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Vivre une aventure singulière en Himalaya est une chance, c’est vrai. En ramener une histoire en images demande un peu de préparation, hé ouai. À l’occasion de la sortie du film Limi, réalisé et produit par Alpine Mag, revenons sur cette expédition dans le far west du Népal pour découvrir ou revoir quelques bases de préparation d’un reportage photo et vidéo en voyage, des larges vallées d’altitude aux sommets enneigés, l’œil collé au viseur.

1/ Le rêve américain : des kilos de matos pour tout shooter !

Portrait, rue, paysage, action, nocturne, time lapse, slow-motion… N’en jetez plus ! Avant de partir, votre carnet se remplit d’idées de cadrages, de plans ou de photos que vous avez envie de ramener d’expé. Pour ça, il est nécessaire de passer par la phase d’étalement de tous vos jouets. Cette étape est à vocation purement sélective et doit simplement vous permettre d’y voir plus clair dans votre boite à outils. Vous n’êtes pas obligé d’en arriver aux fameux et Ô combien prétentieux « flat-lay » que l’on pourrait traduire par : « regardez-tous-mes-jouets-comme-j’en-ai-beaucoup-vus-de-dessus ».

Alors oui, à chaque technique son outil. Un boitier pour photographier (comme ici un Sony A7III) un autre pour filmer (comme là un Sony A7RIII), un autre encore pour la photo de rue (un Leica M9, snobisme oblige), mais aussi une GoPro pour la vidéo embarquée, voire deux pour que chaque cordée ait la sienne, un monopod pour fixer l’une d’entre elles, un trepied pour les time-lapse (comme un Vanguard VEO 2 en carbone, très léger), un stabilisateur pour les séquences en mouvement (tel que le Ronin-S de Dji), des talkies-walkies (Géonaute en fait de très bons pas cher) pour communiquer à distance en montagne, un drone pour les plans aériens, un iPad Mini pour le piloter avec une autonomie très fiable…

La photo flat-lay ou « regardez-tous-mes-jouets-comme-j’en-ai-beaucoup-vus-de-dessus ». (effet parquet d’arrière-plan obligatoire). ©Ulysse Lefebvre

En réduisant l’équation au maximum, on peut emmener un simple appareil photo à objectif fixe ou mieux encore, cette petite merveille : le Dji Osmo Pocket. Avec son capteur de 12M de pixels, il fait des photos RAW de qualité tout en filmant en 4K à 60 images/s avec une stabilisation bluffante. Le tout pour 116g qui tiennent dans la poche.  ©Ulysse Lefebvre

À cette étape de la préparation, aux balbutiements devrait-on dire, l’état des lieux du matériel doit vous permettre de vous projeter dans votre voyage et vos ambitions en termes d’images. Que vous soyez amateur ou réalisateur pro, il existe un impondérable avant de partir : une idée. Oui, une idée toute simple, pourquoi pas basique même, de vos envies. Et c’est cette idée qui va influencer vos choix de matériel, mais aussi votre matériel qui va influencer vos possibilités. Si vous voulez ramener un carnet de voyage, un appareil photo et un objectif trans-standard suffiront. S’il s’agit d’un reportage, il faudra agrandir votre palette avec d’autres focales, pour une vidéo il faudra une autre configuration.

Il ne reste donc plus qu’à choisir avec l’ambition complètement dingue de parvenir à tout mettre dans le sac à dos photo (dans la catégorie gros volumes, on utilise le Vanguard AltaSky 53, testé ici).

l’état des lieux du matériel doit vous permettre de
vous projeter dans votre voyage
et vos ambitions en termes d’images

Le 35mm, idéal pour les plans larges. 
© Ulysse Lefebvre

200mm, un gros calibre pour continuer à filmer et shooter de loin.
© François Damilano

Le 50mm, focale de prédilection pour le portrait, à pleine ouverture (F/1,8). © Ulysse Lefebvre

Un petit trépied léger et une GoPro, suffisant pour les nocturne et time-lapse. © Ulysse Lefebvre

2/ La réalité : excédent de bagage et dos en vrac.

