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365 jours

Nous voici un an après le début de ce que l’OMS a qualifié de « pandémique ». 365 jours avec des hauts, et beaucoup de bas. Il y a presqu’un an, le 17 mars, les restos, les salles de spectacles, les remontées mécaniques et les lieux « non essentiels » tiraient le rideau. Deux mois d’enfermement pour la bonne cause, quatre mois de rémission, un mois de doutes, et rebelote. Le papier pour sortir, un confinement à moitié avoué, à moitié pardonné, semble-t-il.

La première fois que je me suis dit, ça ne peux plus durer, c’était le 15 avril dernier, à peu près. Pendant les deux premiers mois de confinement sous un soleil éclatant, les sommets semblaient aussi désirables qu’une bière en terrasse, tout en étant aussi inaccessibles que la lune. Le 11 mai, ce fut la ruée ! Skieurs de rando, alpinistes, grimpeurs, VTTistes et quelques millions de randonneurs se sont précipités dehors. La Haute Maurienne avait le goût de l’Himalaya, le Semnoz ou le col de Porte celui du fruit longtemps défendu.

Le 11 mai, ce fut la ruée ! La Haute Maurienne avait le goût de l’Himalaya, le Semnoz ou le col de Porte celui du fruit longtemps défendu.

©JC

L’été fut bizarre dans les refuges, avec ces plans de circulation à la noix où le client doit suivre les flèches collées partout pour aller pisser sans croiser autrui, ce qui est à peu près impossible. En fait, ce fut une double découverte des refuges : ceux qui n’y avaient jamais mis les pieds découvrirent un merveilleux système permettant de respirer en montagne, deux  ou trois jours. Ceux qui y avaient leurs habitudes goûtaient, enfin, l’absence de promiscuité, les dortoirs systématiquement à moitié vides au lieu des dortoirs pleins qui parfois côtoient des dortoirs vides. Bref, les refuges ont été tendance.

Nous qui pensions la liberté d’être en montagne comme éternelle, notre regard s’attarde sans doute plus que jamais sur ces journées hors du temps.

Confinement 2, version couvre-feu ridicule. L’hiver fut bel et bon, et il n’est pas fini. L’hiver fut bizarre dans les stations, avec des randonneurs partout – même moi, tiens. En fait, ce fut une double découverte : ceux qui n’avaient jamais mis les pieds dans une station « fermée » découvrirent un merveilleux sport, le ski musculaire, de rando ou de fond, dans un silence inédit. Ceux qui avaient l’habitude de dédaigner les remontées goûtèrent sans modération les domaines skiables, où l’on a randonné tant et plus, sur des pistes damées fort agréables à skier. Bref, les pistes de ski ont été tendance, mais pas comme on l’aurait cru.

En 365 jours, c’est notre vie à la montagne, qui, comme celle d’en bas, a complètement changé. Nos regards sur ce qui existe, sur ce qui est accessible. Nul doute que l’on puisera de ces expériences plus ou moins subies une inspiration pour vivre autrement la montagne, et je ne pense pas aux scooters des neiges qui ont colonisé certaines pistes de ski.

Notre regard a changé aussi sur cette richesse que l’on va goûter là-haut, et à laquelle on rêve une fois en bas. Nous qui pensions la liberté d’être en montagne comme éternelle, notre regard s’attarde sans doute plus que jamais sur ces journées hors du temps, minutes grapillées à l’âpreté du réel. Des projets de bivouac dans l’herbe, de sommets enneigés, voire d’éditos sans covid : tout ce que je vous souhaite pour les 365 jours à venir, forcément meilleurs.

A lire, le bilan de cette année écoulée, qui a inspiré cet édito, sur le Monde.

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