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Le Sony Alpha 7 troisième du nom s’est imposé comme le boîtier actuel le plus complet, en terme photo comme vidéo. Doté de meilleures autonomie et ergonomie, et de fonctions inédites comme l’Eye AF, l’A7 III fait beaucoup mieux que l’A7II sans pour autant en effacer certains défauts. Voici un premier test-bilan après six mois de photos en montagne avec le A7III, hybride plein format pointu mais exigeant.

 

I

l faudrait sans doute partir d’avant l’hybride pour réellement faire un bilan de ce Sony A7III. D’avant ce qu’il faut bien appeler la révolution du viseur électronique, contre laquelle le possesseur de lunettes de vue lutta jusqu’en 2016 et l’arrivée dans son sac photo de l’A7II. Cette deuxième génération fut présentée comme une vraie avancée lors de sa sortie. Et après 18 années en reflex (Nikon) je sautais le pas. L’A7II fut mon compagnon jusqu’au printemps 2018, avec ses points forts, très forts, qui compensaient de vraies faiblesses : lire notre test complet Un an avec le Sony A7II. Je vais y revenir. Mais d’abord pour un photographe pro le renouvellement du matériel s’est diablement accéléré depuis l’avènement du numérique, ce qui permet à la mémoire de faire un tri entre les différents boîtiers qui se succèdent au fil des années. Chez Nikon, ce fut le D700 qui fut de l’avis de tous les Nikonistes d’alors (2008, une éternité), le boîtier qui marqua les esprits. Chez Canon, le 5D Mark II et ses fonctions vidéo firent l’effet d’une bombe. Quand Sony sortit l’A7, premier hybride « mirrorless » plein format (full frame, soit un capteur de 24x36 mm) en 2013, c’était déjà un format révolutionnaire, car très compact pour un full frame et un résultat photo à la hauteur de la concurrence reflex. Sorti début 2015, l’A7II s’est distingué par son système de stabilisation interne (dit à 5 axes), permettant par le déplacement du capteur de shooter à des vitesses très basses et/ou en conditions de faible lumière. Un indéniable atout qui a fait oublier, un temps, certains de ses défauts. Et c’est là qu’entre dans la danse le successeur, le Sony A7III : après plus de six mois d’utilisation, je commence à cerner la bête (oui, les tests photo effectués en 3 jours, ce n’est pas sérieux). Pourquoi ? Parce que lui, même s’il n’est pas exempt de défauts, au premier rang desquels sa complexité, le Sony A7 III s’invite dans mon esprit comme le D700 d’il y a bientôt douze ans : un boîtier marquant et complet. Mais une machine que l’on apprend à dompter pour en tirer le meilleur, bien plus évolué et complexe que ne l’étaient les meilleurs boîtiers reflex d’alors.

Prise en main

Ici pas de tests à base de mire : ne comptez pas sur cet article pour examiner des crops à 100%, d’autres sites le font très bien. Je suis un professionnel passionné d’image et de technologie, mais pas à ce point. Que demande t-on à un boîtier professionnel full frame (ou semi-pro, jouons sur les mots) en 2019 ? La quadrature du cercle ! Énumérons : une rafale cinglante, une autonomie correcte, des résultats excellents en photo avec une dynamique large, des résultats excellents en vidéo dans les situations les plus variées. C’est à dire autant que pourraient faire deux appareils photo et vidéo distincts il y a cinq ans à peine. J’oubliais : en plus de la quadrature du cercle susmentionnée, n’oublions pas quelques domaines importants. Un excellent viseur, qui se hisse au niveau des viseurs optiques. Une ergonomie claire et agréable. Une offre optique large et disponible. Une robustesse avérée. Ces quatre domaines étaient habituellement la chasse gardée des reflex Nikon et Canon, spécialement les boîtiers pro. Et ces domaines sont aussi ceux dans lesquels Sony avec l’A7 deuxième du nom accusait du retard. Le viseur ? S’il accuse peu ou prou le même nombre de points (2,36 millions pour l’A7III comme pour l’A7II, mais un meilleur taux de grossissement pour le dernier-né, à comparer à celui des A7RIII/A9 qui grimpe à 3,6 millions), le viseur de l’A7III me donne l’impression, par rapport à celui de l’A7II, d’avoir, au pire, lavé mes lunettes, ou au mieux, allumé la lumière entre temps. C’est le jour et la nuit. Après, restons calme : le porteur de lunettes reste à mon sens défavorisé par le viseur électronique, c’est pourquoi je porte en général des lentilles de contact en utilisant les A7 et autres Sony APS-C. 

