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Sa majesté Dubouloz : et la France redécouvre l’alpinisme heureux

Sa majesté Destivelle ». C’est ainsi que Paris Match titrait son article dédié à l’ascension en solitaire et en hivernale de la face nord de l’Eiger par Catherine Destivelle. C’était en 1992.
Et depuis ? « Il n’y a plus de vedettes depuis Catherine Destivelle » ose l’historien de l’alpinisme Yves Ballu dans La montagne sous presse. 

Et pourtant. 

Le matin du 20 janvier, c’est la déferlante dans les médias généralistes tv, radio, papier, web, en France et à l’étranger, parfois même dès le 19 janvier, quelques heures à peine après son arrivée au sommet.
Le nom de Charles Dubouloz dépoussière les rubriques « alpinisme » des rédactions nationales et réveille les Français : France 2, France Info, France Inter (dans la matinale s’il vous plait), Libération, Le Parisien, La Croix, TV5 Monde, Ouest-France, RFI, Le Temps, Stade 2, l’Humanité, Challenges (un mag économique !) et même le prestigieux The Times britannique.
N’en jetez plus !

Et pourtant, tenez-vous bien : Charles est bien vivant ! Pas même blessé. Mieux : il sourit au sommet ! 

Charles Dubouloz à son arrivée au sommet des Grandes Jorasses, le 19 janvier 2022. ©Sébastien Montaz-Rosset / Mammut

Il y avait une éternité que le grand public n’avait plus vibré en découvrant l’ascension d’une montagne par un alpiniste heureux, mention happy end.
Mais alors pourquoi ? 

La dernière fois que les grands médias mettaient la montagne à la une, c’était lors des disparitions d’alpinistes au Népal, au lors du sauvetage d’Élisabeth Revol au Nanga Parbat. On a vu aussi un banc de musculation (un rameur) au mont Blanc faire les gros titres. Le point commun de toutes ces publications ? L’ascension n’était pas le sujet. Alors certes, Nirmal Purja et sa bande sont passés par là, mais une grosse machine à com était activée. Un autre monde.

Qu’en est-il du « joli voyage sans avion » de Charles en face nord des Grandes Jorasses ?

Sur le fond, son ascension réunit tous les critères de l’alpinisme à l’état pur : grosses montagnes, hivernale, solitaire, engagement.
Mais elle concentre aussi des aspirations dans l’air du temps : de l’alpinisme local, presqu’équitable étant donné la simplicité de moyens techniques et de communication mis en oeuvre. Ils confèrent à Charles un capital sympathie inédit. Vous avez dit unanimité ? Pour preuve, la reconnaissance venant également de ses pairs sur les réseaux sociaux.

tous les critères de l’alpinisme à l’état pur,
Mais aussi des aspirations dans l’air du temps

Sans oublier une qualité rarissime : l’autodérision !
Autoportrait le 24 janvier 2022, suite à une commande très spécifique d’Alpine Mag. ©Charles Dubouloz

Sur la forme justement, Charles n’est pas du genre à inonder les réseaux sociaux. Publications et autres live en paroi ne sont pas son truc. « S’il faut commencer à compter les j’aime ! Et imagine s’il faut faire demi-tour ou si tu te casses la figure ! » me confiait-il ce matin. Chez ces gens là on ne compte pas, on grimpe. 

Chez ces gens là on ne compte pas,
on grimpe.

Mais analysons rapidement la mécanique médiatique mise en place, car il y en a bien une.
Même si Charles s’est concentré sur son ascension, autour de lui, un vidéaste bien connu s’est activé pour « sortir » des images très rapidement. Sébastien Montaz-Rosset me confiait ce matin : « J’ai suivi Charles jusqu’à la rimaye, puis je l’ai retrouvé au sommet, sans liaison téléphonique (NDLR : Charles a perdu son téléphone le 3e jour d’ascension). Je suis arrivé au sommet par le versant sud un quart d’heure avant qu’il ne sorte. C’était incroyable. Je l’ai filmé brut de décoffrage, sans refaire de plans ».

On aurait presqu’oublié
ce processus médiatique
très traditionnel

« Brut de décoffrage », voilà qui résume peut-être le mieux cette authenticité qui transpire dans cette ascension et le traitement médiatique qui en découle. Ajoutez l’entre-mise de l’attachée de presse du sponsor de Charles qui relaie infos et photos à l’AFP dans la foulée et la flamme est allumée. On en aurait presqu’oublié ce processus finalement très traditionnel. Très années 1990 !

« La perf, les belles images de Seb et le relais à l’AFP, ce sont les trois éléments essentiels à la médiatisation incroyable de mon ascension » conclue Charles.

La suite, vous la connaissez. Tapez Dubouloz+Jorasses dans Google et vous verrez ce qu’aucun alpiniste n’a réussi depuis bien longtemps.
D’ailleurs, d’après Charles, son compte Instagram a pris plus de 10 000 followers en 3 jours.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire. 

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