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La haute montagne n’est pas un milieu facilement accessible. Les obstacles sont d’ordre financier, mais aussi culturel. Découvrir la haute montagne pour grandir soi-même, apprendre à faire des choix et prendre confiance en soi, c’est l’objectif de l’association Axa Atout Coeur avec le projet Gravir pour grandir. Avec l’aide d’En passant par la montagne, Axa Atout Coeur a accompagné une douzaine de jeunes issus de quartiers défavorisés dans un programme d’une huitaine de jours jusqu’à leur premier sommet. Reportage.

Quatre heures du matin. Le réveil sonne dans le refuge Victor Emmanuel II, en Italie. Les douze jeunes, les huit mentors et leurs guides sautent de leur couchette. Il est bien connu que l’inertie de groupe augmente à mesure que celui-ci est important. Nous ne sommes pas loin d’une trentaine pour cette sortie en haute montagne, et il ne faut pas traîner : les températures de ce mois de mai sont déjà très élevées. L’objectif du jour ? Le col di Moncorvé, un belvédère sur le Ciarforon et la face sud de la Becca di Moncorvé, un satellite spectaculaire du Grand Paradis, 4 161 m. Le col ne se situe lui qu’à 3 340 mètres : c’est déjà un objectif de taille pour des débutants qui, jusqu’à ce printemps 2022, n’avaient jamais mis les pieds en montagne.

En montant au refuge Victor Emmanuel II. ©JC

Première en montagne pour Sandrine. ©JC

Chaleureuse soirée au refuge Victor-Emmanuel. ©JC

Check encordement à 4h30 du matin avec Mélusine, l’une des mentors du groupe. ©JC

Le rythme est paisible, pour que tout le monde atteigne le col. 

L’association Axa Atout Coeur a imaginé ce projet social et solidaire, Gravir pour grandir, dans le but d’amener des jeunes des quartiers défavorisés en montagne. Mais les jeunes ne s’attendaient sans doute guère à cette jolie progression : après deux week-ends en montagne à goûter à leurs premiers névés, dans le Jura puis dans les Aiguilles Rouges, les voici ce jour à plus de 3 300 mètres d’altitude, sur le glacier de Moncorvé. L’obscurité se lève, l’aube pointe timidement à l’est : le rythme choisi par les guides est paisible, dans le but que tout le monde puisse atteindre le col. Pour celles et ceux qui découvrent le milieu, tout est à apprendre, comme n’importe quel débutant. Commencer par bien serrer ses chaussures, pour éviter les ampoules, savoir placer sa frontale sur son casque, son harnais sur sa veste. Résister à la tentation de se couvrir de tous ses vêtements pour éviter la suée. Et surtout, prendre confiance en soi, et en l’autre avec qui on est encordé(e).

En montant au col de Moncorvé. ©JC

Le sourire de Steeven. ©JC

Tristan, humant l’air pur au col de la Vanoise ©UL

Le projet Gravir pour grandir

Une poignée d’heures plus tard, le col est en vue. Les cordées de trois ou de quatre se hissent sur la pente de neige qui se raidit. Tout le monde atteint le col, épuisé ou non, ravi(e). « J’ai choisi de participer à ce programme pour découvrir le milieu de la montagne que je n’avais jamais côtoyé avant », explique Gloire. Quel programme ? Soutenu par l’association Axa Atout Coeur, « Gravir pour grandir est un programme de mentorat », explique Tristan Mathon, responsable du projet. « L’objectif, c’est de transmettre des enseignements clés et utiles pour toute la vie grâce à la pratique de l’alpinisme. Comme apprendre à faire des choix face à un nouvel environnement, savoir s’écouter, prendre confiance en soi », précise Tristan, pour qui l’inclusion sociale est une composante importante du projet.

Entre mentors et jeunes participants, il s’agit d’établir une confiance réciproque, d’entraide et de nouvelles interactions hors de leur milieu habituel, tout en se découvrant de nouvelles aptitudes. « Ce programme m’a beaucoup changée. j’ai fait des trucs que je ne pensais pas pouvoir faire. Ça m’a transformée. Ça m’a permis de me découvrir finalement, ça m’a apporté du positif », s’enthousiasme Huguette, âgée d’une petite vingtaine d’années, qui n’avait jamais mis les pieds en montagne – et encore moins en haute montagne. 

