L‘image est terrible. Un glacier attaqué au bulldozer. Deux engins qui mangent, concassent, annihilent un glacier, celui de Pitztal. Fin août 2019, le WWF a pris ce cliché, et d’autres, pour que l’on voit ce qu’il se passe sur l’un des plus hauts glaciers d’Autriche, et ce que coûte cette vision-là du tourisme hivernal. L’aménagement, puisque c’est cela dont on parle, fait partie d’un projet global de liaison entre Pitztal et Otztal. Et donc cet « aménagement » consiste à détruire mécaniquement un glacier, l’un des glaciers survivants des Alpes, où tous les glaciers sous 3000 mètres sont condamnés à court terme. À l’heure où les scientifiques prédisent la fin des deux plus grands glaciers français sous 3500 mètres. À l’heure où Greta Thunberg serre la main à Obama pour faire réfléchir les américains qui ont encore un cerveau, l’avant-veille du sommet sur le climat de l’ONU. Partout dans les Alpes, les montagnes s’écroulent, le permafrost s’évapore en poussière comme la muraille de l’Olan, la face nord de l’Aiguille du Midi. Le glacier Carré de la Meije n’est plus qu’un névé noirâtre. Le refuge Albert 1er a dû fermer par manque d’eau. Y en marre. Vraiment marre. Mais que se passe t-il dans la tête de certains décideurs ? Ils n’entendent pas ? Comme Trump ou Bolsonaro, ils sont sourds et aveugles ? Comment les Autrichiens peuvent-ils être aussi stupides ? Et bien, hélas, sachez qu’ils ne sont pas les seuls. En France aussi, les merveilleux projets d’aménagement sévissent. Traduisez : détruisent les alpages, tracent à coup de pelleteuses leur chemin vers toujours plus de ski mécanisé. 

Arrêtons de gaspiller le bien qui va devenir le plus précieux, l’eau. Protégeons les montagnes, les alpages, les glaciers. Pendant qu’il en reste.

Alors oui, on aime (aussi) skier sur des pistes. Mais pas au prix de voir ces aberrations totales, doublées d’un gigantesque gaspillage d’argent public. Des exemples ? À Chamonix, aux Houches, à 1100 mètres d’altitude, les camions ont tourné tout l’été pour « aménager » une vaste raquette d’arrivée, sous la férule de la Fédération Française de Ski, elle-même sous le diktat de la FIS. 10 millions d’euros pour une piste à l’enneigement complètement nul, et artificiel. Sans doute suit-on l’exemple des investissements de la région comme le plan « Neige Stations » de Laurent Wauquiez. Au Grand Bornand, on saccage un grand alpage vers 1500 mètres – une altitude où on sait que le ski est condamné à très court terme. Car au Grand Bornand, comme ailleurs, on voit grand : après avoir constaté que les canons – pardon, les enneigeurs artificiels – ne feront pas tout, on rêve toujours d’une liaison avec la voisine de la Clusaz. Par le haut. En Maurienne ? Idem. On rêve d’aménager, de transformer, de bétonner, de privatiser l’eau partout où la montagne est encore vierge, comme entre Valmeinier et Valfréjus entre autres méga-projets. L’Isère n’est pas épargnée, avec le projet de liaison entre Alpe d’Huez et les Deux Alpes. « On » veut passer par Auris, et Mont-de-Lans, 1300 mètres d’altitude, pour créer la station à deux têtes capable de rivaliser avec les grosses savoyardes, alors que pour la première fois en 70 ans, le glacier des Deux Alpes (3600 m) a été fermé aux skieurs au milieu de l’été, et que le glacier de Sarenne à l’Alpe d’Huez est en train de disparaître totalement.

Stop au massacre. Luttons contre ceux qui veulent à n’importe quel prix soumettre la montagne au seul profit de quelque uns. Contre ceux qui veulent faire avaler ces couleuvres de SCoT (schémas de cohérence territoriale), où quelques élus décident seuls de saccager la montagne. De gaspiller le bien commun qui va devenir le plus précieux, l’eau. #freethemountains : libérons les montagnes, et les derniers espaces vierges. Protégeons les montagnes – nos sentinelles – les alpages, les glaciers. Pendant qu’il en reste.