Le 19 novembre, Max Bonniot et Pierre Labbre sont morts dans le massif du Mont Blanc. Leurs corps ont été retrouvés dans le secteur de l’Aiguille du Plan. Membre du Groupe Militaire de Haute Montagne pour Max Bonniot, de la compagnie des guides de Chamonix pour Pierre Labbre, la cordée était celle d’un alpinisme extrêmement talentueux, aussi varié que joyeux. C’est une perte immense pour l’alpinisme.

Ils étaient la fine fleur d’un alpinisme lumineux. Le versant talentueux et humble de ce mode de vie, immergés en haute montagne deux cent, trois cent jours par an. Ils étaient chacun au sommet de leur art. Doués, joyeux, modestes, expérimentés, et respectés. Il étaient une cordée de longue date, chacun représentant aussi, un groupe d’alpinistes, officiels ou officieux. Max Bonniot et Pierre Labbre se sont tués hier dans le massif du Mont-Blanc, dans le secteur de l’Aiguille du Plan, en tentant vraisemblablement la face ouest de celle-ci par la voie Bonington. Dire que nous sommes abasourdis, choqués par la nouvelle serait un euphémisme. Le monde de la montagne, en son ensemble, ne peut être qu’anéanti par la disparition des deux alpinistes français. La montagne n’est ni juste, ni injuste, elle est dangereuse, a dit Messner, une phrase qui ne peut que sembler arrogante pour un survivant.

Comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? L’enquête répondra, peut-être, à ces interrogations. Mais qui nous dira pourquoi cette cordée-là n’est plus ? Personne, ou chacun, le cherchera, de la crête de ses espérances ou au tréfonds de son désespoir. La montagne n’a plus de sens, aucun. Ne plus les voir comme ils sont, comme ils étaient, puisque nous devons parler d’eux au passé. Insupportable. Leur aurait-on pardonné, à Max et Pierre, d’être disparus à l’autre bout du monde, sur une paroi impossible, dans une expédition lointaine dont ils étaient coutumiers ? Plutôt qu’ici, chez nous, chez eux, dans ce massif du Mont-Blanc qu’ils arpentaient du regard tous les matins ? Ascensions magiques, premières épiques, ils imaginaient année après année le plus bel alpinisme qui soit.

Max Bonniot, membre du GMHM

Membre du Groupe Militaire de Haute Montagne depuis 2013, Max Bonniot en était, sans doute, l’un des fers de lance. Passé par le Groupe Excellence Alpinisme de la FFCAM, il égrenait grandes courses, répétitions brillantes, premières ascensions, dans tous les domaines de l’alpinisme. De Divine Providence (Mont Blanc) en escalade libre au Shishapangma, face sud en style alpin (2014), ou la libération de Groucho en face sud des Grandes Jorasses (2018) à Golden Gate sur El Capitan (8a, en libre, 2018), Max Bonniot excellait dans tous les domaines.

Max Bonniot à Ceillac. ©Ulysse Lefebvre

Max Bonniot. ©Jocelyn Chavy

Pierre Labbre

Guide de haute-montagne à la compagnie des guides de Chamonix après avoir été Major de promo (2010), ne dédaignant pas, loin s’en faut, les Écrins ni les aventures lointaines, Pierre Labbre était aussi discret que talentueux. Abonné aux ascensions rares et de haute volée (comme Chauve qui peut avec Mat Détrie à l’Olan, ou Rolling Stones aux Grandes Jorasses, avec Max Bonniot et Léo Billon), il a réussi de belles premières avec ses compagnons habituels, avec simplicité toujours, dont une magnifique première et très rare ascension du Gaurishankar (7134m), l’un des 7000 les plus difficiles du Népal, avec Mathieu Détrie, Mathieu Maynadier et Jérôme Para. Détrie et Labbre récidivaient à plusieurs reprises dont le Pandra, 6700m, au Népal, avec B. Védrines.

Pierre Labbre dans la paroi sommitale du Pandra. ©Benjamin Védrines

Pierre Labbre.

De Max Bonniot et de Pierre Labbre, l’on dirait d’eux que c’était des honnêtes hommes au sens du XVIIème siècle, des alpinistes complets qui n’ignoraient aucune facette de la montagne, des hommes ouverts dont le savoir et l’expérience étaient vastes, très vastes, communicatifs mais pas communiquants (ne cherchez pas Bonniot sur Facebook, il n’y était pas), qui ne préféraient pas le rocher à la glace, les voies éphémères en Himalaya ou la haute-altitude, le rocher sec au rocher glacé. Des hommes dont la culture faisait partie de leur passion. Max Bonniot et Pierre Labbre préféraient être gourmands de tout, passionnés à un niveau qu’il les auraient fait passer pour des spécialistes alors qu’ils étaient forts, immensément forts. En témoigne, s’il le fallait, le souvenir de ce Cerro Torre, une mythique répétition de la Voie du Compresseur en janvier 2019. Associés avec Léo Billon (du GMHM), ils réussissaient en un éclair entre deux dépressions un rêve d’alpiniste. Un de plus.

Doués, ils l’étaient pour l’humour (choisir c’est renoncer), qualité d’autant plus précieuse qu’ils la partageaient. Loin, très loin d’être dans leur tour d’ivoire, Max Bonniot et Pierre Labbre nous contaient leurs aventures avec des mots qui leur étaient propres (les fameux « défouraillages » de Max, et le non moins châtié « Quelle engeance ! » de Pierre…). Ils nous confiaient leurs histoires, au détour d’une rue à Cham’ ou pendus dans un couenne de dry du 05.

Qu’écrire, si ce n’est que la montagne était belle ce matin. Il n’y a pas de héros morts. Il y a des copains qu’on aimait, et qui ne sont plus.

 

Toutes nos condoléances à la famille de Max et Pierre, ainsi qu’à tous leurs proches et amis.