Afterglow sur les Drus. ©Jocelyn Chavy. Focale : 200mm (FE 70-200mm f4 G OSS). Ouverture : 4.5. Vitesse : 1/320ème  Iso : 1600

Autonomie

Il existe des kilomètres de pages web pour critiquer la petitesse, voire la légèreté des hybrides qui rendent la tenue en main et l’usage d’optiques lourdes compliqué, phénomène renforcé par l’opticien Sigma ou Sony eux-mêmes, qui produisent des optiques pro de plus en plus massives. Avant de rentrer dans le débat, sachez que l’A7III a pris de l’embonpoint, puisqu’il affiche 650g sur la balance (au lieu d’un peu moins de 600g pour son précédécesseur A7II). La raison ? Elle vaut le coup et tient en un mot : autonomie. Fini les batteries NP-FW50 d’environ 1080 mAh, une puissance anémique pour un hybride où a minima le viseur est toujours allumé (ou l’écran). La nouvelle NP-FZ100 est plus grosse et plus lourde, et double l’ampérage avec 2280 mAh. C’est un point-clé car l’un des défauts majeurs, que les amateurs d’A7 et A7II sur le marché de l’occasion doivent avoir à l’esprit (un A7II à moins de mille euros reste un très bon choix en termes purement photo), c’est l’autonomie faiblarde de cette première génération de batteries qui reste encore d’actualité puisqu’utilisée sur les APS-C Sony A6300, A6500 et le dernier né A6400 (oui, les chiffres ne se suivent pas). Si les 350 photos de l’A7II n’étaient qu’une promesse, les 700 photos promises par l’A7III et sa nouvelle batterie sont bien là : à la Pierra Menta (nombreux exemples de photos sur le facebook de la Pierre), plus de 650 photos ont été prises par étape de quatre heures et la batterie affichait encore un état parfois à plus de 30% ! Bref, cette batterie est un vrai gros changement qui était d’autant plus nécessaire que la vidéo nécessite énormément d’énergie supplémentaire. Dans le froid et la neige de cette 34ème Pierra Menta, l’A7III s’est révélé un compagnon agréable, mais aussi grâce à l’ergonomie grandement revue.

À gauche le Sony A7 II, à droite l’A7 III. On note sur celui-ci l’emplacement de la touche vidéo enfin pratique, et l’apparition du joystick. 

Ergonomie

Sur l’extérieur les boutons Fonction qui permettent d’attribuer des fonctions personnelles sont toujours là, mais le changement vient du joystick (en plus de la roue codeuse) qui est apparu sur l’A7III (la roue codeuse est présente depuis le début). Quelque part vers le F100 (oui, un ancêtre Nikon analogique) j’ai pris l’habitude de faire le focus avec un pouce sur ledit joystick (avec le système Flexible Spot, voir plus bas) : même si la méthode AF-Lock et déplacement du boîtier fonctionne sur tous les appareils photo, ledit joystick reste un outil que j’adore. Un exemple ? Le joystick permet tranquillement de flouter l’arbre en faisant le point sur la bosse sur laquelle va sauter le skieur, en utilisant une relativement faible profondeur de champ. Bon, nous verrons que les modes Auto Focus Sony laissent moult autres possibilités, mais ledit joystick est utile car il permet une utilisation simple du mode AF Flexible Spot. Si on peut garder certaines de ses habitudes dans cette révolution geek permanente, pourquoi s’en priver ? On laissera d’autres testeurs s’extasier devant le double slot SD : oui, il est possible d’enregistrer en RAW sur l’une et en Jpeg sur l’autre (mais qui voudrait d’un tel doublon en permanence ? Quelques filmeurs qui font du « direct depuis le boîtier », sans doute). 

Rayon ergonomie, les Menus Photo et Video sont désormais séparés. Enfin, à peu près.

Oui, il est donc possible d’enregistrer sur les deux cartes en même temps, ou la vidéo sur l’une et la photo sur l’autre, ce qui peut avoir beaucoup d’avantage quand on fait les deux en même temps. Mais en douze ans de numérique, j’ai perdu plus de photos à cause d’un disque dur défaillant, ou d’une manipulation hasardeuse, qu’en raison d’une carte SD qui n’aurait pas enregistré. Et pour cause, cela ne m’est jamais arrivé. Donc oubliez le double enregistrement pour chaque fichier. Précisons tout de même, et nous y reviendrons, que la technologie japonaise n’est pas exempte de défauts concernant le lecteur de carte. Non, le détail qui n’en est pas un, c’est le bouton Enregistrement Vidéo : il était tout près, bizarrement trop près du pouce sur l’A7II, posé sur l’arête du boîtier. Une sacrée erreur de corrigée : sur l’A7III le bouton Vidéo est idéalement calé près du viseur, aucun risque. Dans la série détails agaçants, l’A7III en a gardé un autre côté hardware : l’œilleton, cette pièce de caoutchouc qui protège la visée, a une fâcheuse tendance à s’enlever facilement en sortant le boîtier du sac, ou de la veste, quand on évolue à skis ou en crampons. Rien que cet hiver, j’en suis à mon troisième œilleton. Fâcheux, vous dis-je. Idem pour les trappes Micro/Hdmi, dont l’attache est bien fine. Mais rayon ergonomie, c’est sous le capot que se cache la bonne nouvelle : des menus enfin lisibles.

