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Le noir et blanc évoque beaucoup de choses aux photographes, qu’ils soient amateurs ou professionnels. Souvent associé à un retour aux sources, il jouit de l’aura de la street-photography américaine ou des humanistes parisiens. Mais étonnamment, il est peu utilisé en montagne. L’intensité du noir et du blanc reste pourtant inégalable pour révéler la richesse des paysages alpins, les traits d’un grimpeur, les détails de sa main, ou encore l’instantanéïté d’un virage à ski. Esthétique mais pas uniquement, le monochrome devrait être votre prochain défi photo là-haut. Voilà pourquoi.

Tout passionné de photo vous le dira : le noir et blanc, c’est un monde à part. C’est une manière de voir et de photographier différente et singulière.
Difficile de résumer tout ce qu’évoque ou implique la photographie monochrome. En voici tout de même une petite synthèse avec des photographies issues de la série Conquérants de l’inutile qui, je l’espère, vous donneront envie de voir la montagne en noir et blanc.

Intemporel

Beaucoup ont en tête les images des photographes de rue et des humanistes tels que Robert Doisneau ou Henri Cartier-Bresson. Les amateurs de photo-journalisme ne jurent que par Robert Capa, Joseph Koudelka ou Don McCullin. Quant aux artistes, ils se souviennent des oeuvres de Brassaï, Richard Avedon ou William Klein. Enumérer ces quelques grands noms du noir et blanc, c’est effleurer la surface de l’histoire de la photographie. Mais peu importe : le noir et blanc évoque une foule de sentiments, de références. Il fait rêver. Il plonge celui qui regarde dans un univers à part, réel ou fantasmé. Ne dit-on pas que la photographie noir et blanc est intemporelle ? Et la montagne, avec son existence qui se chiffre en centaines de millions d’annés pour les plus jeunes, n’est-elle pas elle aussi, en quelque sorte, hors du temps ?

©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

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Nostalgie

La réalité, c’est qu’il faut attendre 1964 pour voir  un phénomène hautement symbolique. Cette année-là, dans le monde, les ventes de pellicules photo couleur dépassent celles de pellicules noir et blanc. La photo couleur devient synonyme de modernité. Peu à peu, le noir et blanc devient la photographie des nostalgiques ou des puristes ne jurant que par la pellicule Ilford HP5 400 (pour les reporters) ou la Kodak Tmax 100 (pour les adeptes du paysage).

C’est à l’heure de la démocratisation de la photo numérique, au début des années 2000, que le noir et blanc va reprendre du galon. Avec la couleur et le rendu parfois médiocre des premiers capteurs numériques, notamment en basse lumière, apparait ce que l’on appelle alors le « bruit », ces amas de pixels de couleur variées qui viennent « polluer » l’image. Dans le monde du noir et blanc, ce bruit n’est autre que le « grain » originel, encore plus apparent en monochrome qu’en couleur. Il n’est pas rare aujourd’hui que certains photographes ajoutent un grain artificiel depuis leur ordinateur pour donner plus de relief à leur photo et, disons-le, une petite teinte de nostalgie.

 

©Ulysse Lefebvre

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Simplifier

Choisir le noir et blanc, ce peut-être l’occasion d’extraire une situation d’un contexte trop prosaïque et donner un caractère dramatique à l’image. En l’absence de couleurs, ce sont les formes et les contrastes qui prennent le pas et dessinent les grandes lignes de force d’une image. Photographier en noir et blanc, c’est épurer le réel, en retirer tous les artefacts.

J’avoue à titre très personnel perdre mon latin devant la foule de modules de traitement couleur des photos dans les logiciels spécialisés. Les possibilités de traitement sont aujourd’hui incroyablement nombreuses et puissantes dans toutes les gammes de couleurs et d’intensité. On peut modifier la couleur d’un ciel, réchauffer l’ambiance d’un soir d’automne, désaturer un paysage trop clinquant. Le noir et blanc peut parfois signifier la simplification.

 

©Ulysse Lefebvre

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Tricher sur la lumière ?

Il faut bien avouer qu’en montagne, le noir et banc est aussi une manière de contourner certaines conditions de prise de vue peu flatteuses ou complexes.

En pleine journée, le noir et blanc permet de mieux utiliser la lumière trop dure et brutale en utilisant le jeu des contrastes produits par le soleil de midi.
A contrario, par mauvais temps, le monochrome révèlera les nuances d’une scène que la lumière trop timide ne suffit pas à mettre en valeur.

 

©Ulysse Lefebvre

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Humains très humains

S’il est une surface qui supporte bien le noir et blanc, c’est le corps humain. En portrait, le noir et blanc fixe un visage ou une silhouette en mettant en relief les détails mais aussi la forme des yeux, le veinage des mains, la fatigue d’un corps. Selon l’intention du photographe, il est alors possible d’accentuer l’âge ou au contraire la jeunesse, la vigueur ou l’abattement. Bref, en noir et blanc, l’humain se révèle tellement bien !

 

©Ulysse Lefebvre

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1000 nuances de grey

Mais on aurait tort de croire que cette simplicité rime avec facilité. Le noir et blanc est en réalité le remplacement de chaque couleur en une nuance de gris. Autant dire que les possibilités sont nombreuses et que la conversion faite par votre appareil photo ou votre logiciel de traitement d’image n’est rien d’autre qu’un choix arbitraire. Vous pouvez (vous devez ?) ensuite choisir et modifier vous-mêmes les nuances de l’orange d’un visage, du rouge d’une doudoune, du vert d’une forêt ou du gris du rocher. Le spectre du blanc au noir est très large et permet des images d’une grande profondeur. Combien de photographies en noir et blanc sont trop fades et grises ? Les couleurs ne sont dans ce cas pas assez réparties du noir au blanc.

©Ulysse Lefebvre

Venez apprendre et partager avec nous en stage et en montagne, lors du Chamonix Film Festival du 9 au 13 juin prochain !

 

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