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La saison himalayenne est faste pour les alpinistes français. Après le Nuptse du Gang des Moustaches, c’est au tour de Mathieu Détrie, Pierre Labbre et Benjamin Védrines de revenir du Népal avec une ascension réussie au Pandra (6 700m). Dans la face nord-est de ce sommet reculé, le trio de guides ouvre une ligne technique mixant goulotte et placages (WI6, M6, ED, 1200m).

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Si vous n’avez jamais entendu parler du Pandra, rien d’étonnant. Ce sommet népalais se situe aux confins de l’est du pays, dans la région du Kangchenjunga, à un jet de pierre de la frontière tibétaine. Loin du Khumbu et d’autres montagnes mieux connectées au reste du monde, le Pandra demande cinq jours de marche d’approche pour atteindre son camp de base, lui-même encore situé à une journée de marche du pied de la face. Les trois guides français l’ont justement choisie pour l’aventure qui commence dès l’organisation de la logistique et la constitution d’une équipe de porteurs et aides de camp, avec des agences peu habituées à sortir du trek du Kanchenjunga, qui est commun aux premiers jours d’approche vers le Pandra. « On cherchait un sommet à la fois isolé mais pas trop cher, comme à l’ouest du Népal, où il fallait payer 10 000€ par personne pour le permis »,  explique Benjamin Védrines.

La ligne

La face nord-est du Pandra n’est pas visible depuis le camp de base, situé relativement bas (5 100m) et loin de l’objectif. « J’ai quand même fait une montée assez haut pour pouvoir prendre la face en photo. Les conditions étaient clairement meilleures que celles vues sur les photos des Japonais. » Le Pandra n’avait connu que deux visites, dont une seule réussite. La première en 2002, par des Danois qui parviennent au sommet par la face sud ; la deuxième est une tentative dans la face nord-est, dont il est question ici, par un couple japonais en 2016. Ces derniers ont buté environ 300 mètres sous le sommet. « On est content d’avoir réussi une ligne originale, directe et totalement différente de la tentative japonaise. » Globalement, les conditions rencontrées par le trio sont bien meilleures que dans le reste du Népal au même moment. L’orientation nord-est de la face joue pour beaucoup dans la persistance de la glace et même de placages.

C’est une belle voie, en glace très fine, avec du grade 6 bien raide.

« C’était sec mais pas autant que ce qu’on craignait. Bien moins que ce qu’on voyait sur les photos des Japonais. On est même tombé sur des longueurs de mixte qu’on n’espérait pas. On avait remarqué une ligne de placages bien formés, mais clairement éphémères et plutôt extrêmes, sur environ 200m. On a laissé ça à de futures expés, pour nous concentrer sur une ligne de goulotte. Elle était visible du bas, sauf la partie finale, sur 60m. On s’est dit qu’on verrait une fois sur place pour la connexion avec le sommet… Elle s’étendait quasiment sur les ¾ de la face et passait rapidement à l’ombre. C’est sûrement ce qui nous a sauvé, d’autant que le sommet n’est pas très haut. » La cotation annoncée est un grade 6 en glace, M6 pour les parties mixtes pour une cotation globale ED, sur 1200m.  « C’est une belle voie, en glace très fine avec du grade 6 bien raide. Certaines longueurs sont incotables, car impossibles à protéger dans une neige inconsistante en gobelets, comme en Alaska. »

« Tu vas au Népal et t’en chies même pas ! »

Au bout du compte, l’ascension se passe sans encombres, avec une fluidité presque déconcertante. « Il fallait évidemment rester concentré dans les longueurs dures, mais on n’a pas eu froid, les risques objectifs étaient très limités et on ne s’est jamais fait peur. On a réussi à saisir le bon créneau météo, on était bien acclimatés. On a tout grimpé vite et bien, sereins. » Un genre d’aventure sans anicroche qui pose question. La difficulté était-elle surévaluée au départ ? L’objectif bien choisi ? Trop facile ? « Imagine :  tu vas au Népal et t’en chies même pas ! C’est normalement plus éprouvant. Mais on sait aussi que dans ce genre de face, ça peut vite devenir Abo. On a par exemple eu de la chance avec le vent. Ça soufflait du sud et ça a pu gêner les copains au Nuptse. Mais nous, en nord-est, on n’a rien ressenti. Les performances en Himalaya reposent aussi sur le facteur chance. Mais c’est surtout beaucoup de préparation. ». Pour l’anecdote : aucun des trois alpinistes n’avait de montre GPS avec lui. Autant dire que l’on peut encore réaliser de belles ascensions sans pression…

 

Carnet de bord

25 septembre Katmandou
27: départ de la capitale
2 journées de bus
29: départ Trek
06 : arrivée CB a 5140m
07 : montée CB avancé 5 500m (lac)
08 : montée au camp d’acclimatation 6 100m
09 : sommet d’acclimatation 6 200m
10 : retour au CB principal
11-12-13-14 : repos
15 : montée au CB avancé 5 500m
16 : départ pour la voie réveil à 6h et attaque vers 10h30-11h, le soleil part (nord-est). 1er bivouac à 6 000m
17 : 2e jour d’ascension. Bivouac à 6 400m environ
18 : 3e jour d’ascension. Sommet vers 14h, redescente en rappel et arrivée vers 21h au pied de la face (3h de nuit)
Nuit au pied de la face, sur le glacier.
19 : retour au CB principal
22: départ CB pour le retour
27: arrivée Katmandou