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À la question en préambule, certains vont me rétorquer : montagne. Très bien, mais je dois tout de même attendre le kilomètre 806 pour dépasser les 900 mètres d’altitude et le 1118 pour atteindre les 1880 mètres, on ne va donc pas trop s’énerver sur la dénomination, non ?

Alors, colline ou plage ? Les deux, mon capitaine.

Il faut d’abord définir la colline néo-zélandaise, c’est une nécessité. Comme je l’ai déjà écrit, tout est vert dans cet environnement. Horizon quasiment nul, sauf quelques points de vue une fois passé Matapouri. Avant, aucun espoir de voir autre chose que de la végétation dense, très dense. J’ai tenté pour vous une coupe, juste 100 m… Une vraie catastrophe. Il aurait fallu une machette pour progresser, il n’y a pas d’espace pour pénétrer cette jungle. Si par malheur vous tentez un raccourci dans un terrain redevenu en friche? Ce sont les genêts scorpions qu’il faudra affronter, serrés et hauts. Les marques sur les jambes en seront les témoins révélateurs. Une fois, et se dire : plus jamais.

Pour ce qui est du sentier, tout dépend du bon vouloir de la météo. La chance m’accompagne, peu de pluie, donc terrain sec. Dans les souvenirs que laissent les autres trekkeurs sur les applications utilisées (Guthook pour la citer), on peut souvent lire : boue jusqu’aux genoux… Le temps de marche est alors une donnée assez aléatoire.

 

Sortir la tête de la verdure, le chemin fait à peine une trouée au sol. ©Laurent Boiveau

Sentiers unis

Mais en tout cas, toutes les collines, donc les forêts, ont un point commun : le tracé du chemin. Que ce soit le DOC (Departement Of Conservation) ou les équipes du Te Araroa, tous ont une vision assez radicale de ce que doit être un sentier. Il faut bien prendre en compte qu’aucun sommet ne vous sera épargné, ne pensez pas le contourner, il faut grimper coûte que coûte. Dans cette optique, autant aller au plus court, c’est à ce moment que l’on découvre pleinement les montées néo-zélandaises… Elles me rappellent étrangement les « faux plats népalais ».

La ligne la plus courte d’un point à un autre étant la ligne droite, pourquoi faire autrement ? Au plus profond d’un thalweg, pour rejoindre une épaule ou un sommet, la directicime reste l’option choisie.

« – Dis donc Gérard, on mettrait pas un sentier direct pour rejoindre le sommet du mont Lion ?

– Oui, tu as raison, ils vont avoir chaud mais au moins ils vont s’en souvenir…

– Les gars, vous faites quoi là ? (Julie, la cheffe du groupe sentier)

– On crée le nouveau sentier du mont Lion.

– Vous avez pensé à mettre des escaliers, j’espère ?

– Euh, oui oui, bien sûr. On en parlait avec Raoul. D’ailleurs pour remonter de Peach Cove Hut, on a collé 809 marches. Ils vont s’en rappeler, c’est sûr. Surtout qu’après, pour redescendre, il y en a bien au moins 2500…

– Sinon, vous avez réglé le problème du sentier de la Kauri Moutain ?

– Oui, ça c’est bon, on l’a mis tout droit.

– Les gars, j’avais dit quoi, c’est terminé Mardi gras…

– Ok, allez, on met des virages. Dix ça ira ? »

Ce sont les seuls que j’ai pu voir en 362 km…ça met les jambes en condition, je vous le promets.

Mais les collines du Northland réservent un autre petit secret : les ruisseaux et autres cours d’eau. Mangapukahukahu stream et Panakauri stream sont les deux premières rivières où le sentier se confond avec la matière aqueuse. A ne pas tenter lorsque les gros orages menacent, sinon c’est un raft qu’il va vous falloir les descendre. L’eau est fraîche et relaxante. Les fonds sableux vous permettent de progresser rapidement tout en observant la faune locale, oiseaux comme poissons. Ne soyez pas trop tenté par les bouts de sentiers qui remontent sur la berge pour un court instant, beaucoup d’énergie dépensée en vain. Rien ne vaut la progression promise dans l’eau quitte à en avoir jusqu’au bassin (je mesure tout de même 1m86…).

