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Parce qu’elles sont là

Pourquoi cette passion nous anime ? Pourquoi grimper des voies, des montagnes ? Explorateur de l’Everest en chemise de flanelle et semelles cloutées, il y a 100 ans, Mallory résumait la question en un lapidaire mais essentiel, parce qu’elles sont là.

Si je prends mon cas personnel, je dirais que c’est un mélange de hasard, de beauté, de lectures. Le hasard ? Une école où un ancien nous encordait à la taille, puis un club CAF où j’étais le seul gosse, le plus léger, avec des Converse aux pieds – parce qu’il n’y avait pas de chaussons taille dix ans. La beauté ? Celle des premières courses, au mal-nommé Tacul ou à l’Aiguille du Moine, sanctuaire au milieu du massif du mont-Blanc. Des lectures ? Celles des Andes vertigineuses de René Desmaison, dure mais magnifique introduction à l’alpinisme « total » que pratiquait le maître. Chacun a sa voie, et Desmaison lui-même attendit ses dix-huit ans pour découvrir l’alpinisme. Pour découvrir la montagne il n’y a pas d’âge, et surtout pas de fin. De facto, je la découvre encore.

Pour découvrir la montagne il n’y a pas d’âge, et surtout pas de fin

Everest et Nuptse. ©Jocelyn Chavy

Comme un résumé de l’année écoulée, ce weekend a lesté nos corps d’ennui et de désirs d’altitude inassouvis, autant d’équilibres à retrouver. Il me reste tant à découvrir. Une falaise devant laquelle je suis passé cinquante fois. Un col haut-perché. Un massif entrevu, les Pyrénées, le temps d’une poignée de courses, et délaissé depuis. Un pic, une voie, un sommet qui me nargue, parce que je pense qu’il est trop difficile. Trop loin. Trop haut.

Bien sûr qu’il est trop difficile. Trop loin, trop haut. Mais c’est pour cette raison que cette passion m’anime. Parce qu’il n’y a pas de sommets sans rêve de sommet. Parce qu’elle me rappelle qu’il n’y a pas de projet impossible. Traverser les Aiguilles d’Arves en highline, gravir un sommet perdu du Yukon, ou du Népal, ou grimper l’un des (très) rares 9b de la planète escalade : voici les rendez-vous à ne pas manquer du prochain Chamonix Film Festival. Nul doute que ce nouveau festival, auquel Alpine Mag vous convie, saura combler notre soif d’impossible(s) devenu possibilités multiples, caresse du rocher et d’aventure, éclat de glace et de vent.

La montagne a ceci de magique que nous pouvons y échafauder tous nos rêves. Lionel Terray l’a résumé dans son superbe livre aux intentions claires mais au titre trompeur, les Conquérants de l’inutile. Terray le savait bien. Nous ne sommes pas des conquérants. Ma passion n’est pas inutile. Elle me tient en vie.

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