eric Philips et composée de Steve Jones (Royaume-Uni), Damien Gildea (Australie), Michael Charavin (France) et Christoph Höbenreich (Autriche) a travaillé pendant plus d’un an pour mettre au point un nouvelle classification standard : le Polar Expeditions Classification Scheme est un nouveau système de classification qui définit les expéditions polaires. Il a pour but d’être le plus juste et le plus neutre, afin que chacun puisse se faire une idée des expéditions contemporaines. Un dossier complété ici par une cartographie exceptionnelle, rassemblée par Ch. Höbenreich (l’auteur de cet article) et E. Philips. Merci à M. Charavin qui a effectué l’ensemble de la traduction.

Qu’apporte le système de classification des expéditions polaires, le Polar Expeditions Classification Scheme (PECS) ?

Afin de renseigner du mieux possible la diversité des expéditions polaires et de permettre des comparaisons équitables entre elles, une équipe internationale dirigée par l’Australien Eric Philips et composée de Steve Jones (Royaume-Uni), Damien Gildea (Australie), Michael Charavin (France) et Christoph Höbenreich (Autriche) a travaillé pendant plus d’un an pour mettre au point un nouvelle classification standardisée, fondé sur des définitions précises.

Ce nouveau système de classification PECS définit les expéditions polaires contemporaines par le biais d’une labellisation significative, juste et neutre, en combinant les terminologies traditionnelle et moderne. Il s’appuie sur les définitions précises de termes couramment utilisés et qui réfèrent aux différents types de disciplines pratiquées, aux spécificités géographiques des régions polaires, à la géométrie des itinéraires suivis et aux types d’aide communément employés. Le PECS s’applique aux voyages polaires prolongés et non motorisés qui se déroulent principalement sur terre ou sur la glace de mer (mais il s’étend aussi aux activités nautiques pratiquées dans ces régions-là), et dont l’itinéraire peut prendre la forme de traversées, de boucles ou de circumnavigations.

Le PECS couvre principalement l’Antarctique, le Groenland et l’océan Arctique, mais il peut également être utilisé pour caractériser des expéditions qui se déroulent sur glace dans des régions non polaires telles que la Patagonie, le lac Baïkal, l’Alaska, etc.

Le PECS s’applique aux voyages polaires prolongés et non motorisés qui se déroulent principalement sur terre ou sur la glace de mer, principalement en Antarctique, au Groenland et dans l’océan Arctique

Les caractéristiques géographiques pertinentes, les points de départ et d’arrivée (appelés « Marges »), les modes de déplacement, les itinéraires et les directions (appelés « Cheminements ») et les différents types de soutien (appelés « Aide ») sont systématiquement définis et fournissent aux voyageurs polaires un guide pour classer leur voyage et le comparer aux autres.

Avec la description claire de la discipline (ski, snowkite, vélo, etc.), il est possible de différencier et de comparer objectivement les pratiques et les spécificités de chaque expédition.

Par ailleurs, un voyage qui se déroule sur plusieurs saisons (et qui est donc discontinu dans le temps) ne peut revendiquer la somme de ses réalisations : par exemple, une équipe qui skie de la côte de l’Antarctique au pôle Sud une année et ensuite du pôle Sud à une côte opposée l’année suivante, ne peut revendiquer une traversée complète de l’Antarctique.

Le PECS crée un cadre qui permet une évaluation plus objective des nouvelles performances tout en tenant compte des performances historiques.

Le Guinness World Records utilise désormais le PECS pour évaluer avec précision les revendications de records en régions polaires.

PRINCIPAUX ELEMENTS DE CLASSIFICATION DU PECS

Nombre de participants (taille de l’équipe)

Équipe
Plus d’une personne pendant tout ou partie d’un voyage

Solo

Est soliste une personne voyageant seule pendant toute la durée d’une expédition (au cours de celle– ci, un soliste ne peut avoir que des rencontres très temporaires avec d’autres personnes).
Lorsque le terme « solo » n’est pas explicitement mentionné dans le label, on suppose qu’il s’agit d’une équipe.