Comme souvent, la réalité finit par sauter aux yeux. À moins de bénéficier d’un assistant dédié au portage, il faut finalement faire des choix dans cette dizaine de smics de matériel, représentant le poids maximal qu’une mule de l’expé pourrait porter. Et surtout votre dos la plupart du temps. Un seul mot va donc avoir cours à présent : la po-ly-va-lence. Et oui. Fini le snobisme de la focale fixe, qui a eu la vie dure durant cette expé, je l’avoue, avec ce maginifique Zeiss 18mm F2,8. Ultime en paroi pour rendre compte du vide en escalade ou alpinisme technique, moins légitime en expé lorsqu’il est utile de pouvoir zoomer (au moins 100mm), tirer un portrait (50mm ou 85mm), ou encore rendre compte d’une large scène sans non plus avoir l’impression de voir ce qui se passe derrière (plutôt au 35mm donc).

Le bon tuyau : sur le Sony A7RIII comme sur la plupart des hybrides ou reflexes actuels, il et possible de configurer un certain nombre de boutons (souvent de boutons fonction ou C1, C2…). Pour augmenter drastiquement la polyvalence de votre focale, configurez l’un de ces boutons pour passer en mode APS-C. Cela aura deux effets grandioses : d’abord d’augmenter votre focale d’1,6 (le ratio de passage d’un capteur plein format à un capteur APS-C). Comprenez que ce fameux Zeiss 18mm devient un 28mm tandis que votre 50mm devient un 80mm. Mieux : si vous avez opté pour un objectif trans-standard comme recommandé, un 24-105mm est tout à la fois un 38-168mm. D’un bouton, vous démultipliez les possibilités et obtenez l’équivalent d’une deuxième focale. Tout cela ne donnera pas une image meilleure qu’après un crop (recadrage) depuis votre Lightroom ou Photoshop me direz-vous. Et vous aurez bigrement raison. Seulement, cette manip’ permet non seulement de cadrer dans le viseur, et non a posteriori à l’écran (on est photographes oui ou m..ince ?), mais aussi de limiter la taille des fichiers et d’économiser ainsi de precieux gigas octets sur vos disques durs. Deuxième intérêt et non des moindres. Pas mal non ?

En photo « de rue », même un 18mm à passer en 28mm grâce au mode APS-C permet de garder de la polyvalence. ©Ulysse Lefebvre

Pour le reste des dilemmes, ayez l’ensemble des facteurs en tête et supprimez en fonction :
– Stabilisateur Ronin-S : très lourd, fragile et peu pratique à transporter. Il permet de superbes plans en mouvement rapide. Pas indisepensable dans le cadre d’un trek ou d’une ascension en alpinisme.

– Leica M9 : utile pour sa discrétion pendant quelques jours de photo de rue à Katmandou seulement. Il reste à la maison. Son jeu de batteries ainsi que le chargeur adéquat aussi.

– 35mm Leica Zeiss : même si son rendu est unique, il fait doublon avec le 18mm « croppé ».

Outre le poids, il faut intégrer la fragilité de certains équipements, leur trop grande spécialité, leur résistance à l’humidité ou à la poussière, leur effet doublon avec d’autres éléments.

Enfin, l’adage dit : « Choisir c’est renoncer ». Mettez-le à la poubelle et trouvez la solution qui vous permettra de couvrir tout le champ de vos ambitions. Il faudra peut-être descendre d’un cran en termes de qualité, de poids ou d’aspect pratique, mais aujourd’hui, la polyvalence du matériel, même à moindre coût, permet de ramener des images de qualité en toutes situations.

l’adage dit : « Choisir c’est renoncer ».
Mettez-le à la poubelle.

