En ski de rando, début de saison rime souvent avec attente et frustration, le nez collé aux prévisions météo et à Skitour. Pas encore de Bulletin de Risque d’Avalanche (BRA), les skis-cailloux surtout pas trop fartés, mais les spatules frétillent. Que faire, où aller, sans forcément rester sur les pistes et sans rien casser ? Débutants ou confirmés, sortez des sentiers battus, Alpinemag vous présente ses 10 spots pour le début de saison, de Belledonne aux Aravis.

En montagne, il existe des règles à respecter selon chaque saison, même si le réchauffement climatique de ces dernières années tend à modifier de plus en plus la saisonnalité des pratiques. Les débuts de saison en ski de randonnée sont synonymes de casse-tête pour les avides de neige fraîche. La solution de facilité verra les foules se ruer vers les stations encore fermées pour enchaîner les allers-retours sur pistes. Rien à redire à ces adeptes du tricotage stationnaire (argot skitourien). Une Croix de Chamrousse en sortie de bureau sous le soleil couchant possède l’avantage d’être à la fois grandiose et pratique, jetez un œil aux stories Instagram de Jocelyn Chavy sur Alpinemag si vous en doutiez encore. Reste que viser une station pour remonter sur ses pistes est à la portée de tous et l’amateur de vrai ski (oups, c’est lâché !) ne saurait se contenter de boulevards bien damés, cernés par les télésièges.

 

Rappels pré-saisonnier

Pour bien faire, quelques grands postulats pour nous guider dans nos choix de sortie alors que la neige est parfois hésitante à recouvrir cette nature trop peu pressée de s’habiller. Primo, nous jurons de partir haut. Pas la haute montagne, mais un plancher autour des 1500 m semble correct. Secundo, évitons les glaciers, encore mal rebouchés à cette période. Tertio, ce n’est pas parce que la neige n’est pas abondante et que les Bulletins de Risque d’Avalanche (BRA) ne sont pas encore en service que le risque est nul. En témoigne la récente avalanche de Fréjus mi-novembre. Ces règles restent naturellement évolutives selon les conditions et le bon sens de chacun. D’ailleurs, après avoir médit sur les stations de skis, voilà que celles-ci reviennent en odeur de sainteté : pour assurer sa sortie, rien de mieux que de partir des stations ! On évite ainsi les quelques cailloux résiduels en début de parcours tout en partant souvent d’assez haut. Les classiques Petit et Grand Van au départ de Casserousse (Chamrousse) parlent d’eux-mêmes. Idem pour les départs depuis le col du Lautaret (2057 m) qui réservent un enneigement – et une fréquentation – souvent maximale.

Les 10 sorties suivantes explorent des itinéraires aussi bien en Belledonne que dans les Aravis, en passant par la Lauzière et la Maurienne. Il y en a pour tous les goûts !

Le cirque des Trois Evêchés, depuis le classique col du Lautaret. ©Arthur Lachat

Autour de Grenoble

Parce que les Grelous (surnoms affectueux des habitants autochtones ou d’adoption. Signe distinctif : la doudoune), sont au carrefour de trois vallées entourées de massifs, ils occupent une position stratégique. En Oisans, Belledonne ou plus haut en Maurienne, les perspectives sont de formes et d’ampleurs variées.

Taillefer par la crête de Brouffier, Taillefer/Matheysine

Une classique, autant à skis qu’en crampons. La face Nord-Ouest nargue quotidiennement les Grenoblois quand le ciel est dégagé. De nombreux itinéraires sont envisageables au départ de la station de l’Alpe du Grand Serre ou des chalets de Poursollet. Attention à la route, plus longue et tortueuse qu’il n’y paraît, un virage verglacé aura tôt fait de mettre un terme précoce à l’aventure … Au niveau du ski, il y en  a pour tous les goûts et si la crête de Brouffier vous paraît trop plate, le pas de la Mine vous fera sortir les crampons, voir le piolet pour les débutants. Possibilité de boucler en rentrant par la combe Nord-Est et le Lac Fourchu après avoir visité le sommet du Taillefer ( 2857 m).

Dénivelé : 1400 m

Difficulté : 3.2/F/E1

Pente : 35° (45° court au pas de la Mine)

Pointe Centrale du Ferrouillet par le couloir Sud-Ouest, Belledonne

Le massif des Ferrouillet, alias l’Annapurna grenoblois. Un poil exagéré car rien au-dessus de 2571 m ici (pour la pointe Centrale), mais l’austérité des faces nord toutes plâtrées de neige en impose, surtout quand on passe dessous. Aisément atteignable depuis Grenoble, on se sent pourtant tout de suite en haute montagne. Depuis Prabert, voire depuis le pont de la Betta si la route est praticable, on contourne la barre des Ferrouillet en direction du minuscule Lac Bleu. Emprunter alors un couloir puis une combe qui descend du sommet central Nord du Ferrouillet. Une courte pente raide nécessitant de mettre les skis sur le sac mène au sommet. Redescente par le même itinéraire.

