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Certains Grenoblois enthousiastes comparent la traversée du Grand Pic de Belledonne avec celle de la Meije. Par les temps qui courent, ce sera peut-être une courte mais belle alternative un jour. Entre la rencontre de Gaspard de la Meije lui-même et la crête triplement hérissée, petite plongée dans une incontournable traversée.

« Si t’es jamais monté au Grand Pic, t’es pas un vrai Grenoblois ». Le gars me dit ça comme ça, de but en blanc, en finissant sa pinte d’un air fier. Comme si la « grenoblité » était une finalité. Je rie sans raison, je pouffe de l’apparent bouffon. Pourtant, il y’a souvent un peu de vrai dans la philisophie de comptoir, quand un pilier parle de pic, tard le soir. Et à force de traverser le Grésivaudan chaque jour, en lorgnant sur la grande fresque de Belledonne, j’avoue avoir souvent été titillé par l’idée de pouvoir en fouler la cime (2 977m). Ah le perpétuel mobile du point culminant aux yeux du grimpeur ! Ah ne plus prendre la fuite à chaque discussion estampilée 38. En route pour le test de nationalité.

Les cliques, les claques, le poto partant, le matos dans le carosse, c’est parti pour la classique des classiques. Quoi, vous n’êtes jamais montés au Grand Pic ?

Bivouac qui claque. ©Ulysse Lefebvre

Approche bamboche. ©Ulysse Lefebvre

« Cette traverse exige véritablement
un absolu mépris du vertige,
et de plus des jambes bien fendues »

Ce teasing hollywoodien, c’est un autre fier isérois (d’adoption certes) qui l’annonce : sieur Henry Duhamel lui-même qui, en 1882, traine ses guêtres et son velours côtelé du côté de la-dite traversée. À l’époque, il réalise le premier enchaînement de la Croix de Belledonne (« le pic de la Croix ») juqu’au pic Central, alors vierge de toute ascension connue. Comme souvent, c’est Pierre Gaspard (« Gaspard de la Meije ») qui l’accompagne. Onze ans plus tôt, le même Gaspard parvenait au sommet de la Meije avec Castelanau, en suivant l’itinéraire ouvert partiellement par Duhamel. Ils sont de nouveau réunis en Belledonne. Pas rancunier riton. Retour commun au charbon.

Le bleu lac Blanc. © Ulysse Lefebvre

Pierre Gaspard, le Gaspard de la Meije. © DR

Coups de crampons dans la neige dure du col de la Balmette. © Ulysse Lefebvre

En arrivant au Grand Pic. ©Ulysse Lefebvre

L’un des premiers rappels, entre Grand Pic et Pic Central. ©Ulysse Lefebvre

Une grande traversée à deux pas de la cité

À moins d’une heure de Grenoble, la voiture est garée puis la tente est plantée, à quelques encablures du lac Blanc. Respirez, vous êtes en montagne. Posez la montre, sortez le soss’ et prenez le temps d’une nuit au pied de la muraille. Humez ce petit air de grande course qui vous traverse les narines. Allez, oui, prenez-vous pour un alpiniste en pleine exploration. Vous partez pour un sommet, un point culminant. Vous êtes en terrain d’aventure. Oui, d’aventure. Ça le fait non ? Et puis mieux vaut se la pêter sur place comme deux bachi-bouzouks plutôt qu’en ligne sur Faceplouc. Alors gonflez les pecs, contractez les biceps, regardez au loin votre avenir proche et minéral. Au petit matin, on peut même se croire en haute montagne et chausser les crampons car la neige dans la montée au col de la Balmette (2 665m) peut parfois être dure. Alpiniste on vous dit. Ensuite, ce seront les joies du III, le rocher typé Belledonne (vous en reparlerez au comptoir, c’est sûr), l’itinéraire à lire (un peu) et les rappels à ne pas coincer (c’est mieux). Quelques pas en équilibres sur le fil, quelques points de rappels à trouver. De l’escalade facile mais « montagne ». L’ambiance prend alors le dessus sur les blagues potaches. Quand la brume monte versant Freydane et vient buter sur le rempart granitique. Le reste, vous le trouverez dans les topos où vous le découvrirez sur place. Allez-y maintenant : douceur et couleurs d’automne donneront à la sortie une teinte particulière. Et puis, ça fera une histoire de plus à raconter au coin du feu cet hiver, avant de remonter à la Croix à ski comme tout bon Grenoblois.
Quoi, vous n’êtes jamais monté à la Croix ? 

Vers le Pic Central. ©Ulysse Lefebvre

Coup d’oeil devant, sur la Croix de Belledonne, dernière tour à gravir. ©Ulysse Lefebvre

Coup d’oeil derrière sur le Grand Pic, omniprésent. ©Ulysse Lefebvre

La muraille et le triptyque parcouru, vu depuis la descente du col de Freydane. ©Ulysse Lefebvre

Massif de Belledonne, Grand Pic (2977m) en traversée vers la Croix de Belledonne (2926m)
AD, 4c max. 

Accès 
Parking au Pré Conté indiqué à 1365m sur les cartes IGN (lieu dit La Souille)

Topos 
Belledonne escalade, Lionel Tassan, VTOPO éditions

Matériel
Corde à double de 50m pour être à l’aise dans les rappels. Deux ou trois friends. Une paire de crampons si la neige est dure dans la montée au col de la Balmette.