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De nos jours nous communiquons à outrance, nous publions, nous postons à tout va, mais quid de nos correspondances ? Une bouteille à la mer c’est une série de correspondances mer-montagne à lettre ouverte, pour croiser les regards et partager les visions ! Elle est cette fois envoyée vers Stéphanie Bodet, avec la litttérature de montagne pour objet. 

La Rochelle, le 17 juillet 2020

Chère Stéphanie,
Avec l’été bien installé, je t’invite à évoquer la montagne versant littéraire. C’est dans cet état d’esprit que je mouille cette bouteille à la mer depuis une petite plage de galets de l’Atlantique. Les vents viennent de terre, l’eau est claire. Je lui souhaite un voyage apaisé au grès des vents et courants. Gageons qu’elle fera le trajet le plus long pour gagner les eaux de la grande bleue, en doublant le Cap Finistère puis le Détroit de Gibraltar contournant ainsi la péninsule ibérique. S’en suivra un long cabotage méditerranéen pour embouquer le Rhône qu’elle remontera jusqu’à Valence. Cette bouteille ne manque pas de culot ! Elle y bifurquera toujours à contre dans l’Isère qu’elle remontera jusqu’à gagner l’un de ses principaux affluents : Le Drac. Il lui restera à rallier ton Dévoluy estival, où tu la cueilleras entre deux rochers, au grès d’une ballade…

Trouver des mots pour soigner les monts, gagner les monts pour soigner les maux. La Montagne est source de torrents autant que d’inspiration. Pourvoyeuse de bien des philosophies. Que de récits et de fictions a-t-elle engendré ! Dis-moi, si tu devais n’en citer qu’un pour ce qu’il t’a inspiré, quel serait ce livre de montagne ?

Et toujours la littérature en filigrane,
dans une sorte de je t’aime moi non plus.
On ne se débarrasse pas des mots si facilement

Inspirant, ton parcours l’est aussi. C’est peu dire ! Il y a tout d’abord les racines dans la simplicité, l’enfance au grand air, sans prédispositions particulières au contraire. Il y a les épreuves de la vie et les souffrances. Il faut se (re)construire, s’affirmer et pour cela il existe bien des biais.

Tu opteras presque malgré toi pour le sport en compétition puis à haut niveau. L’escalade. Un socle solide à partir duquel édifier ensuite une vie aventureuse consacrée au voyage et à l’aventure, verticale la plupart du temps, humaine aussi, avec ton compagnon de vie et de cordée Arnaud Petit. Et toujours la littérature en filigrane, dans une sorte de je t’aime moi non plus. On ne se débarrasse pas des mots si facilement, n’est-ce en passant le plus clair de son temps suspendu en paroi. La littérature est tenace autant que la grimpeuse de haute volée. Il ne te restait qu’à la conjuguer au temps présent…

Alors les mots reviennent qui embrassent la passion de l’aventure, de la montagne, de l’escalade. Au Salto Angel tout d’abord, dans une entreprise collective digne de l’exploit. Puis en Corse dans une quête plus poétique, où il est question de Demander la Lune au Rocher. Encore ; dans une démarche proche de l’autobiographie A la verticale de soi. Enfin comme un pas de plus dans l’exercice, une fiction, un roman Habiter le Monde. A la lecture de ces textes*, je t’ai parfois imaginé tel un personnage mystique : La femme qui murmurait à l’oreille du rocher…

Stéphanie Bodet dans une belle traversée, à Ceüse. ©Ulysse Lefebvre

Nous sommes si nombreux à gagner les montagnes en quête de loisir et de grand air, pour nous élever physiquement et psychologiquement, mais qu’en est-il de notre rapport littéraire à la montagne ?

Toi qui as si souvent questionné la montagne, cela fait longtemps que tu as franchi avec elle, le pas du tutoiement. Déceler dans les faces, les plus belles lignes à gravir, en retirer les plus belles lignes à écrire. Comme si ta pratique de la montagne tenait de l’allégorie. Les lignes de la vie, ces hiéroglyphes indéchiffrables, deviennent-elles soudain claires et lisibles, transposées à la verticale ? Ne serais-tu pas la Madame Irma de l’escalade, capable de lire la vie et dire l’avenir dans les lignes du rocher ? Une diseuse de bonaventure en somme ! Mais alors, de l’action ou de l’inspiration, que recherches-tu le plus là-haut désormais ?

Ultime requête pour célébrer cet été si particulier : me ferais-tu part en retour, de quelques vers estivaux ?

Tu peux glisser ton écrit dans le flacon ayant servi à l’aller, le reboucher avec précaution puis le déposer dans le cours du Drac. Les bouteilles voyagent vite de nos jours, et puis elle connaît le chemin, nul doute qu’elle arrivera à bon port.

Hâte de te lire,
Stéphane

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