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Millet Trilogy 19

La Pologne sera mise à l’honneur aux Rencontres Ciné Montagne de Grenoble, le jeudi 7 novembre prochain. À cette occasion, Krzysztof Wielicki et Adam Bielecki seront les invités d’honneur de la soirée. Y sera projeté le film The last mountain, retraçant l’expé au K2 l’hiver dernier et le sauvetage d’Elisabeth Revol au Nanga Parbat. Mais pourquoi l’alpinisme polonais est-il si passionnant ? 

L’himalayisme est une spécialité polonaise. De par leur histoire d’abord, qui poussa longtemps les polonais de l’ère soviétique à chercher la liberté hors des frontières d’une URSS répressive, dans les montagnes du Karakoram en particulier. De par leurs terrains de jeu ensuite, avec des ascensions épiques dans les conditions difficiles des Tatras qui leur durcit le cuir. Bernadette Mc Donald raconte avec passion cette histoire incroyable dans son livre Libres comme l’air (Nevicata, 2013). Et leur soif de liberté paye. Dans les années 1980, les Polonais sont les premiers et les seuls à fouler des sommets de 8 000m au cœur de l’hiver : Everest (1980), Manaslu (1984), Dhaulagiri (1985), Cho Oyu (1985), Kangchenjunga (1986), Annapurna 1 (1988), Lhotse (1088), Gasherbrum 1 (2012) et enfin Broad Peak (2013).
Parmi les noms des audacieux, certains reviennent plus souvent que d’autres. Jerzy Kukuczka bien sûr, le 2e alpiniste à avoir gravi les 14 x 8000 ou encore Voytek Kurtyka, légende vivante de l’alpinisme polonais, dont la voie mythique du Shining Wall au Gasherbrum IV, gravie avec Robert Schauer est sûrement l’un des monuments.
En 2019, les grands noms sont ceux de Wieleki et Bielecki. Et le public français aurait tort de ne pas y prêter attention, d’autant que ceux-ci seront en France le jeudi 7 novembre prochain, à Grenoble.

 

Voytek Kurtyka en 2017. ©Ulysse Lefebvre

Alpinisme polonais Vs style alpin ?

Célèbres dans leur Pologne d’origine, Krzysztof Wielicki et Adam Bielecki le sont moins en dehors de leurs frontiètes. En France, l’alpinisme polonais est peu connu. La faute peut-être à une tradition française du style alpin à tous prix. Légerté, rapidité d’ascnesion, économie de moyens… Tout l’inverse de la tradition polonaise qui perpétue les expéditions lourdes, avec de grosses équipes d’alpinistes se relayant sur les flancs de la montagne convoitée.  Si l’on peut juger la méthode dépassée voire lourdingue, on peut aussi se demander en quoi elle n’est pas aussi la manifestation d’une démarche collective, visant un objectif à tous prix certes, mais supérieur à la gloire des individus. Inspirant non ? Vestige d’une époque socialiste ? Les historiens trancheront. Toujours est-il que le film The Last Mountain, qui sera projeté en avant-première aux Rencontres Ciné Montagne de Grenoble le jeudi 7 novembre 2019, montre bien toute la stratégie d’une ascension de groupe, menée de main de fer par un Wielicki aussi ferme que diplomate. En témoigne sa gestion du cas Urubko, tantôt glorieux sauveteur d’Elisabeth Revol, tantôt électron libre en décalage avec la stratégie de groupe de l’expé polonaise.

le style polonais n’est-il pas une démarche collective 
visant un objectif à tous prix certes,
mais supérieur à la gloire des individus ?

Le célèbre selfie de Denis Urubko, Elisabeth Revol et Adam Bielecki lors de leur descente du Nanga Parbat, le 28 janvier 2018. ©Adam Bielecki

« Nous avons débuté l’histoire de l’himalayisme hivernal avec l’Everest. Ce serait fantastique de la conclure avec le  K2 »

Krzysztof Wielicki a une longue carrière d’himalayiste chevronné. De l’Everest, au Kangchenjunga en passant par le Lhotse (en solo), il est le véritable fil conducteur dans l’histoire de l’himalayisme hivernal. Chef d’expé de l’expédition Polonaise de cette année au K2, il est devenu au fil des années un mentor pour les alpinistes polonais. Il recevra d’ailleurs le Piolet d’Or Carrière à Ladek dans quelques jours. Nous vous racontons tout de ce personnage dans notre portrait à lire ici

Adam Bielecki, que nous avions déjà rencontré au festival polonais de Ladek en 2017 fait partie de la jeune génération nourrie aux récits de ses pairs. Il nous confiait en 2017 : « Nous avons débuté l’histoire de l’himalayisme hivernal avec l’Everest. Ce serait fantastique de la conclure avec le  K2 » Deux tentatives plus tard, le K2 reste invaincu en hiver. Bielecki n’est pourtant pas un perdreau de la veille. Il a été le premier à gravir le G1 en hiver en 2012, puis le Broad Peak en 2013. 

Krzysztof Wielicki. ©Coll. Wielicki

La dernière montagne

Rappelons que le K2 a connu trois tentatives seulement en hiver, avant l’expé polonaise de 2018. La première, épique, voit les 23 membres de l’expédition cloués au camp de base pendant 80 jours. La neige de cet hiver 1987-1988 est tellement abondante qu’ils doivent creuser des tunnels pour accéder à leurs tentes. Les cordes s’évanouissent sous l’épaisseur. Le point le plus haut est atteint à 7 300m. La 2e tentative est signée Krzysztof Wielicki, encore lui, à l’hiver 2002-2003. Les Polonais montent jusqu’à  7 650m mais se heurtent une fois de plus aux vents déchaînés. Ils renoncent après une tentative vers le sommet depuis le camp 4. La dernière expédition date de 2011-2012. Elle est menée par Viktor Kozlov qui fixe les cordes jusqu’à 7 200m mais la mort de Vitaly Gorelik mettra un terme à l’expédition.

Avant l’épopée de 2018 au K2, le dernier haut fait polonais date de 1986, lorsque Voytek Wróż, Przemek Piasecki et le Tchèque Peter Bozik achèvent la Magic Line du pilier sud, voie très difficile inachevée par Reinhold Messner et Michael Dacher sept ans plus tôt. On croit savoir qu’une équipe française tentera probablement cette voie la saison prochaine. Comme quoi le K2 et les lignes polonaises n’ont pas fini d’inspirer les jeunes générations, y compris en France. Affaire à suivre sur Alpine Mag…