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Treks en Himalaya

Après avoir réalisé le premier 9a à vue (en 2013) de l’histoire de l’escalade, le jeune grimpeur allemand a poursuivi sa quête de l’extrême version extraterrestre, en réalisant Biographie (9a+, 2014) en une seule journée. Il signe ce printemps 2018 la première ascension de Perfecto Mundo à Margalef, 9b+ s’il vous plaît. Interview exclusive avec Alexander Megos.

Si vous grimpez dans le neuf, la lame de rasoir fait partie de votre équipement : pour enlever la corne de vos doigts. ©Jocelyn Chavy

Progresser en escalade

Je pense qu’une des principales limites à la progression en escalade est la peur de tomber. En bloc, à Bishop (Etats-Unis) j’ai fait des gros blocs bien hauts, des High balls de 30 pieds, soit dix mètres. Dans ce genre de cas, vous ne devez pas tomber, vous savez ce que vous pouvez faire ou non. Pour checker des lignes pareilles j’utilise une corde en moulinette pour travailler le haut du bloc. Je suis plutôt optimiste et je me lance quand je pense qu’il y a 90% de chances que ça marche. Beaucoup de gens se sous-estiment et pensent que s’ils tombent à tel endroit ils vont se faire très mal, ils pensent au pire ! En fait quand ça arrive il ne se passe souvient rien. De ce point de vue la peur peut t’empêcher de réaliser un projet, si tu ne penses qu’aux choses qui peuvent mal tourner.

La peur de tomber, voilà pourquoi les gens n’arrivent pas à progresser en escalade et à repousser leurs limites.

Peur de tomber ? 

La peur de tomber, voilà pourquoi les gens n’arrivent pas à progresser en escalade et à repousser leurs limites. En réalité ce n’est pas compliqué de changer les choses. Grimpez jusqu’à votre limite et acceptez de prendre vingt, trente chutes. Je n’étais pas moi-même toujours à l’aise avec l’idée de tomber en falaise, mais finalement si vous décidez de prendre une chute de vingt mètres (sic), avec la hauteur nécessaire bien sûr, et bien ensuite croyez-moi, vous n’avez plus peur de tomber. Et ça marche, cela m’a étonné moi-même. Bien sûr, commencez en étant juste un mètre au-dessus du spit, sautez, voyez que ça marche et ensuite augmentez la hauteur (rires). L’escalade n’est pas une activité dangereuse. Conduire une voiture l’est, comme des centaines d’activités quotidiennes. L’année dernière 3500 personnes sont mortes sur l’autoroute en Allemagne. Cela fait beaucoup pour une activité aussi simple que la conduite. Et 250 personnes sont mortes dans le monde en faisant des selfies. Alors non, l’escalade n’est pas dangereuse.

Échauffement à Kurtatsch, en Italie, la semaine dernière. ©Jocelyn Chavy.

La compétition

J’ai fait de la compétition de l’âge de 14 ou 15 ans jusqu’à 18 ans, sans jamais être vraiment bon. Ensuite j’ai fait un break de six ans car après l’école je voulais voyager et je ne voulais pas être obligé, étant membre du team national, de faire toutes les compétitions. Donc j’ai repris la compétition il y a un an environ. C’était bien de revoir les visages perdus de vue, de voir comment les gens se débrouillent après plusieurs années de coupure. De voir comment moi-même j’allais réagir en compétition. Et je suis plutôt content au final, j’ai eu de bonnes sensations cette année, j’ai gagné à Briançon cet été aux Mondiaux, et fini troisième en difficulté à Innsbruck en septembre. On verra l’année prochaine si je dégage du temps pour me consacrer plus spécifiquement à la compétition, ce qui me motive par ailleurs.

Sa vieille voiture ayant rendu l’âme, Alex est tout heureux de nous montrer sa nouvelle monture, jaune bien sûr. Sa couleur fétiche. ©J. Chavy

les compétitions de bloc actuelles n’ont plus grand chose à voir avec l’escalade

Le bloc n’est plus (vraiment) de l’escalade

En compétition de bloc les choses ont beaucoup changé, on peut même dire que les compétitions de bloc actuelles n’ont plus grand chose à voir avec l’escalade à mes yeux. Il y a tellement de jumps, de figures imposées du type triple jeté, tellement de mouvements qui n’arrivent jamais en escalade naturelle. J’ai passé six ans à grimper en falaise ou en bloc dehors, et soudainement on me demande de faire des sauts… ce n’est juste pas le même sport. J’ai donc beaucoup de choses à rattraper, adapter mon entrainement à cette nouvelle donne, autrement vous n’avez plus de chance de gagner. Tenir des arquées dans un pan à 45° n’est plus au cœur des compétitions en bloc. Avant c’est ce que je faisais. Mais ce n’est plus ce qui est demandé maintenant. Maintenant il s’agit plus de sauter de telle prise à telle prise. Après, si vous voulez des résultats vous devez vous investir une période pour vous concentrer sur l’un ou l’autre : rocher ou compétition. Dans le futur immédiat je pense faire un peu plus de compétition. Après même si j’aime la polyvalence on ne peut réellement se concentrer sur deux choses en même temps, réaliser une voie dure ou se projeter sur une compétition. Il faut alterner périodes et saisons.

Alexander Megos dans un 7b du secteur Kurtatsch, en Italie, le 12 octobre. ©Jocelyn Chavy

Perfecto Mundo, 9b+

Réaliser une performance coûte de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Après Perfecto Mundo, que j’ai réalisé en mai dernier, j’étais complètement crevé. (seuls deux autres grimpeurs ont atteint ce niveau : Adam Ondra et Chris Sharma, ce dernier étant l’équipeur de Perfecto Mundo, 9b+, dont la première ascension revient à Alex Megos – NDLR) Même deux jours après, nous sommes remontés pour faire des images vidéo mais je n’étais même pas capable de bouger dans les sections dures. Je n’arrivais même pas à grimper la première partie, plus facile. Quelques jours après j’ai repris l’entraînement, j’étais motivé mais fatigué, de corps et d’esprit. Il m’a fallu quatre semaines pour retrouver suffisamment d’énergie pour grimper à un niveau un peu plus relevé. Pour moi quand vous réalisez une perf, ensuite votre corps et votre esprit se mettent automatiquement en mode repos.

Et le 9c ?

Je vais essayer de trouver un projet. En tous cas si je veux grimper quelque chose à ma limite, je ne vais pas essayer Silence, la voie d’Adam Ondra (situé dans la grotte de Flatanger en Norvège, Silence est le premier 9c de l’histoire selon le grimpeur tchèque NDLR). Et puis les coincements de genou, c’est de la triche – je plaisante bien sûr. Je suis allé à Flatanger il ya trois ans, et même s’il y a de belles voies, le style d’escalade ne me convient pas très bien. Je vais plutôt regarder des projets dans mon propre style, des murs à 45° avec des petites prises en bois (rires, car c’est le propre pan personnel dont parle Alex – NDLR) !

 

Alexander Megos est soutenu entre autres par Gore-Tex, qui a rendu possible cette interview.

Je ne vais pas essayer Silence, le 9c d’Adam Ondra, mais plutôt tenter de trouver un projet dont le style me correspond.