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Je sais

En montagne.
Je sais précieuse cette liberté d’aller où beau me semble.
Je sais comme courage, pour des difficultés choisies, est un mot déplacé.
Je sais le froid supportable, jusqu’aux doigts hurlants s’il le faut, la chaleur de mon foyer est là, toute,proche.
Je sais pouvoir faire demi-tour si la peur ou la prudence me le réclament.
Je sais aimer marcher la nuit. Le serait-ce si c’était pour me cacher de la méfiance des Hommes ?
Je sais pouvoir rire de ma saleté d’une semaine, puanteur de passage.
Je sais pouvoir errer seul et sans solitude, l’épaisseur de mes amis à portée d’inquiétude.
Je sais goûter le dépouillement, conscient de mon aisance.
Je sais que d’autres dorment dehors s’en fichant bien des étoiles. Va leur parler de clochard céleste.
Je sais que mes larmes du sommet sont plus souvent de joie que de peine.
Je sais que la plupart du temps, trois chiffres suffiront pour que l’on vienne sauver ma peau. 112.
Je sais que mon grand-père allait en montagne pour y faire la guerre et moi jouer.
Je sais qu’il n’y a combat que s’il y a ennemi.
Je sais soutenables la faim et la soif quand un festin suivra.
Je sais que partir loin de chez soi est une douceur quand s’y mêle la vraisemblance du retour.
Je sais comme notre médecine souvent apaise nos blessures.
Je sais, là-haut, malgré les croix, être protégé des croyances assassines.
Je sais que dans mon monde, des hommes payent pour que des femmes les mènent là où ils ne pourraient aller seuls, ça ne suffit pas mais c’est bon signe.

Je sais ce bonheur de choisir mes peurs

Je sais pouvoir hurler à l’horizon l’amour et la haine de qui je veux, ma pensée libre comme l’air.
Je sais ce bonheur de choisir mes peurs.
Je sais que sortir de sa zone de confort est un refrain indécent tant notre inconfort est le luxe de tant.
Je sais comme la cordée est un lien rare et qui réchauffe, jusqu’à croire encore à l’Homme.
Je sais que les enfants de mes enfants iront chercher la glace toujours plus haut, sans doute n’en trouveront-ils plus.
Je sais qu’un jeune de Clichy aura moins de chance que moi de plonger dans les joies de la montagne et qu’il est plus plaisant de croire qu’il n’en a pas l’envie.
Je sais que ce que certains appellent démagogie, c’est l’oubli fâcheux de leur veine.
Je sais ma chance d’être un alpiniste, né en France, à la fin du vingtième siècle. Au bon endroit, au bon moment, dans la bonne inspiration.
Je le sais mais il est essentiel que je m’en souvienne.
Me souvenir que prendre de l’altitude m’invite à en faire de même avec la hauteur.
Me souvenir que fouler les sommets, s’il offre le bonheur d’observer le Monde, exige de ne pas s’en couper.
Me souvenir que savoir où l’on va, ce n’est pas oublier d’où l’on vient.
Me souvenir qu’aimer les contrastes, c’est avoir l’heureux choix de la clarté.