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C’est aux Grands Moulins que la chaine de Belledonne se termine au Nord. Du haut de ses 2495m, ce sommet ne présente pas moins de 4 itinéraires de descente possibles, en nord et en sud avec des niveaux de difficulté variés. Nous avons choisi le plus raide d’entre eux, le couloir nord-ouest, pour cette balade dans l’un des coins les plus sauvages du massif. Un choix judicieux avec des conditions de neige inespérées. 

Les Grands Moulins fait partie de ces montagnes que l’on peut voir tous les jours de chez soi lorsqu’on habite dans la combe de Savoie ou à Chambéry. Dernier point culminant de Belledonne Nord, aux côtés de la pointe de Rognier (2341m), du Grand Miceau (2631m) ou du Pic du Frêne (2807m), les Grands Moulins est surtout un superbe objectif à skis de rando pour tous ceux qui souhaitent pencher un peu plus les skis et entrer dans l’univers de la pente raide.

©Ulysse Lefebvre

Désert… ou presque. ©Ulysse Lefebvre

Belledonne sauvage

Cela fait un sacré moment que je lorgne sur ce couloir, visible tous les jours depuis la maison. Allez savoir pourquoi, ce dimanche le compagnon, la forme, l’envie et surtout les conditions se sont alignées pour nous amener au pied de cette belle face. Pourquoi aujourd’hui ? Tâchons de répondre par une autre question : pourquoi pas plus tôt ?

Les Grands Moulins apparaissent. Le couloir nord-ouest reste caché. ©Ulysse Lefebvre

Dans les discussions, les réseaux sociaux ou les forums, ça parle le plus souvent de Belledonne sud, l’arrière-pays grenoblois, le jardin des skieurs de la cuvette. Mais sur ces Grands Moulins, pas grand chose. Tant mieux ! Serait-ce la conséquence du passage de la frontière entre Isère et Savoie, dans le vallon voisin ? Toujours est-il que l’accès depuis Presles et La Florence est un choix intéressant pour remonter tranquillement les sources du Gargoton et approcher progressivement vers le couloir. Par bonnes conditions de neige, le passage forestier est plutôt agréable. A la descente, on évitera même l’effet « boarder-cross » en ayant le luxe de choisir sa trace entre les arbres.

Dans ce coin du massif, les vélléités anciennes ont porté l’attention des aménageurs sur Val Pelouse. Plus d’aménagements aujourd’hui mais le lieu reste prisé pour la face sud des Grands Moulins. En nord, c’est désert, ou presque.

Le couloir est enfin visible. On l’attaque par un grand cône de déjection bien skiable en ce moment. ©Ulysse Lefebvre

Mais pourquoi tant de neige ?

En cette période sèche, il aurait été très optimiste de penser que la petite chute de vendredi dernier permette de skier dans la poudreuse. Tout au plus, on espérait une petit couche légère sur fond dur. Pourtant, le couloir s’est bien rempli. Au niveau du cône en sortie bien sûr, ce qui permet de garder les skis assez haut, jusqu’au premier verrou. Mais aussi au-dessus où les accumulations liées au vent et le maintien d’une neige froide donnent une pente parfaitement fournie.

Alors certes, c’est plus physique à la montée et il faut brasser parfois jusqu’aux genoux pour remonter la pente. Mais quand on pense à la descente, l’énergie revient. Si le plan initial était de remonter le couloir et de décider ensuite de le redescendre ou de choisir une autre pente, en sud (3.3) ou sud-ouest (4.1), tout est clair désormais : la descente se fera là, et bien là !

A l’aval : le cône se skie bien et la qualité de neige est surprenante. ©Ulysse Lefebvre

A l’amont : dernière conversion avant le premier verrou. ©Ulysse Lefebvre

Réaliser

En montant dans ce grand toboggan, euphoriques à la vue et au toucher de cette neige parfaite, on se dit qu’il y a toujours quelque chose de gratifiant à concrétiser un projet, à mettre en marche une volonté. Comme un passage à l’acte grisant. A fortiori quand le projet est ancien et qu’il a longuement mûri, l’expérience aidant.

Concrêtement, si j’étais allé dans ce couloir il y a quelques années, je l’aurais sûrement descendu mais, ma technique du virage sauté étant plus que négligeable, je l’aurais probablement glissé plus que skié. Pourquoi pas ! Mais le plaisir de tourner dans le raide en se tournant dans la pente procure un plaisir indescriptible.

