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Jamais seul en montagne ?

Être seul en montagne est une expérience singulière que beaucoup d’arpenteurs des cimes ont un jour recherché. Les motivations sont nombreuses et touchent de près ou de loin au besoin de solitude, de recentrement sur soi, à celui de mesurer ses propres capacités physiques et mentales ou tout simplement à l’envie d’épure et la réduction de l’ascension à son plus simple appareil.

Que ce soit l’un, l’autre ou un peu de chacun de ces moteurs, gravir seul la montagne se double parfois d’une autre solitude. En plus de faire cordée solo, le chanceux peut avoir le privilège de trouver la montagne elle-même désertée. Sans les autres, elle est encore plus présente. Sans prétendants concommitents, le grimpeur solitaire est encore plus gâté, seul point mobile dans l’océan de roche, partagé avec les quelques bouquetins et autres chutes de pierres. Et le petit sommet alpin devient Himalaya.

Le mont Aiguille et deux pieds seulement. ©Ulysse Lefebvre

Beaucoup ont un jour eu l’envie d’éprouver cette sensation, à des degrés divers de durée, de difficulté ou d’éloignement. D’une vie de solitude à la Thoreau à une journée seul en montagne pour le commun des mortels, en passant par un an de cabane façon Tesson, le spectre de la solitude est vaste. Pourtant, peu savent expliquer comment l’envie s’est souvent transformée en besoin, qu’ils soient philosophes, sociologues, écrivains, grimpeurs de haut niveau ou randonneurs du dimanche.

« On ne tombe pas toujours dans la solitude,
parfois on y monte. »
Henri Thomas

Car grimper seul ne va pas sans une criante contradiction. « La solitude, ce n’est qu’un mot. La solitude, c’est pour penser aux autres. Je n’ai jamais tant pensé aux autres que quand j’étais seul. » écrivait l’auteur français Henri Thomas. C’est vrai à tous les moments de l’ascension.
Avant : c’est souvent le noeud sécuritaire qu’il faut dénouer en expliquant que non, la prise de risque est mesurée, la marge suffisante et les dangers minimes. Et ma tête va bien merci. Il faut alors expliquer le pourquoi du solo. Ou alors ne rien dire du tout et y aller. Et juste laisser un petit mot avec la destination. Au cas-où…
Pendant : avancer seul dans les montagnes est propice à la réflexion. Et à qui penser sinon aux autres ? A part quelques grands égocentriques, l’esprit vagabonde souvent vers d’autres contrées, d’autres personnes. Au sommet du mont Aiguille, ce 24 avril, une pensée pour la plus haute montagne de la Terre, peut-être la moins isolée de toutes, et symboliquement reliée au reste du monde avec deux premiers cas de coronavirus à son camp de base. Le grand cirque de l’Everest continue. Qu’il est loin le Vercors !
Après : le grimpeur solitaire se laisse souvent aller à raconter, avec emphase ou discrétion, rarement il se tait, que ce soit sur les réseaux sociaux… ou dans un édito.

Tout cela démontre combien la solitude n’existe que par la présence, en creux, de l’autre. Il faut alors mettre de la distance pour trouver la solitude, s’élever. Henri Thomas encore : « On ne tombe pas toujours dans la solitude, parfois on y monte. » Avant de redescendre. Bernard Amy pour conclure : « L’alpiniste se retrouve dans la foule des gens qui veulent être seuls ». Bonne semaine, seuls ou à plusieurs.

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