MOBILES
C’est une question qu’on nous pose souvent. Et que l’on se pose parfois. « Pourquoi je vais en montagne ? » Il y a du social, il y a de l’intime dans ce point d’interrogation. Certains disent qu’ils ont la réponse, certains qu’ils ne s’interrogent pas, d’autres qu’ils cherchent encore le mobile, ce drôle de mot qui dit la raison, l’impulsion autant que le mouvement.

Mobile :
1. Adjectif. Qui peut se mouvoir.
2. Nom. Motif qui pousse à agir.

Stéphanie Bodet

Je vais en montagne pour la beauté et la joie simple d’y être. Parce qu’elle m’offre le sentiment de vivre pleinement.
J’en aime tous les étages. Ceux où l’on peut ramasser des framboises sauvages, et les autres, austères et froids, où l’on est que de passage.
J’aime le silence, la solitude, écouter le bruissement du vent dans les feuilles, entendre mes crampons mordre la neige froide. J’aime l’odeur de la pierre, la sentir sous mes doigts, en apprécier la variété des grains. J’aime la lumière si vive et aveuglante des glaciers.
Au fond, j’ai besoin du contact simple avec les éléments qui permet de s’oublier. Lorsque je grimpe, tout disparaît. Les soucis et les regrets. Je vis, point à la ligne.
J’aime n’être qu’une fourmi perdue sur la surface de la terre qui persévère inlassablement dans son effort minuscule. La montagne fortifie mon courage.
Là-haut, comme dans le regard d’un animal sauvage, je ressens quelque chose de l’ordre du sacré. Je me sens apaisée et reliée.
Au fil des années, je me suis aperçue qu’il n’était pas nécessaire de monter haut pour vivre profondément. Fouler des sommets ou arpenter à petits pas les flancs d’une colline lorsque l’hiver pointera son nez… Juste acquiescer à ce qui est.

J’adore cette vire de Natilik, suspendue en plein gaz dans la grande face de la falaise de Céüse, où j’ai eu la chance de découvrir la grimpe lorsque j’étais ado..
© Arnaud Petit