Col des Avalanches avec les Jeunes FFCAM Isère. © Jocelyn Chavy
Focale : 15mm (Voigtländer Super Wide Heliar 15mm f4.5). Ouverture : 11. Vitesse : 1/250ème. Iso : 200

Ergonomie et Menus

Mélangés du temps de l’A7II, les menus Photo et Vidéo sont clairement distincts sur l’A7III. Une vraie amélioration, plus que bienvenue alors que les menus sont toujours aussi touffus. Bien que vous n’avez pas envie de lire le gros manuel en pdf, je vous conseille de vous plonger dans lesdits menus dès vos premières prises en mains. À moins de se retrouver vite perdu dans les multiples fonctions et possibilités dont une bonne partie sont personnalisables. Sony décrit son A7III comme une « basic camera » face à son flagship l’A9, et même par rapport à l’A7RIII et ses 42 Mp. Les Japonais ont le sens de l’humour, à moins que ce soit une flèche décochée sur les concurrents : l’A7III a gardé de ses aînés des caractéristiques techniques – et des possibilités de pointe avec une rafale de 8,4 à 10,4 images par seconde (selon optique), ou ses 51200 ISO max. Pas mal pour un boîtier « basique ». Les menus, denses, nécessitent un temps d’apprentissage, et tout n’est pas encore si bien rangé : dans le Menu 1 Prise de vues o se trouvent pas exemple les Profils Personnalisés d’image utilisés en vidéo, à savoir S-Log et Cinelike (des profils vidéos « flat » qui permettent un travail de la couleur et du rendu au montage. À titre personnel, j’utilise le Cine4 en vidéo). 

Sony a le sens de l’humour quand l’A7III est décrit comme une « basic camera ». Capable de faire du 10 i/s et de la 4K.

À voir les Menus de l’A7III, on mesure l’effort fait depuis l’A7II mais entre les quatorze ( !) sous-menus de prise de vue et une connectivité toujours aussi rébarbative (on déplore la disparition des applis Play Memories), l’A7III n’est pas une bête simple à apprivoiser. D’autant que les mises à jour s’en mêlent : lors d’une récente MAJ via le MacBook, j’ai dû affronter une boîte de dialogue où affleurait des phrases en japonais… Plus embêtant, la dernière mise à jour a condamné certaines batteries compatibles mais non Sony, qui veut éviter, pour des questions de sécurité, la concurrence sur ce terrain sensible (et où le prix d’une batterie compatible est au tiers de l’originale). Autre détail un poil agaçant : à la suite d’un achat de carte SanDisk en février, j’ai été obligé d’effectuer la mise à jour 2.0, faute de quoi l’A7III refusait de lire ou même de formater ladite carte (même formatée sur mac). Évidemment, il vous faudra passer aussi sous les fourches caudines de la version abonnement de Lightroom si vous utilisez le logiciel Adobe, faute de quoi vos RAW seront illisibles… à moins de passer par la case DNG Converter. Bref, la photo numérique n’est pas faite pour les moins patients d’entre vous. Passons aux choses sérieuses : les photos !

La suite : lire le 2ème volet de notre Test photo : 6 mois avec l’A7III, deuxième partie.

 

Mise à jour du 11 avril à 9h00 : on l’attendait, elle est arrivée ! La mise à jour Firmware des A7III et A7RIII est proposée ce jour-même (quel hasard). J’ai donc installé la version 3.0 qui permet la détection Eye AF des yeux des …animaux, voilà qui plaira aux photographes animaliers, et surtout la fonction Real Time Eye AF (suivi de l’oeil y compris en vidéo) qui plaît à tout le monde, et que je vais tester asap. À noter que la présente MAJ a été plus simple pour moi (en Mac) que la précédente : une fois votre Sony connecté il faut penser à a) fermer Play Home Memories/Importer qui s’ouvre sans prévenir b) Relancer l’outil Update en cliquant sur > Resources > SystemSoftwarUpdater.

Le lien vers la version 3.0 est .