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Faites-nous rêver !

Euh, je réfléchis et j’te réponds plus tard… » Voilà la réponse de Symon Welfringer (Piolet d’Or 2021 avec Pierrick Fine) qui,­ bien malin, a compris que la question « A quoi servent les Piolets d’Or ? » en cache finalement plusieurs, et autant de réponses, mention casse-gueule.

Officiellement, les Piolets d’Or servent à récompenser une certaine vision de l’alpinisme, avec une éthique, une économie de moyen et un style (alpin, on y reviendra). Grâce à un jury d’alpinistes de haut-niveau, plusieurs ascensions sont récompensées chaque année.

l’alpinisme de haut-niveau doit se libérer
de ses réflexes protectionnistes

Et après ? Pas assez. Cela fait 30 ans que des ascensions incroyables sont récompensées. Malheureusement, tout cela reste dans le cercle très restreint des amateurs d’alpinisme (discipline de niche) de haut-niveau (niche dans la niche).

Alors oui, l’alpinisme est une discipline complexe, pas toujours très fun, et les arguments des défenseurs de sa forme la plus épurée, le style alpin, sont compréhensibles. C’est qu’il ne faudrait pas mélanger tout ça avec les expéditions commerciales, les ascensions en style lourd ou encore les escalades rocheuses qui n’impliquent pas toujours suffisamment « d’engagement » selon les Piolets d’Or (à quelques exceptions près comme la traversée du Fitz Roy par Caldwell et Honnold).

Sur un gendarme de l’Annapurna III, novembre 2021. Ca fait rêver non ? ©Nikita Balabanov

Et pourtant, il est temps pour l’alpinisme de haut-niveau de s’ouvrir. Le style alpin pourra toujours rester un aiguillon certes, mais d’autres pratiques alpines méritent aussi d’être mises en lumière. Il suffit de voir l’engouement du public pour l’ascension du K2 en hiver : une expé lourde, avec cordes fixes et oxygène pour certains, mais dont l’histoire est passionnante.

Et pourquoi pas le ski de pente raide avec des descente incroyables telles que le G2 ou le Laila Peak par l’équipe menée par Tiphaine Dupérier, alpiniste pas à court d’idées complètement dans l’air du temps. Et Antoine Girard avec un 7000m à la journée, le Spantik, grâce à une pratique ultra-pointue du parapente, acquise à force d’expéditions. Et pourquoi pas du BASE jump, du big-wall…

Pour être mieux compris par un plus large public, et ainsi mieux distingué d’autres pratiques, l’alpinisme de haut-niveau doit se libérer de ses réflexes protectionnistes. Oui le syle alpin est un Graal de la disipline mais d’autres manière de gravir les montagnes, et de les redescendre, existent et peuvent aussi être à la fois légitimes.

Il est temps que le public
rêve à nouveau

Il est temps que le public rêve à nouveau avec des histoires d’alpinisme. Cela ne veut pas dire qu’il faut raconter tout et n’importe quoi. Non, simplement qu’il faut parler beaucoup plus de la beauté des montagnes, du côté épique d’une ascension ou des motivations intimes des alpinistes, de leur audace ! Hélias Millerioux, Piolets d’Or 2018 pour le Nuptse et membre du jury cette année ne dit rien d’autre : « Plus que la difficulté technique des ascensions, je regarde surtout l’engagement des alpinistes ».

 

De là à dire que les Piolets d’Or sont
à un tournant existentiel de leur histoire,
il n’y a qu’un pas

Le débat est de plus en plus présent parmi les organisateurs mais aussi les membres du jury ou les journalistes. Lors de la conférence de presse avec les lauréats des Piolets d’Or (samedi 27 novembre 202), la discussion a tourné essentiellement autour des critères d’attribution et de leur raison d’être. C’est le signe d’une saine remise en question*.

De là à dire que les Piolets d’Or sont à un tournant existentiel de leur histoire, il n’y a qu’un pas. Soyons optimistes et gageons qu’une à une époque d’un retour à une « expérience authentique » de la nature (au sens non marketing du terme), l’alpinisme a une carte maîtresse à jouer en tant que vrai savoir-faire de la montagne. Ne reste plus qu’à faire savoir.

 

 

 

* Une rencontre sur le sujet, organisée par les organisateurs du Piolet d’Or, avait d’ailleurs lieu ce dimanche 28 novembre 2021, avec notamment Paul Bonhomme pour intervenant ; preuve qu’un vent nouveau commence à souffler. Autant vous dire qu’on en attend beaucoup. A suivre très prochainement sur Alpine Mag.

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