Dénivelé : 1320 m.

Difficulté ski : 4.2 E2

Pente : 45° sur 50 m, 40° sur 200 m

Montée au Taillefer au-dessus du Lac Fourchu. © Arthur Lachat

Sur la crête sommitale menant au sommet de la pointe centrale du Ferrouillet  ©Christophe Lachat

Col du Sabot et autour, Grandes Rousses

Un bon itinéraire quand l’inspiration vient à manquer pour une rando à la quasi mi-journée au départ de la vallée ou de la station (Vaujany ou Alpe d’Huez). Les parcours envisageables sont variés, suivant que l’on souhaite faire un simple aller-retour sans prétention, ou grimper sur les crêtes. On pourra même imaginer une boucle passant par les Aiguillettes de Vaujany puis redescente par le col du Couard. Dans ce cas, on n’échappera pas à une légère remontée jusqu’au parking, mais le voyage en vaut le détour. Accessible en ski par les pistes de Vaujany ou en voiture, jusqu’au parking de La Villette au-dessus de Vaujany. Au niveau du Col du Sabot, possibilité de gravir les quelques centaines de mètres de dénivelé jusqu’aux Rochers Motas (2389 m) et finir perché sur une arête. De nombreux autres couloirs tendent les bras en rive droite du vallon. Méfiance tout de même, car le vent souffle fort dans cet entonnoir et les plaques à vent sont monnaie courante.

Dénivelé : 1400 m.

Difficulté ski : 3.3 E2

Pente : 45°/50, puis 40° sur 200m pour l’accès aux Rochers Motas

Foulées allongées face aux Aiguilles d’Arves. ©Christophe Lachat

Aiguille de l’Épaisseur, Grandes Rousses-Arves

Pour élargir le cercle grenoblois, les Rousses tiennent généralement leurs promesses. L’accès par la Maurienne, plutôt long au départ de Grenoble, reste envisageable à la journée. L’Aiguille de l’Épaisseur, au pied des Aiguilles d’Arves, est une belle crête aérienne et ventée avec une vue plongeante sur les trois imposantes aiguilles voisines. Ambiance haute montagne quand les sommets alentours sont plâtrés. Là encore, de nombreuses possibilités de variantes au départ du hameau de Bonnenuit (Pointe des Ratissières, 2865m, Col des Sarrasins, 3128 m), le tout dans un vallon sauvage à deux pas de la station de Valloire. À la descente, le fond de vallon plutôt plat engage à remonter légèrement en direction des Ratissières pour pouvoir se laisser glisser jusqu’au parking.

Dénivelé : 1560 m.

Difficulté : 2.2 E1

Pente : 30° max

Sommet de l’Aiguille de l’Épaisseur, dans l’enfilade avec les Aiguilles d’Arves. ©Christophe Lachat

Beau temps belle neige en novembre, forcément avec le sourire ! ©Christophe Lachat

Savoie, toujours bien 

Maurienne et Vanoise sonnent doux aux oreilles du skieur. En plus d’être un formidable terrain de jeu en toute saison, la Savoie offre pentes douces comme raides, le tout accessible sans efforts par les nombreuses stations aux alentours.

Aiguille du Fruit, couloir Nord, Vanoise

Pour prendre de la hauteur, Courchevel 1850 est une bonne base de lancement. Exit le cadre sauvage ici, mais la proximité des pistes rassure, alors même que le couloir Nord de l’Aiguille du Fruit (3048 m) reste un itinéraire alpin qui s’engage en plein dans une large ligne de faiblesse de la face. Une fois dedans, le couloir n’a plus l’air aussi raide que vu d’en face lors de l’approche par les pistes. Un joli itinéraire à la demi-journée qui ne débouche pas au sommet (en tout cas pas en ski), mais qui augure de bons virages poudreux à la descente ! À noter aussi la possibilité de remonter visiter les petits couloirs Nord-Est qui se séparent du couloir principal à sa base.

Dénivelé : 1210 m.

Difficulté ski : 3.3 E1

Pente : 35° sur 400m

Pointe de Plan Contaz, Lauzière

L’élégante Pointe de Plan Contaz (2638 m) déploie ses pentes en une succession de combes peu pentues, jusqu’à un final aérien lorsqu’on prend pied sur l’arête neigeuse. Rien de bien méchant si l’on reste attentif lors de la traversée des pentes orientées Est. Nous sommes ici bien loin des stations qui ne sont visibles qu’une fois arrivé au sommet, avec une vue plongeante sur Saint-François-Longchamp. Pour y accéder, prendre la route de Saint-Jean de Belleville puis tirer en voiture le plus loin possible jusqu’au hameau de La Sauce (1630 m). Une fois au parking, vous avez encore le choix entre la Pointe de Plan Contaz ou le col du Cheval Noir (2527 m). C’est aussi l’occasion de faire du gros dénivelé si vous n’en avez toujours pas assez. Après tout, les débuts de saison servent aussi à se remettre en forme, non ?

 

Dénivelé : 1610 m.

