Il y a peu d’himalayistes français qui défraient la chronique en très haute altitude et Élisabeth Revol en fait partie. Pour avoir tenté le Nanga Parbat en hiver. Pour y avoir été secourue in extremis. Pour avoir réussi l’Everest ce printemps. Avec des cordes fixes, et in fine, à 8700m, avec oxygène, « un style qui n’est pas le sien ». Explications exclusives sur l’écriture de son livre, Vivre, l’après-Tomek, et le choix de l’Everest comme thérapie, qui lui a « sorti la tête de l’eau ».

Elle ne fait qu’un mètre cinquante-six, mais en Himalaya, la taille ne compte pas. Élisabeth Revol se glisse au milieu des invités de la Mairie de Grenoble. Détendue, souriante, elle répond volontiers aux jounalistes présents, offrant aux rédactions – dont celle d’Alpine Mag – l’occasion, enfin, de s’expliquer. Ce 8 novembre, à Grenoble, elle accompagne ses amis polonais, Adam Bielecki et Krzysztof Wielicki qui reçoivent la Médaille de la Ville des mains du maire Éric Piolle pour leur action de secours, le sauvetage de sa vie à elle. Élisabeth Revol était sans doute l’une des personnalités les plus attendues des 21e Rencontres Ciné Montagne de Grenoble, et pour cause.

Les Polonais sont venus avec leur film, The Last Mountain, qui raconte le K2 l’hiver dernier, et comment, au cours de cette tentative, ils sont parvenus à arracher Élisabeth Revol d’une situation désespérée au Nanga Parbat, à 150km de là, réalisant un sauvetage qui restera dans les annales de l’Himalaya. Son compagnon, Tomek, y est resté.

Pour se détacher du Nanga Parbat, Élisabeth Revol est partie à l’Everest ce printemps. Un choix étonnant pour quelqu’un qui aime la solitude, beaucoup moins pour quelqu’un qui a d’abord, et surtout, besoin de se rassurer, de se « reconstruire« . Une voie normale balisée, un défi relativement simple pour quelqu’un qui a l’habitude de l’Himalaya en hiver. Oui mais voilà, les circonstances, et un afflux considérable de prétendants, a laissé le choix suivant à Élisabeth : renoncer à son « rêve de gosse » ou prendre de l’oxygène. Une bouteille transportée par son sherpa. « Je trouve qu’utiliser de l’oxygène c’est tricher au jeu de l’altitude et placer le but avant le moyen« , écrit-elle dans Vivre (p 194).

Très haut sur la montagne, coincée dans les embouteillages comme ceux qui rêvent de ski les samedis de février, Élisabeth a décidé de prendre de l’oxygène. « En ce jour particulier de ma vie d’himalayiste, il me semble que le dilemme ox ou pas ox n’a plus vraiment de sens, car sur l’Everest (…) on ne peut plus parler de performance. » écrit encore Élisabeth, qui poursuit : « les cordes fixes annulent toute notion de grimpe, peu de décisions à prendre et au passage, tout ce qui est instrospection face à une aventure «  . Élisabeth n’est pas là pour grimper, mais pour se réparer. Pour arrêter de penser à ce qu’elle a fait, ou n’a pas fait, aux décisions impossibles à prendre sur le Nanga. Elle n’est pas là pour un face à face au milieu de la foule, mais pour « s’évader » .

(… suite de l’introduction pour les abonnés)

Quand et comment se construit ton livre Vivre qui vient de paraître ?

Élisabeth Revol : Quand je suis rentrée du Nanga j’ai énormément écrit. J’ai rempli un carnet. C’était un exutoire. Des émotions que je n’arrivais pas à maîtriser à ce moment-là, où c’était trop agressif pour moi et en fait je les posais, cela me permettait de m’en détacher. L’écriture est une thérapie. Dès que je suis rentrée j’ai couché des mots sur le papier, on a d’ailleurs publié ma Lettre à Tomek en mars, puis à partir du mois d’avril, j’ai structuré tout cela petit à petit, à écrire sur ma vie, pour aboutir à la forme d’un livre.

Écrire à propos du Nanga ou à Tomek ?

ER : J’ai eu plein de mots pour Tomek, des choses que je lui ai écrites. Au départ c’était de la colère, car j’étais dans un processus de deuil. Et puis après c’était complètement à l’opposé. Des mots où je voulais lui dire tout le bien que je pensais de lui. Cela faisait quatre ou cinq ans que l’on se connaissait, et lui passait tous ses hivers au Nanga Parbat depuis 2010. Avec Tomek ce n’était pas que de la montagne, il avait un côté mystique et il m’emmenait sur autre chose. Il avait quelque chose de mystérieux, dans sa relation avec la montagne, qu’il appelait Fairy, le nom d’une divinité et de la vallée en-dessous, Fairy Meadows. J’ai repensé à cette descente où Tomek était complètement fermé sur lui-même et parlait à Fairy. Selon la légende, Fairy est une divinité présente sur la montagne. Et Tomek, du fait qu’il ait passé dix ans de sa vie sur cette montagne, il a baigné dans la culture de cette vallée, accumulant les histoires, il s’est approprié le mythe de cette divinité habitant le Nanga Parbat.

En 2019, tu fais ton retour sur le 8000 le plus courtisé, l’Everest. Pourquoi ce choix ?

Elisabeth Revol : En février l’année dernière pendant ma convalescence j’ai vu Philippe Rey-Gorrez de TeamWork, l’un de mes sponsors, on a parlé de nos rêves de gosses, et je lui ai dit que moi, c’était l’Everest, qui me fascinait depuis petite, qui m’avait amené à l’alpinisme et l’Himalayisme. Du coup je me suis raccrochée à ce projet là et c’est cette idée d’Everest en ligne de mire qui m’a fait tenir quand j’étais au fond du gouffre. J’avais aussi une totale inconnue quant à mon retour en montagne. Je n’avais en fait que des inconnues et c’est ce projet-là qui m’a sorti la tête de l’eau. (…)

La suite pour les abonnés.

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