3/ L’énergie : préoccupation principale de l’explorateur des temps modernes

L’aventurier du XXIe siècle ne craint plus les espaces vierges, il ne craint plus le froid ou la tempête, encore moins l’isolement. Non, il craint de ne pas pouvoir recharger ses batteries d’appareil photo, de drone, d’iPad pour le piloter, de smartphone pour la musique, de montre GPS pour prouver le sommet (!), de GoPro, ou ses piles rechargeables pour l’enregistreur, pour les micros, et même l’ordinateur portable pour bosser au camp de base (ou regarder des films quand le mauvais temps dure longtemps). Tout ça oui !

Quand faut charger, faut charger… ©François Damilano

Première chose : optimiser la recharge des batteries. Pour ça, il faut tester plusieurs solutions chez soi. Les chargeurs propriétaires (fournis avec votre appareil), sont souvent les plus efficaces en temps de chargement. Ils n’ont malheureusement qu’un emplacement. Les chargeurs à plusieurs ports sont légion sur les sites de vente en ligne (souvent chinois) et concernent la plupart des modèles d’appareils photo ou de GoPro. Problème : ils sont souvent plus long pour charger. Il faut donc tester chez soi pour définir s’il est plus efficace de charger une batterie seule mais plus vite, ou deux batteries à la fois mais plus lentement. D’ailleurs, il est toujours intéressant d’acheter quelques batteries génériques pas chères. Même si leur durée de vie est inférieure aux batteries officielles, elles feront le job le temps d’un voyage. Le web regorge de comparatifs entre les modèles.

Côté source d’énergie, le solaire est aujourd’hui accessible et riche de multiples solutions. Les panneaux sont de plus en plus puissants et légers. Certains, comme le Goal Zero Nomad 28 (de type monocristallin) que nous avons utilisé, ont un port USB directement relié au panneau, ce qui permet de charger de petits appareils, comme un smartphone, en direct. Couplé à une batterie Sherpa 100 de la même marque par exemple, on obtient un bon outil de charge des appareils. Pour charger un laptop, il faudra ajouter un onduleur à la batterie, afin de pouvoir brancher le chargeur avec sa fiche murale.

Toute cette petite chaine de charge pèse son poids (1,4kg pour les panneaux, 650g pour la batterie) mais en cas de besoin, il est toujours possible de monter l’ensemble sur le sac à dos pour charger la journée en marchant.
Ah oui, dernier conseil : chargez à bloc vos batteries chez vous, avant de partir. Ça va de soi, oui, mais certains oublient… 

4/ « Filmer au drone n’élève pas le débat »

Non, mais ça donne de la hauteur, du relief voudrait-on répondre à Sylvain Tesson, technophobe notoire ! Il est vrai qu’à l’aube de 2020, les plans aériens s’avèrent nécessaires… mais pas suffisants ! Le web regorge de clips vidéos qui consistent en une suite de plans drones magnifiques. C’est beau, « inspiring you know », mais au bout de 2mn, vient tout de même une question Ô combien osée : c’est quoi l’histoire ? La question de la narration et de l’angle d’un reportage n’est pas l’objet de cet article. N’empêche : côté technique, il va falloir garder en tête que filmer depuis les airs reste un impératif et que sortir le drone peut s’apparenter à une habitude quasi quotidienne. Au retour, tous ces rushs auront le même avenir que ceux sortis de votre caméra au sol : 95% resteront sur les disques durs. Mais les 5% restants donneront du recul et du relief à votre propos et à vos autres plans. Bouffez donc du drone oui, mais dans le cadre d’une nourriture équilibrée à base de plans au sol, plans embarqués (GoPro) et autres time lapse classiques mais efficaces.

D’ailleurs, apprenez à décoller et récupérer votre engin dans la main. Cela permet de voler dans beaucoup de situations complexes, depuis un relais en paroi, un bateau en mouvement ou tout simplement une prairie aux herbes hautes.

Pour récupérer votre drone à la main, vous pouvez aussi prendre une pose plus détendue… Mais l’idée est là. ©François Damilano

Bye bye 90€.
Bye bye surtout 15mn d’autonomie
si ça se passe au fin fond des montagnes.