J’espère que vous cernez mieux l’ambiance colline.

Au milieu (de la forêt) coule une rivière. Les quelques reliefs pourtant si proches sont inatteignables sans machette. ©Laurent Boiveau

Petit organique devant colosse végétal, rencontre coutumière. ©Laurent Boiveau

L’uni-vert du Te Araroa vu du ciel. ©Laurent Boiveau

Et les plages ?

La côte Nord-Est a été qualifiée la plus belle au monde par le National Geographic, cela n’engage qu’eux. Mais malgré tout, il faut avouer que l’on reste bien souvent littéralement scotché devant les baies, criques et autres plages immenses qui nous accueillent depuis Paihia.

Une fois quelques collines traversées, les fameuses, se sont ces lieux paradisiaques qui s’offrent à notre contemplation. Quatre millions d’habitants pour une surface grande comme le Royaume-Uni, ça laisse pas mal de place. C’est avec surprise que l’on découvre un grand nombre de plages totalement dépourvues d’humains. Il ne reste plus qu’à en profiter pour se baigner dans ces eaux turquoises. Fraîche, vous avez dit fraîche ? Après quelques heures en plein soleil, oui, il faut l’avouer. Mais c’est tellement tentant que l’on ne peut y résister…

C’est dans ces moments extatiques que l’on remarque qu’un certain nombre de ces petits paradis sont privatisés, tout du moins leur accès par la terre. Les petits veinards… Mais, parce qu’il y a un mais, les plages sont aussi de grands moments de solitude. Je ne reviens pas sur la 90 Miles Beach qui est à part et relève plus du test d’entrée dans le Te Araroa. En effet, de temps à autre, vous devez délaisser les sentiers en balcon pour vous confronter au sable. La marée peut être votre meilleur ami, ou pas, mais ça vous le découvrez assez vite. La météo a aussi son mot à dire. Un franc soleil vous laissera quelques souvenirs impérissables. Les pauses sont nombreuses pour observer le ressac, l’eau en mouvement modelant continuellement la plage sur laquelle on évolue.

Et puis, en décembre, les oiseaux marins (l’Huîtrier variable, la Sterne tara et le Pluvier roux) nichent dans les dunes. Ils viennent donc vous rendre visite à intervalles reguliers. Leur technique est assez sophistiquée. Ils piaillent, ça oui, puis essaient de vous attirer en faisant semblant d’être blessés, traînant une aile au sol pour vous inviter à les suivre, vous faisant ainsi oublier votre intérêt pour leur progéniture. Pour l’Huitrier variable et la Sterne tara, si ce n’est pas suffisant, ils viendront directement vous intimider. La Sterne aura tendance à vous considérer comme un poteau à guano…

Prenez le temps de les observer avant de les laisser tranquille.

Dans la solitude grandiose d’une plage néozélandaise. ©Laurent Boiveau

Marcheur de passage

Les autres rencontres peuvent vous faire passer pour un extraterrestre. Imaginez, vous arrivez avec votre gros sac, vos bâtons et chaussures de marche, au cœur d’une plage familiale où tout le monde est orienté surf, du plus petit des enfants jusqu’au patriarche. L’intrus c’est vous. Certains connaissent le Te Araroa, et viennent vous saluer et vous féliciter (accueil Kiwi…), mais parfois dans le regard des enfants vous revient la chanson de Pierre Vassiliu :

Et les gens disent de moi :

« Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a, qui c’est celui-là?

Complètement toqué, ce mec-là, complètement gaga

Il a une drôle de tête ce type-là

Qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il a ? »

On avance alors à regret en voyant se préparer le barbecue dominicale. J’y aurais bien participé…

Alors plutôt colline ou plage ?

Plus que 2206 km ;-).

Ka kite ano, Laurent

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