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Montagne privée. Défense d’aimer.

Vous dîtes, vous, ma montagne ?
De mon côté, je n’y arrive pas, ce serait comme prétendre. Prononcer ma femme est une bascule déjà vertigineuse dans le sentiment de possession quoique tout mon cœur présume être l’actionnaire majoritaire du sien. Alors se revendiquer propriétaire d’un bout de la Terre…
D’autres y parviennent. Pour vous en assurer, la méthode est enfantine.
Faites le récit d’une escapade dans un coin reculé des Alpes, plutôt confidentiel, louez la beauté des lieux. Ajoutez comme le calme de l’endroit a apaisé votre existence, illustrez de photos attrayantes puis communiquez brièvement sur les modalités d’accès au joyau. Vite, très vite, les tenanciers du cadastre vont dégainer leur instinct de propriété et vous tomberont aimablement dessus, dénonçant votre odieux crime du dévoilement. Avec de telles inconsciences, dans deux ans, la Bérarde ouvre son Starbucks. Sachez-le, ici, c’est chez eux, ici, c’est secret, le plus inquiétant, c’est qu’ils semblent en être persuadés. Estimez-vous heureux d’avoir eu l’autorisation de pénétrer dans leur massif, leur montagne, leur coin de paradis mais par pitié, taisez-vous sinon, prochaine fois, du goudron, des plumes et raus ! Bien sûr, on vous dira que ma Meije, mon Queyras ou un autre mes sont des pronoms moins possessifs qu’affectifs. C’est ainsi, certains aiment jusqu’à en refuser le droit aux autres et l’idée de mutualiser le bonheur instantanément, à leurs yeux, le ternit.
Ces gens-là pourraient nous faire rire, c’est le cas. En fait, ils sont terrifiants.
Certes, il est des lieux de notre Terre

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