Dernière chose : emmenez des batteries en nombre. Parfois, certaines peuvent annoncer un bug et ne plus fonctionner, suite à un froid intense, un choc ou un crash par exemple. C’est ce qui nous est arrivé sur une batterie, qui a subi un « petit crash », dans les sapins enneigés de la vallée de Pitztal. Tout allait très bien pendant plus d’un an après l’incident jusqu’à ce qu’elle soit reconnue comme défaillante et devienne inutilisable. Bye bye 90€. Bye bye surtout 15mn d’autonomie si ça se passe au fin fond des montagnes. Mieux vaut donc emmener suffisamment de batteries pour avoir de la marge et pallier ce genre d’imprévus. Aujourd’hui, le Mavic Pro est assez répandu pour qu’un copain qui le possède aussi puisse vous prêter quelques batteries complémentaires ; voire son drone en secours, au cas où un vol quelque peu présomptueux vienne plonger votre aéronef dans les tréfonds d’une crevasse passant par là.

Ah tiens, au passage : si d’aventure votre radiocommande (RC) ne se connecte plus au drone, même après avoir tout essayé et avoir, de rage, découpé un yack à l’Opinel, souvenez-vous que parfois, sans s’en rendre compte bien sûr, nos gros doigts engourdis peuvent déplacer le tout petit bouton physique passant le mode de pilotage de RC (radiocommande) à wifi. Avant que vous ne vous rendiez compte de la traitre manip, vos nerfs auront fort à faire. Un merci spécial à Greg pour avoir sorti d’affaire un journaliste au bord de la crise de nerfs, sur le chemin de Limi. Un glissement de bouton, du bout du doigt, la RC reprend le contrôle et le drone redécolle.

Un drone grand public tel que le Mavic Pro de Dji est un choix judicieux pour sa polyvalence et sa résistance, comme ici à 6000m avec une température de -30°C. ©Ulysse Lefebvre

5/ Le son : 5e roue du carrosse

Combien de vidéastes vivent cette déconvenue en découvrant leurs rushs : des plans magnifiques, une dynamique incroyable et… un son pourri !  Gardez en tête qu’une image se (re)travaille ou se remplace. Mais qu’un mauvais son restera très souvent un son mauvais. Le micro interne des caméras fait le minimum syndical. Il est conseillé d’emmener un micro canon à clipper sur la griffe de flash du boitier (tiens, on na pas parlé d’emmener un flash…). Pour une somme modeste (une petite centaine d’euros), le son devient vraiment meilleur, surtout si vous n’oubliez pas la bonnette pour couper le bruit du vent. Et si vous comptez réaliser des interviews, le micro-cravatte est la meilleure option et donnera à coup sûr le son que vous placerez sur vos longues séquences de drone (voir point n°4) ou sur vos autres plans où vous aurez justement un son pourri.

Gardez à l’esprit aussi que si le web regorge de sons d’ambiance, les votres, les vrais, ceux pris sur le terrain seront souvent meilleurs, plus vrais. Un petit enregistreur type Zoom H5N est pratique pour capter un bruit de torrent, une ambiance dans un bus, le vent dans une tente ou encore pour une interview imprévue. Ce n’est pas le genre d’objet que vous emmenerez au camp 6 juste sous le sommet, mais jusqu’au camp de base, il permet de réaliser une belle moisson sonore.

Enfin, ne minimisez pas l’importance du son des GoPro. Pensez à la retourner quand vous voulez parler, limitez les frottements des gants sur la coque pour ne pas vous casser les tympans de bruits parasites. Il existe aujourd’hui des micros externes de qualité, adaptables sur GoPro et étanches, chez Sennheiser et d’autres

Filmer et enregistrer avec un micro canon, c’est bien. Ajouter la bonnette pour ne pourrir le son à cause du vent, c’est mieux. ©Ulysse Lefebvre

On vous a énuméré là seulement 5 petits points pour bien préparer votre expé photo ou vidéo. On reparlera prochainement de la partie plus éditoriale des choses, ou comment penser et écrire une idée d’histoire avant de mettre les deux pieds dans le voyage. Car une fois dedans, tout va très (trop) vite. Hâte de repartir ?