Secours en montagne : « La solidarité ne doit pas s’arrêter au pied des sommets »

Le rapport de la Cour des Comptes sur le secours en montagne a fait grand bruit en février dernier. La gratuité du secours, service aussi emblématique que nécessaire en montagne est à nouveau remise en question. L’association Mountain Wilderness France rappelle dans cette tribune combien le principe de gratuité est, selon elle, indispensable à la solidarité nationale et prône la prévention plutôt que la facturation.

À intervalles réguliers, l’idée de faire payer les secours en montagne refait surface. La récente communication de la Cour des comptes sur l’organisation de ces secours relance à nouveau ce débat.  

L’argument semble simple : pourquoi la collectivité devrait-elle financer les conséquences d’imprudences individuelles ? Mais derrière cette apparente évidence se cache une remise en cause profonde d’un principe essentiel de notre modèle collectif : la solidarité face à l’urgence.

Un secours par le PGHM. ©UL

Introduire une facturation
reviendrait à instaurer
une exception territoriale

En France, l’intervention des secours relève d’un service public. Lorsqu’un accident survient sur la route, dans une rivière ou dans une ville, l’intervention des pompiers, du SAMU ou de la police n’est pas facturée à la victime. La logique est claire : dans l’urgence, on sauve d’abord des vies.

Pourquoi en irait-il autrement en montagne ?

Introduire une facturation reviendrait à instaurer une exception territoriale. Selon l’endroit où survient l’accident, l’accès au secours dépendrait alors des moyens financiers de la personne, capable ou non de souscrire à une assurance privée. Cette inégalité est injustifiable et remet en cause le droit d’accès à la nature pour toutes et tous. 

certaines victimes hésitent
à appeler les secours par peur de la facture.
Ce phénomène est bien documenté
là où la facturation existe

La montagne est aussi un lieu de vie et de travail. Les secours concernent autant les habitants que les visiteurs : promeneurs, cueilleurs de champignons, bergers, forestiers, enfants ou personnes âgées. Une chute dans un terrain escarpé peut nécessiter l’intervention d’un hélicoptère à quelques centaines de mètres d’un village.

Faudrait-il alors aussi demander aux habitants des territoires de montagne de s’assurer pour avoir le droit d’être secourus ?

La facturation pose un problème majeur de sécurité. Lorsqu’un secours peut coûter plusieurs milliers d’euros, certaines victimes hésitent à appeler les secours par peur de la facture. Ce phénomène est bien documenté dans les systèmes où la facturation existe. Or en montagne, chaque minute compte. Un retard d’intervention peut aggraver les blessures, provoquer une hypothermie ou transformer un incident en drame. Une économie apparente peut ainsi conduire à des opérations plus lourdes… et plus coûteuses.

La DZ des Bois à Chamonix. ©Vincent Neirinck

L’autre risque est celui d’une privatisation progressive du secours. Là où une activité est rentable – stations de ski ou zones touristiques fréquentées – des opérateurs privés peuvent intervenir. Mais les missions les plus complexes, les recherches sous avalanche, les interventions nocturnes ou en zones isolées continueront de reposer sur le service public.

On verrait alors apparaître un système à deux vitesses : des secours rapides là où quelqu’un peut payer, et un service public fragilisé ailleurs.

l’enjeu devrait être ailleurs :
renforcer la prévention

Le modèle français du secours en montagne est aujourd’hui reconnu pour son efficacité. Il repose sur l’engagement de femmes et d’hommes hautement qualifiés – gendarmes du PGHM, CRS montagne, pilotes et mécaniciens opérateurs de bord de la Sécurité civile, pompiers mais aussi médecins spécialistes– et sur une organisation construite au fil des décennies. Ce système repose sur une idée simple : face à l’accident, la solidarité nationale s’exerce pleinement.

Plutôt que de remettre en cause ce principe, l’enjeu devrait être ailleurs : renforcer la prévention, développer la culture du risque et accompagner l’arrivée de nouveaux pratiquants en montagne par davantage de sensibilisation et de médiation humaine.

Le secours vise à sauver des vies, pas à sanctionner des comportements.

La montagne est un bien commun. Et la solidarité nationale ne doit pas s’arrêter au pied des sommets.