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Les étages

Elle était au fond de la classe, je me tordais le cou pour l’entrevoir et m’en faisais tirer l’oreille.
Un jour, M. Boucly l’a prise dans ses mains et l’a accrochée au tableau. Une Vidal-Lablache comme les autres cartes de l’école mais celle-ci, en plus du voyage, offrait le rêve. Elle décrivait les étages de la végétation, en montagne. Il y en avait cinq, séparés de gros traits noirs qui penchaient un peu côté ubac. Il les détailla un par un avec sa grande règle jaune qui faisait du bruit : le collinéen et ses chênes, le montagnard dont je me demandais pourquoi lui seul avait le droit de s’appeler ainsi, le subalpin, l’alpin, ses prairies bordées de ravins et tout là-haut, le nival dont on préférait mille fois son autre nom, les neiges éternelles. Rien que le dire, ça nous coupait le souffle.
En haut de la carte, je m’y voyais déjà.
Alors je suis allé voir sur place, encore, encore, travaux pratiques répétés à l’envi et ces strates d’écolier sont devenus des paliers d’arpenteur. De cinq, ils sont passés à six mais toujours des traits nets entre chaque. Le schéma de la flore s’est faite carte intérieure que le ressenti trace et retrace à chaque échappée, l’âme a aussi ses étages.

Ça débute par l’élastique. C’est un parking, souvent, il y a des voitures. Nous n’avons qu’une envie, nous engouffrer dans le massif, partir. Mais il reste des bricoles de la cité à régler, un coup

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