Mode de déplacement

Le mode de déplacement est défini par la discipline sportive qu’utilise l’aventurier pour se déplacer, lui et son équipement sur la neige, la glace ou l’eau. Le « ski » est la discipline la plus traditionnelle et la plus courante, mais d’autres méthodes de déplacement sont reconnues, comme le snowkite, les raquettes, la course à pied, le vélo, le kayak, etc.

Les différents modes de locomotion sont suffisamment simples, clairs et explicites pour considérer que les termes « sans assistance » ou « non motorisé » utilisés par la nomenclature précédente (pour souligner qu’aucune énergie éolienne et animale pour le premier ou thermomécanique pour le second n’était utilisée pour la propulsion) sont désormais considérés comme archaïques et non nécessaires. 

(Pictogrammes ci-dessous par Philips, Höbenreich, max2.at, © PECS)

Usage des skis pendant la majeure partie d’un voyage

Utilisation de chaussures ou de tout accessoire chaussant (raquettes) pour la marche ou la course

Utilisation de pédales pour propulser un engin

Utilisation d’un dispositif de traction par le vent pour propulser un skieur ou un snowboardeur

Utilisation sur la glace/neige d’un dispositif de traction éolienne pour propulser un engin de type plateforme montée sur patin et prenant à son bord un équipage

Utilisation de chiens pour la propulsion

Utilisation d’un bateau propulsé par une pagaie

Utilisation d’un bateau propulsé par des rames

Utilisation d’un bateau propulsé par le vent

Utilisation d’un bateau propulsé par le vent

« Marges » : points de départ et d’arrivée d’une expédition Antarctique (Fig. 22)

Le point de départ et le point d’arrivée d’une expédition sont déterminés par la géographie (en particulier en Antarctique, du fait de l’existence des plateformes de glace) et ont généralement un contexte historique.

Fig. 22 : Marges, points de départ et d’arrivée en Antarctique. © Philips/Höbenreich 2020

Côte « extérieure » ou maritime

Il s’agit des côtes réelles, bordées par la mer, ou de la glace de mer annuelle. Cette appellation comprend la bordure extérieure des plates-formes de glace en Antarctique (généralement utilisée lors des premières expéditions, aujourd’hui rarement utilisée car difficile d’accès avec des moyens autres que maritimes)

Côte ou bordure intérieure

Il s’agit de la bordure interne (dite aussi « terrestre ») d’une plate-forme de glace de l’Antarctique (c’est-à-dire l’endroit où la glace terrestre descendue de l’inlandsis commence à flotter sur l’océan).

Point intérieur

Fait référence à un point géographique situé à l’intérieur d’une côte intérieure

Complet

Un voyage qui utilise une ou plusieurs côtes extérieures est considéré comme complet. Une expédition au Pôle Sud qualifiée de « complète » débute sur une côte extérieure du continent Antarctique. Une traversée complète de l’Antarctique débute et se termine sur des côtes extérieures opposées.

 

Fig. 23 : Circumnavigation & boucles. © Philips/Höbenreich 2020

Cheminements (Fig. 22 et 23)

Un cheminement se défini par l’itinéraire (et son sens) emprunté par une expédition, et comprend une entité géographique définissable comme objectif.

Entité géographique

Une entité géographique est un élément reconnaissable qui peut être atteint, contourné, traversé ou escaladé en tant que destination définie d’un voyage polaire ; par exemple une calotte glaciaire, une montagne, une île, un lac, un archipel, un continent, etc.

Traversée

Un cheminement traversant une entité géographique (par exemple le continent Antarctique), débutant et se terminant en des points ou des bords opposés, et couvrant un arc d’au moins 90° entre le début et la fin.

Double traversée

Un cheminement qui traverse et revient au point de départ initial (souvent réalisé au Groenland).

Expédition

Terme traditionnel couramment utilisé pour désigner un voyage exploratoire, ou qui mène à des régions éloignées ou non développées. Dans le contexte de cette classification, c’est aussi le terme décrivant un cheminement qui ne peut être classé ni comme une traversée, ni comme une circumnavigation, ni comme une boucle.