On reste concentrés mais, on en est maintenant presque sûrs : la descente va être incroyable.

Les cuisses chauffent, l’esprit trépigne. ©Ulysse Lefebvre

On rejoint l’arête nord-ouest et le soleil. ©Ulysse Lefebvre

1 sommet 4 possibilités

On rejoint alors l’arête nord-ouest. Malgré le vent, on change de monde et tout est accentué au soleil : la température, la vue, la motivation. Côté sud, on voit la face qui se descend bien (3.3) vers Val Pelouse, de même que le couloir sud-ouest (4.1). Tous deux peuvent être choisis avec un départ de La Florence, moyennant une remontée vers le col de la Perrière afin de rebasculer versant nord.

Il est aussi possible de basculer en face est (4.1) où plusieurs petits couloirs permettent de descendre versant nord,  en restant dans une pente raisonnable (35°/40°). Même si le raisonnable est une notion variable, comme chacun sait.

Inutile de dire que nous nous préparons pour le couloir nord-ouest, après une pause casse-croute au soleil. On chausse du sommet. La neige soufflée et dure crisse sous les skis, mais accroche suffisamment pour tourner. Dès que l’on plonge dans la couloir abrité, la neige redevient agréable à skier. A croire que la pente s’adoucit avec la neige. On enchaîne les virages avec une facilité déconcertante.

Bauges et mont Blanc au nord. ©Ulysse Lefebvre

Pic du Frêne et Grand Crozet au sud. ©Ulysse Lefebvre

©Ulysse Lefebvre

Un copain adepte de la pente raide me dit souvent : « La pente raide, ça ne se fait qu’en bonnes conditions !« . Il a raison, tellement raison que j’ai l’impression que la pente raide en bonne neige, c’est tout simplement moins raide ! J’avais eu la même sensation il y a quelques années dans deux couloirs raides des Saint-Pères (4.3 et 5.1) skiés dans 1,5m de poudreuse.

Mais loin de nous l’idée de fanfaronner. On descend en restant concentrés, on trouve les petits sapins pour faire deux relais dans les ressauts et on lâche enfin les gaz en sortie de couloir, avec les derniers rayons du soleil.

Il y a des jours comme ça où tout s’enchaîne sans accroc, simplement. C’est sûrement cette simplicité que l’on recherche en montagne, la simplicité d’une idée qui se réalise, en mouvement.

Une qualité de neige inespérée. ©Ulysse Lefebvre

Le 1er rappel de 30m. ©Ulysse Lefebvre

Saurez-vous retrouver l’anneau de rappel après la prochaine chute de neige ? ©Ulysse Lefebvre

On sortirait presque la photo de freeride avec la gerbe de neige fraîche ! ©Ulysse Lefebvre

Massif de Belledonne, Les Grands Moulins, 2495 m, couloir nord-ouest.
5.1, 45°, D+1550m

Départ de La Florence (au-dessus de Presles, Savoie), vallon du Joudron. Environ 950m. (Un autre départ est possible depuis Val Pelouse en suivant l’arête nord-ouest). 

Accès 
Remonter la piste enneigée puis, au niveau d’un captage aux abords du torrent, soit continuer à suivre la piste, soit couper les virages en empruntant le bord du torrent, le long du grillage du captage.
Poursuivre vers les chalets du Gargoton puis les sources du Gargoton. Au sud on aperçoit alors les Grands Moulins. Prendre au mieux vers la base du couloir reconnaissable à son important cône de déjection. Le remonter puis enlever les skis pour remonter le couloir. 

Deux verrous barrent le passage. Ils peuvent être plus ou moins enneigés ou glacés. Prévoir deux piolets, de vrais crampons et une ou deux sangles pour les rappels à la descente, car les cordelettes existantes peuvent être cachées sous la neige. 

Sur le haut du couloir, il est possible d’en sortir directement ou de le quitter pour sortir sur l’arête nord-ouest avant de rejoindre le sommet. 

Topos 
Toponeige Belledonne, Volodia Shahshahani.

Matériel
Crampons, 2 piolets, un brin de corde de 60m, sangles, éventuellement une ou deux broches courtes selon les conditions, éventuellement les couteaux (et tenter de ne pas les laisser dans le sac si besoin !). 

©Ulysse Lefebvre

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