Difficulté ski : 3.2 E2

Pente : 38° sur 200 m

Sur l’épaule sommitale du Rocher Sarvatan. La trace en traversée suit le GR d’été, exposé en hiver. Préférer monter droit dans la pente, sous le skieur. ©Arthur Lachat

Rocher Sarvatan, boucle par le Roc Rouge, Lauzière 

Très jolie boucle au départ de Saint-François-Longchamp, au lieu-dit Les Perelles. On délaisse bien vite les traces menant directement au col de Sarvatan pour aller chercher le col de Montjoie, caché derrière les Rocs Rouge (impossible de se tromper, la paroi est réellement rouge). Arrivé au-dessus du col, sur l’épaule sommital du Roc Rouge, plonger dans la face Nord, raide sur 200 mètres, sans soucis en conditions stables. Aucune piste en vue, un sauvage vallon suspendu vous accueille, à l’ombre de la Louche Percée englacée. Superbe ambiance lors de la remontée jusqu’au col Sarvatan. Restez vigilant toutefois et ne restez pas sur le sentier d’été qui traverse des pentes abruptes et exposées. Le mieux est d’aller au moins raide, quitte à déchausser les derniers mètres avant d’accéder à l’épaule sommitale des Rochers Sarvatan.

Dénivelé : 1400 m.

Difficulté ski : 3.3 E2

Pente : 40° sur 200 m en face Nord

Pic du Rognolet,  Lauzière

Encore et toujours la Lauzière qui revient ! Et pour cause, le pic du Rognolet appartient à ce type de sorties évolutives qu’on apprécie en début de saison. Un départ haut (autour de 1500 m), des prairies et alpages en sous-couche puis un grand choix de sommets à atteindre, du plus raide avec le Pic du Rognolet (2659 m), au plus doux avec les Portes de Montmélian par le creux de Lachat  (2527 m). Le tout pour un dénivelé d’environ 1100 m accessible sans peine au plus grand nombre. Les amateurs de plus raide s’essaieront au couloir Est des Frettes, ou pourront même tenter de basculer dans le couloir Nord du Pic du Rognolet (côté 5.1) via le col des Paris Saint-Jacques. Un itinéraire qui n’oublie personne, et sans croiser une seule piste.

Dénivelé : 1162 m pour les Frettes

Difficulté ski : 2.1 E1

Pente : faible, 45° sur 300 m pour le couloir N du Pic du Rognolet

Le charme caché de l’envers de la Louche Percée, vers l’accès au Rocher Sarvatan. ©Arthur Lachat

Vigilant sur les cailloux affleurants, le virage carte postale est toujours à portée. ©Maximilien Jooris

Les Aravis vus du ciel, avec la combe de Paccaly au premier plan, et la combe de Tardevant au second plan. ©Jocelyn Chavy

Les combes de la Haute (Savoie)

 

La Haute Savoie et surtout les Aravis sont un réservoir d’itinéraires évidents, aux départs de station comme La Clusaz ou Le Grand Bornand comme de petits hameaux perdus. Sous une neige généralement abondante, les alpages verdoyants soigneront l’irritation de vos semelles de ski en fin de course.

Tête Pelouse, combe du Grand Crêt, Aravis

Les combes des Aravis dans toute leur splendeur, au départ des Confins, à deux pas de La Clusaz. Une classique plutôt très fréquentée surtout le weekend mais qui bénéficie d’une orientation Nord/Nord-Ouest en plus d’être protégée du vent qui peut souffler fort à l’approche des crêtes. Méfiance avec les grosses corniches peu visibles qui sont à prévoir aux abords des crêtes, un accident est vite arrivé. Reste que l’enchaînement des combes Bella Cha/Grand Crêt/Paccaly/Tardevant en passant par le spectaculaire Trou de la Mouche garantit un beau voyage suspendu. On pourra à loisir couper au plus proche des crêtes par un système de vires suspendues ou bien enchaîner les descentes et remontées jusqu’à épuisement.

Dénivelé : 1100 m par combe environ

Difficulté ski : 2.3 E2

Pente : 30° max

Mont Charvin, face Ouest, Aravis

Classique des Aravis, le Charvin (2409 m) marque le premier sommet de la chaîne des Aravis en partant du sud. Belvédère naturel, son couloir Nord-Est accueille régulièrement ceux qui voudraient s’initier à la pente raide. Au départ des Fontanettes ou de la Savatte selon l’enneigement, la face Ouest, raide sur sa partie finale, reste une large combe qui possède un précieux atout pour le skieur impatient : de belles prairies vertes en été. Donc moins de cailloux en perspective ! Possibilité de boucler un itinéraire plus grand en se garant à la Joux et en suivant les crêtes depuis le Charvin jusqu’à la tête de l’Aulps, voire plus loin ! Si vous allez trop loin, on appelle ça la traversée des Aravis en revanche …

 Dénivelé : 1100 m.

Difficulté ski : 4.1 E1

Pente : 40° sur 200m dont 50m à plus de 45° si l’on prend une trace directe.