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C’est un coin où le soleil tape dur. Très vite ils s’échauffent les cailloux du Caroux. Les ombres sont franches, les contrastes tranchent d’un extrême à l’autre, du noir au blanc. Et au milieu filent des grimpeurs, immergés. Ils se fondent sur le rocher, par la chaleur et par la couleur. Leur terrain préféré ? Les aiguilles du Rieutord et leur traversée, une aventure aussi longue qu’abordable. Elles ravira le plus grand nombre des grimpeurs qui y trouveront un petit défi dans l’enchainement de 600 mètres d’escalade dans le IV. Plongée au coeur de ce havre de grimpe, au coeur du parc naturel régional du Haut-Languedoc.

Si vous pensiez qu’entre les Alpes et les Pyrénées, point de montagnes ne s ‘élevaient, alors lisez ce qui suit. En bordure méridionale du Massif-Central et des Cévennes, se trouve un petit massif pleinement montagnard : le Caroux. 

Avec ses 1091m d’altitude, ce massif est un concentré de montagnes, avec ses chemins tortueux, ses parois et ses pics, ses aiguilles, ses gorges mais aussi sa faune et sa flore particulières. Pour les grimpeurs, c’est une bulle verticale à quelques encablures de Béziers, dans le département de l’Hérault.

Passé la vallée de l’Orb qui borde le Caroux, il faut suivre cette fois les gorges d’Héric pour s’enfoncer dans le massif. De la végétation dense, faîte de chênes, de châtaigniers et de hêtres, dépassent un nombre incalculable de pointes rocheuses. Calculez plutôt : le topo de référence se divise en 9 zones pour un total de 47 secteurs d’escalade et plus de 500 voies. Petit le Caroux ? Oui mais costaud.

Les trois aiguilles du Rieutord, Godeffroy, Déplasse et Viallat, trônent au coeur du Caroux. ©Ulysse Lefebvre

 Une longue tradition d’escalade

Avec son caillou ocre si particulier, un gneiss « oeillé » moucheté de gros cristaux de feldspath (comprenez de bonnes prises), le Caroux a depuis longtemps attiré les amateurs de varappe. Dès les années 1910, on recense des ouvertures de voix dans les aiguilles emblématiques du massif. Autrefois appelées « Tres petetas », ces trois aiguilles sont rebaptisées du nom de leur premiers ascensionnistes : Déplasse (1911), Vialat (1912) puis Godeffroy (un colonel !) En 1919.  Ce sont elles qui dominent le massif et attirent immanquablement l’oeil des amateurs d’altitude. 

Les friends, indispensables dans ce temple du trad. ©Ulysse Lefebvre

David Foissier dans le premier pas malcommode de la voie du Grand livre, dans la Tour Carrée d’Amont. ©Ulysse Lefebvre

Mais en regardant le topo, un autre nom revient en permanence également : Antonin Azema. Ce médecin de Béziers a énormément oeuvré à l’ouverture dans le massif dans les années 1930. Compagnon de cordée d’un certain Armand Charlet, on retrouve son nom en face est du mont Blanc à la voie Diagonale, ouverte en 1937. Il continuera de défricher le Caroux dans les années 40 dans des voies plus techniques avec un autre grimpeur local haut en couleur, Georges Fraissinet. 

D’autres grands noms ont laissé leur signature sur quelques voies du massif, tels que Lionel  Terray, Robert Flemmati ou René Desmaison. 

©Ulysse Lefebvre

Relais relax dans l’arête nord du Minaret, les tours du Rieutord en arrière-plan. ©Ulysse Lefebvre

Terre de trad

Dites Caroux, l’écho vous répondra trad. Depuis toujours, la tradition locale perpétue une escalade sur voies non équipées. Le gneiss fissuré se prête bien à la pose de coinceurs et de friends. Pour les débutants en la matière, il y a pléthore de voix pour s’entraîner à poser ses propres protections, aidé des quelques pitons encore solides et résistants ici ou là. 

Et pour justement ne plus clipper de pitons pourris, une vaste entreprise de réhabilitation des voies a été initiée dans les années 1990. Sous l’impulsion de Henri Blanc et Jean-Louis Raynal, et avec le partenariat du CD34 de la FFME, près de la moitié des voies du Caroux ont été rénovées. 

Depuis des années, le nombre de grimpeurs baissait dans le massif, la faute aux accès non entretenus, à l’envie croissante des grimpeurs de gravir des voies plus sécurisées. 

