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Quelques jours avant la clôture des inscriptions à l’incontournable Pierra Menta, la Belle Étoile (19-20 janvier) était l’unique course par équipe permettant d’éprouver les futurs binômes en conditions réelles, sur un parcours réputé pour sa technicité. Un moment charnière de l’hiver où les cordées se font… ou se défont.

Stupeur aux Sept-Laux. Des gilets jaunes bloquent le trafic de l’une des pistes de la station avec de longs filets déployés au milieu de la pente, ce qui a le don d’énerver certains skieurs. Rassurez-vous, la manifestation qui secoue la France n’a pas encore étendu son action en altitude. Seule revendication de ces gilets fluorescents : laisser traverser des fous furieux chaussés de skis taille allumette, descendant dans un style peu académique depuis les cimes ventées de Belledonne. Un spectacle qui avait de quoi laisser ahuris ces spectateurs malgré eux, attendant de rejoindre le télésiège quand d’autres s’évertuent à gravir les montagnes à peaux de phoque plus vite que de raison.

Finish en zigzag avant la descente à fond de train. ©Olivier Mansiot

Peauter/dépauter/repeauter. Répétez ! ©Thomas Pueyo

« Se tester avant la Pierr’ »

Car le ski alpinisme est une ode à la vitesse, et tout le problème d’une course par équipe est que cette valeur soit la même pour les deux compagnons de cordée. Rien de tel qu’un crash test grandeur nature, offert sur un plateau par la course de la Belle Étoile. « On est venu pour se tester avant la Pierr’, confirme Alexandre Barberoux (8e avec Loic Thevin, Team La Sportiva). C’était notre première compétition ensemble et on s’est régalé, du coup on valide l’équipe! ». Un essai d’autant plus concluant que la course se déroule sur deux jours, éprouvant la capacité de chacun à récupérer sur une succession d’étapes.

En compétition, le binôme avant tout ! ©Thomas Pueyo

Première de la saison, la Belle Étoile est là pour rôder les équipes. ©Thomas Pueyo

Ode à la technicité

« Les dénivelés ressemblent à ceux qu’on retrouve à la Pierra Menta, souligne François Neyron, président du comité d’organisation. Notre philosophie est d’offrir comme à Arêches une course proche de ce qui fait l’essence du ski alpinisme, en faisant la part belle à des passages techniques, des pentes raides, des arêtes.» Inutile de dire que Belledonne, massif escarpé par excellence, au caractère très alpin, n’en manque pas. « On est même obligé de se refréner de ce côté» avoue Olivier Mansiot, référent FFME sur la course. Les conditions nivologiques en janvier ne sont pas celles de mars et il est difficile de passer par le sommet même de la Belle Etoile par exemple. « Un point commun en plus avec la Pierra Menta dont le sommet éponyme reste un totem lointain, apposant son œil bienveillant sur l’épreuve qui emprunte son nom. »

Belledonne, massif escarpé par excellence au caractère très alpin

Belledonne regorge de parcours variés et alpins. ©Thomas Pueyo

Ludovic Pommeret, vainqueur de l’épreuve avec son acolyte Julien Michelon ©Thomas Pueyo

Un parcours « à l’italienne »

Cela n’empêche pas des passages grandioses, en direction de la Dent du Pra, de quoi ravir les coureurs qui n’ont pas que le chrono en vue, à l’instar de ces Italiens qui n’ont pas hésité à prendre le tunnel du Mont-Blanc pour participer à l’événement. « On sait que les organisateurs font des parcours comme chez nous, avec de belles conversions, pleins de manip’! C’est surtout pour ça qu’on est venu. Et puis c’est presque aussi beau qu’on Italie ! » ajoute-t-il, un brin taquin.
Parce qu’il n’y a pas que la Pierra Menta dans la vie. Sur les 350 skieurs présents pour se frotter aux versants rugueux de Belledonne, il y avait sans doute une majorité silencieuse n’ayant aucune prétention à participer à la mythique classique aréchoise. Prime à l’esthétisme. « Si on fait une course, c’est pour découvrir un beau massif sans zapper l’aspect compétition qui nous plait aussi », justifie un participant qui a fait la longue route depuis le Mercantour jusqu’en Isère, encouragé par une épreuve sur un weekend entier, rendant le déplacement plus rentable. « Ça laisse le temps de s’imprégner de la montagne », conclut-il. Sans oublier de contempler, au loin, cette Belle Étoile de Belledonne.

