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Côté matériel de montagne, chaque saison amène son lot de nouveautés. Toujours plus pratique, souvent plus léger, ce matériel nous paraît indispensable. Mais à quel point est-il nécessaire à la pratique de la montagne ? Comment différencier l’utile du confortable, le nécessaire de l’agréable ? Comment le matos a évolué ? Et du fait des progrès techniques, quelle valeur accorder aux performances alpines contemporaines ? Autant de questions auxquelles tente de répondre ce nouvel épisode du podcast Alpine Mag Des sons et des cimes.

Le carnet est en toile tissée, d’un beige devenu vert-de-gris au fil des décennies. L’élastique censé le maintenir fermé s’est distendu et seul le contour de cuir brun donne une certaine allure à l’ensemble. Ce carnet est celui d’un grand-père : André. Il y a annoté toutes ses courses en montagne de sa première ascension en 1937, alors âgé de 17 ans, à la fin de la guerre en 1945. Page après page, son écriture serrée témoigne avec concision et poésie d’une certaine façon de pratiquer la montagne : avec trois fois rien, souvent à vélo et à proximité de la maison. Les temps ont changé.

Depuis la fin du XIXe siècle, « il y a eu un effort constant d’amélioration du matériel. Des inventions ont complètement changé la pratique et surtout la difficulté envisagée en montagne, confirme Gilles Modica, alpiniste, journaliste spécialiste de l’histoire de l’alpinisme et auteur (entre autres !) de La Saga des inventions (éditions Guérin-Paulsen). On n’a pas cessé d’aborder des parois de plus en plus difficiles et de plus en plus verticales à la fois en glace et en rocher ». Mais aujourd’hui, le matériel a dépassé la quête de performance. « On est dans une époque où le matériel est devenu très important. C’est même une forme d’expression de ce que l’on est », résume l’un de nos interlocuteurs, guide de haute montagne. C’est ce constat qui a conduit à la réalisation de ce nouvel épisode du podcast Des sons et des cimes.

Harnais Petzl fin des années 80 ©Petzl la promesse des profondeurs édité par Paulsen/éditions Guérin

Publicité et argumentaire Petzl pour le harnais Adrenaline, 1985

Publicité Petzl pour le harnais Jump avec Isabelle Patissier, début 90

Les premiers prototypes du Grigri Petzl, et le modèle qui change la vie des grimpeurs en 1991

Questionner notre rapport au matériel

À l’origine du projet, il y a une question sans réponse : a-t-on vraiment besoin de tout ce matos ?

Pourquoi le matériel a-t-il pris tant de place dans nos vies d’alpinistes ? Comment les pionniers ont-ils pu réaliser de tels exploits avec si peu d’équipement technique ? Et quel mérite avons-nous désormais lors de nos ascensions suréquipées ? Dans cet épisode, différentes générations et différentes époques se rencontrent et s’opposent à travers les récits de Gilles Modica, Manu Ibarra mais aussi Arnaud Petit, guide de haute montagne et grimpeur professionnel membre de la team PETZL, ainsi que Patrick Boulet, pratiquant amateur passionné de montagne. En évoquant leurs souvenirs et leurs connaissances, ils établissent des ponts entre l’évolution du matériel et celle des pratiques de montagne à travers l’Histoire.

« Parfois, le matériel amène de nouvelles pratiques mais le plus souvent, ce sont les nouvelles pratiques qui génèrent de nouveaux points de vue » et de nouvelles innovations techniques, assure Manu Ibarra. Ainsi, dans les années 1880, l’apparition des premiers crampons (que Whymper refuse d’utiliser) permet l’émergence de l’escalade sur glace. À l’inverse, c’est la pratique régulière du rocher qui amène Pierre Allain à mettre au point ce qui deviendra les semelles Vibram dans les années 1940 afin d’éviter d’emporter deux paires de chaussures lors de ses ascensions (une paire à semelle de chanvre pour la montée, une paire de lourds brodequins en cuir pour la descente).

De la même façon, Arnaud Petit défend l’idée que les enchaînements de voies qui constituent un bon nombre de records actuels ou les ultratrails, théâtres de performances exceptionnelles, ne seraient pas envisageables sans une lampe frontale sur la tête. Preuve que les activités de montagne sont elles aussi soumises à la tendance, elle-même fortement influencée par les innovations techniques.

Casque et frontale, le match 1991-2021

À gauche (en blanc), le casque Petzl Ecrin Roc, grand classique de la montagne, longtemps utilisé aussi bien par les glaciairistes que les spéléologues, équipé de la classique frontale Zoom, dotée d’une grosse pile à l’arrière. À droite, (noir et orange) le casque Petzl Sirocco surmonté d’une frontale Bindi rechargeable. À gauche, Ecrin Roc (475 g) et Zoom (340 g) totalisent 815 g sur la balance. À droite, Sirocco (160 g) et Bindi (37 g) totalisent seulement 197 g. Sur la tête de l’alpiniste, ou dans son sac, cela fait 618 g de moins ! Soit le fruit de trente ans de recherche et développement.

Petzl Ecrin Roc + Zoom (1991) = 815 g

Petzl Sirocco + Bindi (2021) = 197 g

S’équiper pour se rassurer

Le matériel, comme le rappelle Arnaud Petit, est par ailleurs « ce qui nous laisse penser qu’on pourra faire des ascensions qu’on n’imaginait pas jusqu’alors ». Au-delà de la nécessité technique, souvent à relativiser, le matos est peut-être d’abord, voire avant tout, utile au mental de l’alpiniste. Il rassure, il conforte. Mais mieux vaut prendre garde, prévient Arnaud Petit : « Parfois, on pense que c’est ça qui va nous sauver, plutôt que de se préparer mieux et de prendre du temps pour se former ». C’est sûrement ce qui explique, au moins en partie, le statut du casque, qui est passé de marqueur d’élite à l’inverse dans les années 70 avant de revenir en odeur de sainteté.

Autant d’anecdotes à écouter plus en détail dans cet épisode du podcast Des sons et des cimes, où vous découvrirez peut-être que le matos le plus important pour un alpiniste n’est pas toujours celui qu’on croit.

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