fbpx
@

C‘était l’info sensationnelle de la semaine. Les hautes autorités du Freeride World Tour, (FWT) par la voix de son directeur général Nicolas Hale-Woods, annonçaient que « quand les meilleurs freeriders du monde prendront le départ du FWT 2020, ils courront pour la première fois pour un prize money égal ».
Et ce fut une révolution dans le monde du freeride et du sport en général.
Et l’on est en 2020. En 2020 bon sang !
Alors oui bien sûr, cette mesure marque la « volonté de modernité » d’une ligue sportive et c’est une excellente chose. Bravo.
Mais derrière ça, que signifie la dite modernité lorsqu’elle arrive en 2020 ? Que signifie t-elle lorsqu’elle est aussi justifiée par le fait que les « athlètes féminines ont prouvé leur engagement dans le sport avec une progression immense ces dernières années » ? Les femmes auraient enfin fait leurs preuves. Bein c’est pas trop tôt les filles !

L’enjeu maintenant est de ne pas se laisser endormir
par quelques dollars de plus

Blague à part : bien sûr qu’il faut se souvenir que le FWT est un spectacle et que ses artistes doivent fournir aux caméras une prestation à la hauteur de leur rémunération, ou prize money. Bien sûr il ne faut pas éluder le fait que les femmes envoient moins que les hommes dans leurs runs, comprenez qu’elles sortent moins de back-flips, skient et rident moins vite… À ce propos, Juliette Willmann, grand espoir français du ski freeride nous confiait il y a peu : « On n’est pas capables de sauter des barres de 20m. Il faut être réaliste. Il ne faut pas tout mélanger et savoir de quoi tu es capable, pour produire le meilleur show. Je préfère partir dans la face des femmes et skier plus gros que descendre en dérapages dans la face des hommes. » Mais une fois qu’on a dit ça, on en revient à l’élément essentiel de ce débat : le symbole, celui de considérer à égalité les meilleurs ambassadeurs d’une discipline qu’est le freeride, quels que soient les critères d’évaluation.

L’enjeu maintenant est de ne pas se laisser endormir par quelques dollars de plus, par la récompense qui calme les ardeurs égalitaires. Parce qu’il reste un paquet de comportements merdiques à changer au quotidien.
Parce qu’il reste des sponsors à convaincre qu’une femme n’est pas qu’un beau sourire qui fera vendre plus de vestes.
Parce qu’il reste des gamines à emmener en hors-piste pour leur donner le goût du freeride, même si le grand frère va plus vite et en parle plus fort.
Parce qu’il reste surtout rien que la moitié de l’Humanité qui a peut-être envie de s’exprimer, de faire fumer les planches et de dire ce qu’elle pense, en montagne comme ailleurs.

Copy link