Dans le Grand Livre, à la Tour Carrée d’Amont, avec son spit protecteur. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Evidemment, les équipeurs/nettoyeurs se sont heurtés à l’ambiguïté de la démarche. Reprenant le flambeau des anciens, David Foissier et Pierre Raynal (fils de Jean-Louis) tous deux guides, ont du faire le grand écart entre la tradition de l’escalade trad, avec très peu ou pas du tout d’équipement, et les nouvelles aspirations des grimpeurs, à l’époque de l’escalade sportive.

Des choix ont été faits, notamment celui de conserver les voies historiques sans équipements, ou de le limiter fortement dans les voies de niveau inférieur à 5. A l’inverse, dans les voies plus dures ou dans des secteurs clairement délimités, des voies équipées de type escalade sportive, sont désormais proposées. Un système de balisage/flèchage permet aussi de s’orienter dans le maquis carousien, qui n’a rien à envier à son cousin corse !

Florence retrouve le soleil après le petit surplomb de la Viallat (4+). ©Ulysse Lefebvre

Départ de la traversée dans la tour Viallat. ©Ulysse Lefebvre

Pierre Raynal voltigeur. ©Ulysse Lefebvre

Enchainer les aiguilles

Les aiguilles Godefroy, Déplasse et Viallat attire forcément l’oeil du visiteur. Elles trônent au coeur du massif et, alignées telles trois soeurs, l’idée de les gravir l’une après l’autre vient rapidement à l’esprit. 

C’est une belle idée qui permet de grimper près de 600m de rocher, pour un total de plus de 1000m de dénivelé positive (en comptant les marches d’approche). Bref, une longue et belle journée que les seuls chiffres ne sauraient résumer. On peut prolonger et s’échauffer (si jamais il n’y en avait pas déjà assez) en commençant par l’arête ouest des Charbonniers (AD-, 4+ max, 180m). C’est la voie d’initiation au terrain d’aventure (TA) par excellence. 

Rappel dans la Viallat. ©Ulysse Lefebvre

Le long pilier sud-ouest et aérien de la Déplasse. ©Ulysse Lefebvre

Dans la Viallat. ©Ulysse Lefebvre

Un mouflon méditérranéen, introduit dans le massif en 1956. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

le final de la traversée avec arrivée
au sommet du plateau
permet de rencontrer les habitants
permanents du coin

L’enchainement des aiguilles peut se faire dans un sens ou dans l’autre mais ce sont surtout les marches d’approche qu’il faudra bien préparer. Plusieurs options sont souvent possibles et on ne peut que vous encourager à bien potasser le topo de David Foissier et Pierre Raynal pour ne pas errer des heures dans les ravins, pistes et autres maquis.

Une fois sur le rocher, ça déroule et en ayant un peu de marge sur le 4+, on peut profiter pleinement et tirer de belles longueurs. On y apprend à protéger et à construire des relais dans un terrain propice. Pas de bile donc. Il n’y a pas de réelle difficulté technique en termes de grimpe et il faut plutôt considérer cet enchaînement comme une belle envolée au faîte du Caroux. Prévoyez tout de même la frontale car le temps passe vite. 

Cela dit, le final de la traversée avec arrivée au sommet du plateau, au coucher du soleil permet de rencontrer les habitants permanents du coin : les mouflons méditerranéens, dont les cornes n’ont rien à envier à leurs cousins alpins. Quand on vous dit que le Caroux c’est la montagne.

Arrivée au sommet du plateau. ©Ulysse Lefebvre

En redescendant vers le hameau de Douch. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Massif du Caroux, traversée des aiguilles du Rieutord
AD, 4+, 600 m.

 

Arête ouest des Charbonniers, TA, AD-, 4+, 180m.
Aiguille Godefroy, arête sud-ouest, TA, AD, 4+ max, 300m,
Aiguille Deplasse, arête sud-ouest, AD, 4max, 150m.
Aiguille Viallat, TA, AD, 4+ max, 150m. 

Idées complémentaires proposées dans cet article : 
Tour carrée d’amont, voie du Grand Livre, semi TA, TD+, 6a max, 70m
Minaret arete nord D+ 5+ max, 150m

 

Accès 
Depuis la vallée du Rhône, sortir à Béziers puis remonter au nord par la D909 vers Lamalou-les-Bains.

Topos 
Le Caroux, escalades, David Foissier, Pierre Raynal, CD34 FFME

Matériel
Corde à double + jeu de coinceurs et friends, sangles

David Foissier. ©Ulysse Lefebvre

Pierre Raynal. ©Ulysse Lefebvre

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