Expédition aller-retour

Un cheminement qui commence et se termine au même point ou le long de la même ligne, atteignant un élément significatif à son point le plus éloigné.

Expédition aller-retour avec retour alternatif

Le retour se fait sur un itinéraire différent de celui de l’aller, avec moins de 90o d’arc entre le début et la fin.

Expédition inversée

Commence par un élément important (par ex. un pôle), généralement au milieu de l’océan ou du continent, et se termine sur une côte. Par exemple du pôle Nord au Canada.

Circumnavigation

Un cheminement qui encercle au moins 90 % de l’entendue d’une entité géographique reconnaissable (par exemple une chaîne de montagnes) et qui commence et se termine au même point

Circumnavigation partielle

Un cheminement qui encercle moins de 90% de l’étendue d’une entité géographique définissable. Ou bien qui ne débute et ne finit pas au même endroit.

Circumnavigation intérieure

Un cheminement qui encercle au moins 90 % de l’entendue d’une entité géographique définissable (par exemple un lac gelé) par l’intérieur de son périmètre, et qui débute et se termine au même endroit.

Circumnavigation intérieure partielle

Un chemin qui encercle moins de 90 % de l’entendue d’une entité géographique définissable par l’intérieur de son périmètre. Ou bien dont les points de départ et d’arrivée ne se situent pas au même endroit.

Boucle complète

Un cheminement qui fait le tour d’une zone non définie et qui commence et se termine au même endroit. Habituellement, seuls les snowkiters ou les « navigateurs » sur engin de type wind-craft entreprennent ce genre de boucle.

Boucle

Un chemin qui encercle partiellement une zone non définie, ou bien dont le début et la fin se trouvent en des endroits différents.

Voyage continu

Un voyage ininterrompu, c’est à dire qui n’a pas été fragmenté en plusieurs étapes réalisées sur des saisons différentes (par saison, entendre : une période propice de l’année)

Voyage discontinu

Un voyage découpé en de multiples étapes réalisées à des saisons différentes (par saison, entendre : une période propice de l’année)

Distances

La méthode standardisée de décompte de la distance totale d’un voyage consiste à faire la somme des distances (en ligne droite) séparant deux camps successifs. Les points de départ et d’arrivée du voyage sont intégrés au calcul (comme s’il s’agissait de deux camps supplémentaires).

A titre informatif, les aventuriers peuvent calculer et partager l’information concernant la distance totale qu’ils ont parcourue sur la base d’intervalles plus fins (par exemple en enregistrant un point de passage toutes les 30 minutes au moyen d’un tracker). Mais le décompte « de camp à camp » sera toujours la distance officiellement retenue, ceci afin de permettre des comparaisons objectives entre toutes les expéditions).

Concernant les expéditions sur l’océan Arctique, le décompte de la distance se fait également de campement à campement en tenant compte la dérive nocturne.

 

Fig. 24  : Premières en Antarctique © Philips/Höbenreich 2020

Aide et soutien

Un voyage polaire est considéré comme non soutenu si :

  • –  il ne reçoit pas de ravitaillement externe en nourriture, en carburant ou en équipement, que ce ravitaillement soit pré-placé ou livré pendant le voyage. En revanche, les dépôts faits par l’expéditeur ou l’équipe au cours du voyage ne sont pas considérées comme étant un soutien.

  • –  il n’utilise pas d’avion ou de véhicule motorisé lui apportant un quelconque soutien physique et/ou psychologique entre les points de départ et d’arrivée de l’expédition

  • –  aucun membre de l’équipe n’est évacué.

  • –  il ne pénètre dans aucun bâtiment, avion, véhicule, ou tentes autres que les siennes, au cours

    du voyage

  • –  il n’utilise aucun type de route, de voie de circulation ou d’itinéraire balisé (sauf lorsqu’il suit

    des itinéraires à l’entrée, à la sortie ou autour des bases, des stations et des camps, selon les instructions données par les autorités). A ce titre, l’utilisation du glacier Leverett en Antarctique est classée dans la catégorie « Support ».

