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Treks en Himalaya

L’Astrolabe ou le syndrome de Stockholm Un livre pour l'Astrolabe #2

L’empreinte des Glaces est le récit d’un brise-glace, l’Astrolabe. Héros lui-même du récit, l’histoire de ce bateau hors du commun est racontée à deux voix : celle de Romain Garouste, illustrateur, et de Lydie Lescarmontier, glaciologue. Dans ce 2e épisode en exclusivité pour Alpine Mag, Lydie nous explique son lien étonnant avec ce bateau pour le moins prenant.

L

’histoire de l’Astrolabe, c’est celle d’un destin pas comme les autres. Celle d’un bateau qui sera envoyé aux confins du monde, dans le milieu surnaturel de la banquise, sans avoir été conçu pour en découdre avec elle.
Ce bateau n’est pas un brise-glace. Il était destiné à être ravitailleur de plateformes.
Alors pourquoi l’avoir choisi pour venir ravitailler les bases Antarctiques françaises depuis l’Australie ? Son atout qui lui permettra d’imposer sa figure de proue, c’est cette coque en acier épaisse. Il sait rentrer en contact brutal avec la glace.
Aujourd’hui, alors qu’il a laissé sa place à son successeur après 28 ans de bons et loyaux services, et qu’il prend une retraite bien méritée dans les eaux chaudes de Papouasie Nouvelle-Guinée, plusieurs auteurs ont souhaité lui rendre hommage. L’Empreinte des Glaces, c’est son carnet de bord à la première personne (lire notre premier épisode sur ce livre, par son illustrateur Romain Garouste). L’histoire de ce bateau hors du commun alors qu’il parcourt cette bande d’océan et de glace entre la Tasmanie et la Terre Adélie.

Son atout, c’est cette coque en acier épaisse.
Il sait rentrer en contact brutal avec la glace

©Lydie Lescarmontier

Lorsque vous êtes le nez au vent dans les 50e rugissants,
vous vivez les instants les plus précieux de votre vie.

Il doit quand même y avoir une petite part de syndrome de Stockholm dans tout ça. Alors que ce bateau m’en aura fait vivre de toutes les couleurs, je n’en reste pas moins très attachée à lui. A tel point que j’ai voulu lui consacrer un livre.
On ne peut pas parler de lui en de bons terme, ce serait mettre sous silence une partie de l’histoire. Chaque conversation autour de l’Astrolabe passe rapidement par la phase « et toi, qu’est ce qu’il t’a fait subir ? ». Son petit surnom, glissé dans un clin d’oeil n’est pas un petit nom. Mais un nom grossier : Le « Gastrolabe ».
Je me rappelle réellement l’avoir détesté. Des bribes de sentiments ressentis alors que je pestais accrochée sur le pont à lancer mes sondes de températures et salinité, que son ventre roulait et que j’étais trempée par les embruns. Aussi pendant ce moment où il m’a fait voler par dessus ma bannette en pleine nuit après avoir déjà essuyé 3 dépressions.
Pourtant, à son bord j’y ai aussi vécu les plus belles années de ma vie. Ce bateau, c’est lui qui m’a ouvert au monde. Qui a fait de moi, la berruyère enfuie de sa province plate aux champs à perte de vue, cette voyageuse des confins du monde. Il m’a montré la planète telle qu’elle est dans ses régions les plus magnifiques et qui ont fait que j’ai toujours voulu y rester amarrée. D’une façon ou d’une autre.
Lorsque le mal de mer n’a plus d’emprise sur vous. Lorsque vous rigolez à la vue du lavabo de votre cabine qui refoule l’eau des toilettes. Et que vous êtes le nez au vent dans les 50e rugissants, vous vivez les instants les plus précieux de votre vie.
L’Astrolabe, c’est un peu comme la mer. Un endroit brutal, sans concessions, sans confort, mais qui appelle à l’infini, à l’aventure et à la nature. Malgré son régime à 13 000 L de fioul par jour, ce navire polaire est pourtant le sésame vers les contrées du bout du monde, si peu impactées par l’homme.

©Lydie Lescarmontier

Au cours de mes 4 saisons à bord du bateau, j’ai aussi appris que l’aventure, ce n’était pas en arrivant en Antarctique que j’allais la vivre. C’était déjà là, à son bord que je la vivais. Parmi ces expériences, je n’oublierai jamais en 2011 mes deux mois passés à son bord, emprisonnées par les glaces de la banquise qui nous avaient complètement encerclées. Ces soirées où le soleil qui ne veut pas se coucher, flirte avec l’horizon et dévoile une palette de couleurs pastels. Les manchots, curieux, qui s’approchent de l’échelle de coupée pour essayer de comprendre ce qu’est ce nouvel animal polaire.
Et puis bien sûr, ces aventures de bout du monde, sont surtout faites de rencontres. Des personnalités exceptionnelles qui n’étaient absolument pas prédestinées à se rencontrer, mais qui viennent à partager les mêmes repas pendant des semaines et parfois des mois. Des personnes avec qui nous garderons pour toujours un lien, comme des amarres solides qui malgré les intempéries resterons attachées.
Aujourd’hui, l’Astrolabe a été remplacé par un bateau plus beau, plus neuf, plus confortable. Mais j’aime à penser que depuis ses îles de Papouasie où il oeuvre en tant que navire hôpital, il lui reste encore un peu d’eau d’Antarctique dans les entrailles. 
L’Astrolabe, inattendu à ses premiers comme ses derniers jours.
Décidément ce bateau n’aura jamais rien fait comme les autres…

j’aime à penser que depuis ses îles de Papouasie où il oeuvre en tant que navire hôpital,
il lui reste encore un peu d’eau d’Antarctique dans les entrailles. 

©Lydie Lescarmontier

L’empreinte des glaces, Lydie Lescarmontier, Romain Garouste, Elytis, 144p, 27€.