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J’étais dans les salons du Majestic à Chamonix, moulures au plafond et fauteuils profonds. Il y avait Georges Livanos, alias le Grec, et sa femme Sonia, que l’éditeur Michel Guérin, le regretté fondateur des éditions du même nom, me présenta. On parla Dolomites avec la fameuse paire marseillaise, « le couple le plus sestogrado du monde ». Il y avait Anderl Heckmair et sa femme Trudel, qui discutait avec Sonia, mais c’est une autre histoire. Le Grec était enfoncé dans son fauteuil et la gitane au bec, couvait du regard sa moitié, avec qu’il était marié depuis plus d’un demi-siècle. Célèbre, la cordée avait gravi les plus belles parois des Dolomites, et avait même résolu à deux le dernier grand problème : la vie conjugale. Georges avait trouvé la perle rare, à moins, bien sûr, que ce soit l’inverse.

La cordée Sonia et Georges Livanos a résolu le dernier grand problème des Alpes : la vie conjugale.

Qui ne souhaite pas disposer, en montagne, d’un ou d’une complice avec qui réchauffer les bivouacs ? Sur Camptocamp, en bas de la liste des forums, se trouve l’onglet « Partenaires ++ », un forum « réservé aux recherches de partenaires montagne et plus si affinité ». Foin de Meetic et autre Tinder, C2C a aussi ses petites annonces. Citons Lanorak, à la recherche d’une complice en Savoie : « j’adore me faufiler entre les mélèzes, aller trouver la transparence de la lumière d’automne et en prendre plein les mirettes. Ça pourrait être avec toi si nous avons des vibrations communes ? » Réponse d’une certaine Khalyn : « Et que penses tu de la Haute-Savoie ? »

Un internaute énumère le comment (en skis, crampons ou raquettes) et le pourquoi : « partager cette passion des pentes selon inclinaison, verticalité et températures ». Il précise : « à deux ». On s’en doutait. Pour un autre, la montagne est un « projet de vie » parce que « le grand écart schizophrène deux jours par semaine dans la simplicité et cinq dans le consumérisme outrancier », très peu pour lui ! Plus loin, une internaute espère « partager des bivouacs » avec « celle qui me donne le sourire ».

S’ébattre éperdument dans les fougères, aiguilles de pin, confortables rochers, flocons de neige, verts pâturages… 

C’est aussi le lieu des réconciliations, lorsqu’à « Granier38 » qui cherche l’âme soeur dans  « le Grésivaudan »,  une invitée qui « passait par là » demande « si Lyon peut entrer dans le périmètre ». Fini la rivalité historique des grimpeurs lyonnais et grenoblois, c’est l’heure de la réunification ! Habile, un internaute se présente sous le nom de « Avec-ou-sans-Neige », un remarquable pseudonyme digne d’un chef à plumes célibataire cherchant à ne plus l’être. Funyfoehn, lui, a de beaux objectifs : « s’ébattre éperdument dans les fougères, aiguilles de pin, confortables rochers, flocons de neige, verts pâturages… » Sa future Heidi ne devra pas avoir froid aux yeux, ni ailleurs.

À une internaute en recherche, un homme répond : « prêt à orienter (sa) boussole tout azimut pour des passions communes ». Une autre cherche simplement un compagnon pour grimper de belles voies, et précise, prévenante, être « un poids léger tout gentil, pas compliqué ». Une pyrénéenne cherche un pyrénéen pour franchir ensemble « le col du demi-siècle ». Sincère, un « blaireau cherche blairelle » après un confinement mal vécu. Un gros blaireau, lui, recherche un profil « à l’aise dans le 6ème degré en toutes circonstances, poss. CDI si pas trop râleuse ».

Un internaute précise que « prof et matériel sont fournis » et que « si tu insistes pour passer en tête, j’en serai ravi aussi ».

À celui qui propose « un petit bain dans nos lacs de montagne », on espère que l’eau ne sera pas trop froide. Il y a celui qui promet de « serrer les crampons » en échange d’une caresse « sur la joue ». Un autre internaute propose : « vaste topothèque, placard à matériel, premier de cordée disponible et pédagogue » : attention au but quand même. Un autre gars précise que « prof et matériel sont fournis » et que « si tu insistes pour passer en tête, j’en serai ravi aussi ». Y a encore du boulot, Marion Poitevin.

Sonia et Georges Livanos, le couple mythique.

Dans son livre farci d’auto-dérision, Au-delà de la verticale, Georges Livanos se lamentait : « certains de mes amis m’ont envié une compagne toujours prête à me suivre dans les plus surplombantes aventures. Les malheureux, s’ils savaient ! S’ils savaient ce que cela représente de grimper des journées entières avec un mètre cinquante de faible femme ignorant la difficulté, la fatigue, la peur, le froid, la faim, la soif, alors que LUI est fort sensible à ces désagréments ! » Et de conclure : « s’ils savaient ce que cela représente, après un passage de VI, que de LA voir arriver, souriante, calme, alors que lui, à ce même surplomb… enfin, passons…» 

Sur le forum « Partenaires ++ », un post est intitulé Bouteille à la mer, titre paradoxal sur un site dédié à la montagne. Mais il faut croire que ça marche : son auteur a clos le fil de discussion, « plus d’actualité… »

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