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Voytek Kurtyka, l’art de la liberté Une biographie à ne pas rater

Si vous ne connaissez pas le nom de Voytek Kurtyka, vous devriez ! (ou vous pouvez lire son portrait ici). Kurtyka a fait des premières et de la contrebande en Afghanistan. L’alpiniste polonais a imaginé des traversées à plus de 8000 mètres, ou tracé des droites à la même altitude. Il a grimpé du 8ème degré quant celui-ci était le chiffre maximum, et inventé la paroi la plus mythique de l’Himalaya. Il méritait donc son gros livre rouge, oeuvre de la spécialiste Bernadette McDonald.

Il n’est pas sûr qu’un livre rouge y suffise d’ailleurs. La vie de Voytek Kurtyka tient aussi du roman. Enfant issu d’un milieu peu favorisé du bloc de l’Est, Voytek Kurtyka a commencé ses expéditions sous le sigle du PZA, le parti communiste polonais, pays d’où les expéditions étaient rares dans les années 70. Il était d’ailleurs à peu près impossible de sortir du pays autrement qu’en utilisant l’alpinisme. Prétexte dont Voytek Kurtyka fit usage pour assouvir sa soif de liberté, et au passage, faire de la contrebande pour financer la prochaine expé. En experte des alpinistes des pays de l’Est, Bernadette McDonald dépeint le montage croquignolet des expés polonaises de Zawada auxquelles pris part Voytek Kurtyka, en camion jusqu’en Hindu Kush. Mais Kurtyka prit vite la tangente, d’abord avec la crème anglo-saxonne de l’alpinisme, lui-même attiré plus que tout par la légèreté et la liberté du style alpin, loin des lourdeurs et des hiérarchies de l’alpinisme de son pays natal. Plus de vingt ans après sa première expé, en 85, Kurtyka a réussit la paroi mythique par excellence, celle qui ferait soupirer de satisfaction cent pour cent de l’élite alpinistique actuelle (soit 34 ans après l’ouverture), à savoir la face ouest du Gasherbrum IV. Puis il partait avec la crème des alpinistes suisses, Loretan et Troillet, continuant d’imprimer durablement sa marque dans le monde de l’alpinisme. Vous avez raté quelque chose ? 

A L’APPROCHE DE LA CINQUANTAINE, IL FAIT UN 7C+ EN SOLO. PAS MAL POUR UN PASSIONNÉ D’ALTITUDE.

Avec le suisse Loretan, Kurtyka a tracé une voie élégante sur la tour la plus fameuse du Pakistan, à Trango, à deux seulement. Comment ? Dans les années 70, Voytek faisait déjà du 7. Plus tard, il fera du 8. Alors proche de la cinquantaine (il a 72 ans aujourd’hui et en paraît quinze de moins), Voytek Kurtyka ira jusqu’à faire une voie en 7c+ en solo : autant dire que le samouraï des cimes est un passionné d’escalade très doué, et quoi que Bernadette McDonald en dise, plutôt torturé. En l’occurence, il eut des amitiés importantes : avec Jerzy « Jurek » Kukuczka, avec Alex McIntyre, et quoi que lui en dise, avec Loretan. Contrairement à ce gotha disparu, lui a survécu. Comme il se plaît à le dire,  » la montagne, objet de mon affection, ne m’a jamais puni ».

Voytek Kurtyka n’est pas un mystère en tant que tel : il a sûrement eu de la chance, en Afghanistan quand les tombereaux de pierres ont eu le goût de l’éviter, en Himalaya quand les dieux l’ont laissé descendre, lui et Robert Schauer, de l’antécime du Gasherbrum IV. Mais il ne pouvait pas redescendre semblable à celui qu’il était avant de grimper, avant de passer autant de temps sur ces cimes merveilleusement belles et dangereuses. Kurtyka aime à dire que la montagne lui parle, que cet objet n’est pas inanimé. En cela il a réussi, en tant qu’artiste, à se confondre lui-même avec son art. Ses réalisations parlent pour lui, qui aime économiser sa parole. Autant que dire que c’est extrêmement rare pour un alpiniste, et bien entendu aussi rares sont les livres richement illustrés à traiter de tels sujets.

Éditions Paulsen collection Guérin, 56 euros.

En savoir plus : lire notre article, rencontre avec Voytek Kurtyka, le samouraï des cimes.