  • –  il ne décharge rien d’autre que des déchets humains et des eaux grises. Les déchets humains et les eaux grises collectés au sud de 89° en Antarctique peuvent être évacués au pôle Sud selon les conseils des autorités.

    Un voyage est considéré comme soutenu dès qu’il ne respecte pas la totalité des points ci-dessus.

L’utilisation de GPS ou de toutes données d’itinéraire nécessaire à la navigation, de moyens de communications par satellite, des prévisions météorologiques et d’englacement des côtes, ou d’un quelconque « routage » sont désormais monnaie courante et ne sont pas considérés comme des formes de soutien (dans certaines régions, les expéditions doivent d’ailleurs faire un rapport quotidien pour des raisons de sécurité) ; toutefois, effectuer un voyage en comptant le moins possible sur ces aides est une preuve d’autonomie physique et psychologique.

Les voyages guidés par des professionnels ne sont pas non plus considérés comme un soutien, mais il doit être fait mention de cet aspect lorsqu’on fait la promotion ou que l’on communique sur le voyage.

Enfin, si la labellisation antérieure au voyage ne correspond finalement plus à la réalité du voyage effectué, elle doit alors être modifiée (pour refléter le voyage effectivement effectué).

Fig. 25 Plus longs voyages polaires non motorisés © Philips/Höbenreich/Charavin/Jones 2020

Labels

Un label est constitué d’un ensemble de mots clés qualificatifs qui décrivent brièvement un voyage polaire. Par exemple « Expédition du dernier degré, à ski, au pôle Sud », « Traversée complète à ski et en solo de l’Antarctique », « Expédition en snowkite au pôle Sud avec retour alternatif », « Traversée de l’Antarctique en wind-craft avec départ et arrivée à l’intérieur des terres », « Expédition à vélo au pôle Sud en sens inverse », « Circumnavigation partielle des montagnes Ellsworth à ski », « Circumnavigation intérieure du lac Baïkal en solo et en patins à glace », « Expédition en snowkite au pôle Sud en sens inverse et sans assistance », etc.

Vérification

La terminologie et les lignes directrices du PECS peuvent être utilisées par tous. Les affirmations et les données doivent être crédibles et vérifiables par le biais de traces GPX, de waypoints, d’informations détaillées sur l’itinéraire suivi, d’images, etc.

Les définitions, les lignes directrices et les cartes du PECS seront disponibles d’ici peu sur le site http://www.pec-s.com. Le contenu de cet article est aussi précis que nous le permettent nos connaissances actuelles (mais il n’est pas garanti sans erreurs).

Fig. 26 Traversées en équipe, complètes ou « intérieures » en Antarctique © Philips/Höbenreich 2020

Fig. 27 Les traversées en solitaire, complètes et « intérieures », de l’Antarctique. ©Philips/Höbenreich 2020.

Fig. 28 Expéditions aller-retour et « retour alternatif » au pôle Sud © Philips / Höbenreich 2020

Association internationale des guides polaires (IPGA)

Fondée au Svalbard en 2010 et basée au Canada, l’International Polar Guides Association a pour but de réguler la qualité du guidage polaire grâce à son processus d’approbation des guides, par la normalisation des compétences et des pratiques et par la mise à disposition de ressources pour améliorer les compétences des guides potentiels et approuvés.

L’IPGA apporte son soutien à la communauté des guides polaires et à sa clientèle

  • –  en normalisant les pratiques de travail et les règlementations qui régissent la profession,

  • –  en encourageant le plus haut niveau possible de sécurité et de satisfaction à l’égard de la

    clientèle et

  • –  en assurant la transparence publique des compétences, des capacités et des qualifications

    des guides.

    L’IPGA réunit 32 des guides polaires les plus expérimentés d’Australie, de Belgique, de France, de Grande-Bretagne, d’Islande, du Canada, de Norvège, d’Autriche, de Russie, de Suisse, d’Espagne et des États-Unis.

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