Les vents de notre vie

I

l se peut que nous allions en montagne aussi pour ça. Retrouver le vent.
Nous l’acceptons bien volontiers ce compagnon des cimes. Le vent. Pour un peu, une sortie sans ce souffle aurait le goût de l’incomplet et du calme inquiétant. Aller en montagne, c’est s’assurer que la Terre respire encore.
Il est rare qu’il nous accueille en bas. Il vit là-haut. Il annonce sa présence dans la face, tranquillement, graduellement et il nous cueille au col, toujours cette impression bizarre que le vent habite l’autre versant. Pan ! Il nous secoue sans ménagement nous rappelant qu’ici, on ne fait que passer.
Puis vient l’arête, la fine arête, le terrain de jeu favori du vent. C’est là qu’agit une de ses forces motrices, insoupçonnée, celle de la machine à remonter le temps. La vie nous a donné un corps à mémoire et lorsque le vent nous rudoie, il agit comme un shaker à souvenirs.
Nos 3 ans sont les premiers à frapper à la porte de l’album. Le vent souffle si fort sur l’arête qu’on peut se pencher en avant sans piquer du nez. Il nous soutient. On jouait à ce jeu, petits. On se souvient. Il suffisait d’une brise à peine appuyée, nous étions des brindilles, elle nous tenait droit oblique et ça nous faisait marrer. C’était à celui qui se penchait le plus. La main du parent soucieux nous agrippait la capuche du K-Way sinon c’était par terre, la faute à Voltaire. On découvrait la complicité farceuse

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