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L’exploration et l’aventure sont deux termes aux frontières très poreuses, et ce depuis des siècles. Éclairons dès lors ces ténèbres sémantiques et convoquons un tribunal imaginaire des mots pour tenir, séance tenante, un procès inédit. Premier prévenu cité à comparaître la mise en cause « aventure », soupçonnée de dissimuler sa véritable identité.

« Mesdames, Messieurs, un rappel ce tribunal n’est tout d’abord pas le gardien de l’ordre moral, mais bien celui de la sémantique et de sa bonne application. Ceci étant dit, « aventure », c’est votre tour. Levez-vous. Vous êtes la première prévenue citée à comparaître devant ce tribunal, veuillez d’abord décliner vos origines…

– Dans les romans de chevalerie, je suis même une « action, entreprise hasardeuse et extraordinaire ».

– De vous, on peut donc attendre le mauvais comme le bon…

– … Oui, monsieur le Juge à condition de s’en remettre au jeu et au hasard. Je dois toutefois aussi vous préciser qu’à mes débuts, vers la fin du 17ème siècle, j’ai eu une « jumelle » : « avanture » avec « A » pour parler d’ « amour, amourette ». Bon, il a vite disparu, heureusement mais il a laissé des connotations négatives avec ces « femmes de mauvaises aventures ». Ensuite, j’ai eu un autre parent. On s’est mis à parler de « mal d’aventure » pour signifier « un mal qui vient ordinairement au bout des doigts avec inflammation et abcès ». En fait, c’était le nom vulgaire pour parler du panaris.

– Effectivement, c’est peu flatteur pour vous. Mais alors ensuite ?

– Elles sont latines, monsieur le Juge. Elles remontent à l’Antiquité. C’est un emprunt au terme adventura désignant « ce qui doit arriver », un dérivé du verbe advenire « arriver, se produire »

– D’où votre caractère turbulent ?

– Oui, je suis par définition « ce qui arrive inopinément à quelqu’un, ce qui advient par hasard, par accident ». Et cela remonte à loin.

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