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Vivre avec

Il y a quelques jours qui sont déjà le passé, trois alpinistes sont morts au Pic Howse.
Quelques minutes avant de ne plus être, ils se sont pris en photo. 12h43. Leurs vies semblaient radieuses, elles l’étaient ; cette photo, elle sent bon le bonheur. C’est la beauté cruelle des images modernes, instantanées, partagées. On découvre à quoi ressemblent les minutes avant la mort, elles s’incarnent. Souvent des sourires et c’est tant mieux. Rarement l’angoisse et c’est tant mieux.
Mourir en montagne, ça commence toujours comme ça. Par du bonheur. D’être là, d’être ensemble. On ne le sait pas ni même on le devine, ça ne prévient pas. Heureusement, sinon on ne saurait pas quoi faire de cette journée.
On se lève d’une joyeuse impatience. Juste ce qu’il faut de crainte. La veille on a fait son sac, affûté ses crampons et passé les coinceurs au WD-40. On laisse sur la table les projets et les post-it, on aura bien le temps. On jette un œil sa maison, à la cuisine, il faudra refaire la peinture mais ce n’est pas urgent. Ni important lorsqu’on songe à ce que l’on s’apprête à vivre. On fait une caresse à ses chiens, on les prie d’être sages et on leur dit qu’on revient vite, de toute façon, ils n’ont parait-il pas la notion du temps qui passe, c’est leur chance, c’est leur drame. S’il ne va pas avec nous, on embrasse son compagnon, sa compagne ; il se peut qu’on soit encore

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