« Ce programme m’a beaucoup changée. j’ai fait des trucs que je ne pensais pas pouvoir faire. Ça m’a transformée » s’enthousiasme Huguette

En effet, les bénéficiaires du programme Gravir pour Grandir sont des jeunes de 18 à 25 ans issus de quartiers défavorisés. Ils ont été sélectionnés lors d’interviews avec le relais de l’association Proxité en région parisienne. Ils sont accompagnés par des mentors, des volontaires de l’entreprise Axa qui font le lien avec elle et qui sont là pour aider les jeunes – et les encadrants – mais pas seulement. La rencontre humaine, l’échange est au coeur du projet, entre les mentors et les jeunes, et aussi entre mentors, qui découvrent d’autres pans de l’entreprise. L’objectif ? La mixité sociale et la confiance entre personnes d’origines et de milieux différents.

Pour Olivier, mentor, qui a une bonne expérience de la haute montagne, « il n’y a pas de meilleure école que la montagne pour grandir à l’intérieur de soi, par rapport aux autres aussi, et à la vie ». En montagne, les mentors ne surplombent pas les jeunes : tout le monde est logé à la même enseigne, fatigue et vertige compris. Dans chaque cordée, en montant au col de Moncorvé, l’un et l’autre se soutiennent, tandis que le guide conseille.

En tant que mentor, « la chose la plus difficile est de rechercher la justesse, je ne suis pas là juste pour aider ou accompagner Ilias [son jeune compagnon de cordée, NDLR] , explique Olivier, il y a aussi un moment où je peux apprendre de lui, et donc cette montée, gravir pour grandir, on la fait dans les deux sens. »

Au col de Moncorvé, première étape haute montagne validée ©UL

La Vanoise pour tous

Trois semaines plus tard. La neige a pris une claque, mais les jeunes sont motivés comme jamais. Grâce à l’association En passant par la montagne, la logistique et l’encadrement sont rodés. Car si il est facile de louer des crampons à Chamonix, Aoste ou à Pralognan, il n’est pas évident de trouver l’ensemble de l’équipement nécessaire. C’est aussi grâce à l’action de l’association – et à son stock de matériel et de vêtements digne du Vieux Campeur que le projet Gravir pour grandir peut voir le jour : les jeunes débarquent en baskets et en survet’ ? Pas de problème, l’asso propose vestes Gore Tex, gants, chaussures de montagne. L’objectif ? Un sommet, un vrai. La Pointe de la Réchasse, 3212 m., élégante montagne gardienne des glaciers de la Vanoise. Direction le refuge du col de la Vanoise, dont l’agréable salle accueille le groupe en fin d’après-midi.

Quand ils sont limite et que tu les amènes au-delà de ce qu’ils pensaient pouvoir faire, c’est génial ! Abdou Martin, guide.

Comme à chaque fois, le guide responsable, Abdou Martin, fait le briefing. Abdou est guide haute montagne référent pour l’association En Passant Par la Montagne. Avec son confrère Fabien Ibarra, Abdou a participé à la construction de ce projet au fil des mois, l’asso ayant l’expérience de mener ce type d’action caritative ou solidaire. « C’est une part de mon boulot de guide auquel je tiens », confie-t-il. « Depuis le début, on défend l’idée d’amener le maximum de personnes au sommet. Là-haut, c’est fort de sentir que tu a mis une peut être une graine dans la tête des jeunes, tu as l’impression que tu leur transmets des petits outils qui leur serviront ailleurs ! Quand ils sont limite et que tu parviens à les faire continuer, c’est génial. Tu les amènes au-delà de ce qu’ils pensaient pouvoir faire. Et plus, personnellement, quand les jeunes deviennent sensibles à la beauté de la montagne, ça me touche ! » conclut Abdou Martin.