« C’est presque aussi beau que l’Italie », un coureur italien. ©Thomas Pueyo

Le choix complexe du coéquipier pour une saison de ski alpinisme.

La Pierra Menta peut être une obsession. Pour les cas les plus sérieux, on pense à la prochaine édition dès le lendemain de celle qui vient de s’achever. Pour le skieur sain d’esprit, c’est à la veille de l’hiver que commence la quête pour trouver le coéquipier idoine. Celui qui aura la même vitesse ascensionnelle, le même degré de folie à la descente, une humeur compatible avec la sienne, un lieu de résidence proche pour s’entraîner ensemble, quelqu’un avec qui on lie une amitié de longue date… De quoi se broyer plusieurs fois le cerveau. Voici une liste – non exhaustive – des cas rencontrés.

  • L’équipe ex nihilo

    Ici, les deux coureurs n’ont jamais véritablement fait de compétition ensemble. Une course type Belle Étoile s’avère incontournable avant de s’engager plus loin, au risque de se retrouver face à de mauvaises surprises lors des grandes échéances. Il n’est pas rare dans ce cas que l’équipe explose en vol, parfois avec un feu d’artifice d’insultes. Exemple sur cette Belle Étoile : l’équipe 93 sur la Belle Etoile 2019, dont les skieurs se sont séparés d’un commun accord – ou pas – dès la première étape, visiblement fâchés. Cas rarissime mais détonant.

  • L’équipe aux noces de diamant

    Ou presque. Ce genre de cordée mise sur une fidélité à toute épreuve et compte déjà au moins cinq saisons communes. Peu de choses dans ce bas monde peuvent la briser, sauf peut-être un déménagement à Paris d’un des deux compères. Pour ces équipes, la participation aux classiques de début de saison telles la Belle Etoile ou la Grande Trace n’est qu’une façon de dégripper la machine tout en profitant de paysages grandioses. Exemple par excellence : l’immuable paire Alexis Traub – François d’Haene. On ne se souvient plus très bien quand ils ont débuté ensemble, avec un niveau de ski honorable. Ce qui est certains, c’est qu’ils ont progressé de concert pour atteindre désormais les portes du top 10 à la Pierr’. Costaud.

  • L’équipe presque internationale

    Il s’agit des tops équipes qui sont à la limite d’être en équipe nationale. Ce genre de cordée s’associe par la force des choses, après avoir effrayés leur précédents camarades un peu en deçà physiquement. Exemple sur cette Belle Étoile : Philippo Barazzuol et Yoann Sert (abandon sur casse de chaussure), ou la paire Julien Michelon – Ludovic Pommeret, association d’un jeune en passe d’intégrer l’équipe de France et d’un skieur plus expérimenté, vainqueur de l’UTMB côté trail. C’est cette dernière qui remporte la mise à la Belle Étoile.

  • L’équipe « juste pour le plaisir« 

    Dans cet ultime cas, la compétition est une bonne excuse pour se mettre dans le rouge et passer un bon moment entre amis. Une défaillance de l’un ? Une bonne occasion pour se chambrer la course finie. Une non sélection à la Pierre ? On fera un raid à la place. Et ainsi de suite. Ce sont souvent des voisins qui s’entrainent ensemble et n’ont pas de prétention au classement, si ce n’est être devant l’autre cordée du club.