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Interview de Catherine Destivelle célébrée par ses pairs à Ladek Piolet d'Or Carrière 2020

On ne présente plus Catherine Destivelle : elle est l’une des rares à être connue du grand public comme grimpeuse ou alpiniste, dont la popularité n’a jamais cessé. En lui décernant le Piolet d’Or Carrière, la plus grande distinction internationale en alpinisme, samedi prochain au festival de Ladek, ses pairs reconnaissent à leur tour le bel élan de celle qui fut d’abord une grimpeuse puis une alpiniste hors pair, mais aussi une femme qui a inspiré de nombreuses vocations, et aujourd’hui éditrice. Interview.

Le rocher, d’abord. L’escalade, libre. Catherine Destivelle commence à Bleau, aime les bombés de Buoux ou le vertige du Verdon, et remporte la première compétition de l’histoire de l’escalade à Bardonecchia, en 1985. Ses cheveux ébouriffent le 20 heures, les sponsors suivent quand elle se lance dans des grands solos hivernaux (faces nord de l’Eiger, des Jorasses, du Cervin, le Bonatti aux Drus) à l’aube des années 90, puis l’ouverture toujours en solo (onze jours) d’une voie aux Drus, autant de premières féminines.

Destivelle se lance aussi en Himalaya : d’abord une belle réussite à Tour Sans Nom avec Jeff Lowe (qui reçoit le Piolet d’Or Carrière en 2017) puis la face sud du Shishapangma par la voie Kurtyka-Loretan avec Erik Decamp. Il y aura aussi l’Antarctique où une photo sur la cime d’un beau sommet a failli lui coûter la vie.

Solos, livres et liberté

Aujourd’hui éditrice passionnée à la tête des éditions du Mont-Blanc, Catherine Destivelle est une source d’inspiration pour beaucoup. Intarissable sur la culture alpine, éditant et traduisant des auteurs jusque-là ignorés du public français, elle est « absolument passionnée de montagne » sous toutes ses formes, comme elle le dit elle-même. Peu savent qu’avant même sa carrière de grimpeuse elle avait déjà écumé les grandes parois des Alpes, à l’âge de dix-sept ans – et en réversible : la cordée Destivelle-Richard a coché parmi les premières répétitions en libre des chefs-d’œuvre du Verdon, et passait l’été en haute montagne, tendance ED : Couzy-Desmaison à l’Olan, Devies-Gervasutti à l’Ailefroide, Directe Américaine aux Drus.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans : mais en montagne ou ailleurs, Catherine Destivelle aime toujours autant sa liberté, fonçant tête baissée dans l’aventure de de livres de montagne. Qu’elle soit la première femme à recevoir cette distinction aura sans doute une saveur particulière pour Catherine Destivelle : elle qui est la seule à avoir grimpé dans les pas de Walter Bonatti en face nord du Cervin en répétant en solo la voie du maestro, va à son tour recevoir le Piolet d’Or carrière, dont le premier avait été décerné en 2009 au grand Walter. Elle sera la deuxième personnalité française à recevoir le Piolet d’Or Carrière après Robert Paragot en 2012.

Sans doute pense t-elle, modeste, qu’elle ne mérite pas pareille récompense : mais l’alpinisme n’est pas qu’un carnet de courses, c’est aussi réaliser ses rêves en ouvrant cette fenêtre magnifique aux autres, ce qu’elle a réussi.

Comment as-tu réagi en apprenant que tu allais recevoir le Piolet d’Or Carrière 2020 au festival de Ladek ?

Catherine Destivelle : Quand on m’a prévenue que j’allais recevoir le Piolet d’Or Carrière, au début j’ai été presque un peu gênée, par rapport au palmarès de ceux qui l’ont reçu avant moi. Je me suis dit que je n’avais pas eu une carrière aussi longue que d’autres. Et puis ensuite, j’ai reçu des messages de félicitations, que je recevais aussi ce prix pour l’inspiration que j’ai donné aux autres. Bien sûr, je suis allée en Himalaya, j’y ai vécu des aventures. Mais finalement pour moi, quand je regarde en arrière, c’est mon ascension solitaire de la face nord de l’Eiger qui m’a le plus marqué. Pourquoi ? Parce que je devenais ainsi une alpiniste, une vraie. C’était ma première face nord, jusque là je grimpais plutôt en rocher uniquement. (…)

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