Pour Tristan Mathon, c’est un autre pari qui a commencé il y a plusieurs mois, quand il s’agissait de convaincre les familles des jeunes que la montagne ne se résume pas aux accidents dont les médias nationaux se font l’écho, mais que ce serait une expérience humainement riche. « Il fallait convaincre les familles » se souvient-il.

En montant au col de la Vanoise. ©JC

Ilias, heureux en altitude ©JC

Les cordées sur l’arête rocheuse de la Pointe de la Réchasse ©JC

Expérience hors du temps sur les glaciers de la Vanoise. ©JC

Satisfactions au sommet, de gauche à droite, Lilia, Dan, leur guide et Justine ©UL

Ce soir c’est l’effervescence au refuge du col de la Vanoise. Il s’agit de ne pas trop surcharger le sac, de prévoir ses affaires, etc. Ça proteste gentiment quand on annonce l’heure du réveil. Ça se réjouit de prendre une petite douche avant de passer à table.

Quand deux jeunes filles se demandent si l’objectif – ce sommet tout là-haut en haute montagne – n’est pas trop ambitieux pour elles, leurs mentors plaisantent sur le fait qu’elles sont arrivées au refuge avant bien des garçons.

Le lendemain matin, c’est un joyeux bazar, la salle des chaussures est une fourmilière : le check des sacs, des harnais, des sacs à dos qui débordent. Un peu d’appréhension est palpable, mais le sourire des uns achève de convaincre les autres. Tout le monde prend le départ, sous la houlette des guides. 

« J’ai pu réaliser que je pouvais faire plus que ce que je croyais » Steeven, jeune participant.

Le soleil éclate au premier passage rocheux. La lumière irradie les visages surpris de cette beauté qu’ils n’attendaient pas, et qui est l’une des récompenses de la haute montagne, que l’on aille en haut ou pas. Une cordée va s’arrêter au col, toutes les autres persévèrent, traversent les immenses glaciers pour atteindre le pied de l’arête finale, de gros blocs de rochers qui nécessitent quelques pas d’escalade très facile, mais d’escalade quand même. Certains hésitent à franchir un pas qu’il faut faire au-dessus du vide. Hussman fait un bref refus d’obstacle, mais son guide le convainc. Un pas libérateur avant le sommet de la Pointe de la Réchasse, où quelques larmes coulent sur les joues. Les nuées montent mais ne noient pas l’émotion de chacun. 

« Quand on grimpe, à chaque fois qu’on arrive à un certain point on se dit que si on a fait ça, on arrivera à faire d’autres choses. C’est enrichissant d’un point de vue humain car on rencontre plein d’autres personnes, mais c’est aussi enrichissant d’un point de vue intellectuel parce qu’on apprend plein de choses avec les guides » raconte Gloire, la joie du sommet encore sur ses traits. Steeven, un autre participant ajoute : « J’ai pu réaliser que je pouvais faire plus que ce que je croyais ». Sans doute la plus belle des leçons de la montagne.

L’équipe de Gravir pour Grandir au sommet de la Pointe de la Réchasse ©Ulysse Lefebvre

Huguette, tout sourire devant la Grande Casse. ©UL

Axa Atout Coeur

Créée en 1991, AXA Atout Cœur est une association loi 1901 ayant pour but d’engager les collaborateurs et Agents Généraux d’AXA au service de la société autour d’actions solidaires. AXA Atout Cœur agit principalement dans les domaines de l’inclusion, de la prévention des risques et de la protection de l’environnement, en France et 37 autres pays. Les collaborateurs d’Axa, l’entreprise, peuvent s’engager sous différentes formes : participer aux actions de bénévolat, lors de team-building solidaires, ou par le mécénat de compétences. Avec Gravir pour Grandir, les collaborateurs d’Axa s’engagent dans une démarche de mentorat, chaque mentor accompagnant un jeune dans sa découverte de l’univers de la montagne – et de ses propres capacités. Bonne nouvelle, non seulement le programme est reconduit en 2023 mais il sera multiplié par 4, avec 4 groupes de 7 mentors pour une douzaine de jeunes.

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