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Cap ?

J

e vois encore ses yeux écarquillés.
Ses parents lui avaient offert une sortie à l’aiguille du Midi. Il avait dix ans. Ils s’étaient approchés de l’arête, au portillon rouge écrit danger, ce mot magnétique. Là, des alpinistes partaient vers un autre monde. Pour lui, des spationautes. Ce jour là, à cette minute, au début d’une vie dont il ne songeait pas à supposer la fin, le petit garçon a décidé qu’il la consacrerait à s’émerveiller et que ce but en valait bien d’autres. Je le sais car il me le dit tous les soirs.
Car chaque soir que la vie fait, je plonge dehors. C’est facile, la montagne ou mes chiens le réclament. Alors avec l’enfant, nous discutons. Pour ça, je lève la tête et si je trouve une étoile, c’est bien. C’était une promesse. Que nous ne nous perdrions jamais de vue et que chaque soir, il me rappellerait au désordre. C’est une conversation que je ne manquerai pour rien au monde, celle des oublis et des fidélités à l’enfance.
Le gamin me parle d’émerveillement. Préférant les images aux discours, il me demande si aujourd’hui j’ai eu, ne serait-ce qu’une seconde le souffle coupé. Si je dis non, il est triste pour moi. Si je tente de lui mentir, simuler l’enchantement, il le devine, comment fait-il. Lui, chaque jour, courait après la surprise et ne revenait à la maison que la bouche bée. D’autres fois, il veut que l’on cause légèreté, il s’inquiète de me voir moins

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