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Et voilà c’est parti pour 5 mois de trek le long du Te Araroa. L’un des fameux treks d’envergure comme il en existe à travers le monde. Le Great Himalayan Trail, le Pacific Crest Trail, le Continental Divide Trail, l’Appalachian trail, la Via Alpina, la Trans-Amérique du Sud (qui se met en place), la Haute Route des Pyrénées (si, si, elle est superbe à faire)…Le Te Araroa est quant à lui au pays du long nuage blanc (Aotearoa, Nouvelle-Zélande). Ouvert le 3 décembre 2011, il est arrivé à maturité, même si les évolutions sont régulières. 3006 km si l’on suit l’exact tracé. Légèrement plus, si l’on a prévu quelques variantes…

En arrivant en Australie ou en Nouvelle-Zélande, ce qui nous change un peu de l’Europe ce sont les panneaux « Be honest » et « Don’t lie ». Injonctions qu’il vaut mieux suivre à la lettre, si vous voulez fouler le Te Araroa. Mais en amont, il a fallu préparer le sac. Un sac léger pour pouvoir avancer rapidement sans souffrir outre mesure. Be honest… bon, c’est vrai il y a un moment où je n’en étais pas si loin. Mais la partie photographe (Mister Hyde) a pris le dessus et le sac s’est alourdi, bien de trop, c’est évident. Peu importe il faudra faire avec.

Cet itinéraire débute par 106 km de plage. A quelque chose près, en longeant la Ninety Mile Beach, de quoi dégoûter tous les passionnés de montagne. Ne vous en faites pas, c’est une randonnée paisible malgré les apparences. Be honest… oui, bon d’accord, si la marée est haute çà peut vite tourner au cauchemar. Le sable mou vous rappelle à l’ordre, mieux vaut bien calculer ses horaires. Cette année, le soleil est omniprésent. Incroyable le nombre de personnes qui prennent le teint tomate en un rien de temps. L’avantage c’est que l’on est seul sur un tel itinéraire. Be honest… c’est vrai, jusqu’au moment où tout le monde arrive en ordre dispersé au camp. Vous êtes effectivement seul mais à plusieurs. Tout le monde est tellement éparpillé sur les étapes de 30 km, que l’on a tout de même l’impression d’être seul. Mais l’improbable n’est jamais très loin… vous vous faites klaxonner. Si, si, cette Ninety Mile Beach est un raccourci pour rejoindre Apahia, la destination finale au bout, tout au bout de la plage, ce lieu qui semble inaccessible à cette heure de la journée. « Je n’y arriverai jamais… », « Tu n’avais qu’à prendre un sac moins lourd » nous chante notre petite voix intérieure.

Les néo-zélandais ont la réputation d’être accueillants. Be honest… ils le sont vraiment et c’est assez incroyable.

Les pêcheurs se répartissent le long de cette immense plage. On ne risque pas de s’en plaindre, ils permettent de vérifier la comestibilité des coquillages que l’on trouve non loin de Bluff camp. Un futur apéro avant d’attaquer le sempiternel riz, voire les pâtes si c’est fête. Sur la plage, seul, (non BB, pas du tout abandonné), nos seuls compagnons sont les mouettes, les sternes, les huîtriers pie… et les goélands. Ces derniers nous jettent un œil bien souvent hautain, la tête légèrement enfoncée dans le cou. Quand ils sont deux, je suis sûr qu’ils discutent entre eux. En parlant certainement un peu du bec. 

« – Non mais, Georges, tu as vu ces grands oiseaux sans plumes ? Ils ont lair ridicule. Ils ne volent pas et ils navancent pas. Et puis la bosse dans le dos, des bernard lhermite, cest sûr. Non, vraiment, des naaaazes, je te dis.

– Ne t’énerve pas Gérard, tu vas encore mal digérer. Viens, je connais un coin poissonneux. Viens donc avec moi. »

En s’envolant, vous les entendrez certainement dire : « Ah les naaaazes »…

Heureusement, il reste la baignade. Tout au nord, c’est l’équivalent de notre sud, hémisphère sud oblige. L’eau y est donc particulièrement chaude en cette période du printemps. Be honest… mieux vaut être motivé. Après une journée sous le soleil, la différence thermique est assez importante. Vous avez envie de reculer, de ne pas y aller, mais il trop tard, vous y êtes, autant marquer le coup. Vous n’avez pas fait 32h00 de voyage, pris 12h00 de décalage pour vous arrêter face à la mer de Tasmanie. Allez, on souffle et l’on se glisse dans le grand bain.

Sur la plage abandonnée… ©Laurent Boiveau

Par contre, je dois avouer une chose, j’ai beaucoup de chance. En effet, j’ai déjà vu quelques kiwis, les oiseaux, pas les habitants de ce splendide pays. Be honest… ok, d’accord, mes chances d’en voir sont quasi nulles. Leurs œufs sont recherchés par les rats, les chats et les opossums. Comme ils nichent au sol, leur chance de survie est incertaine. Il me faudra attendre l’île Stewart, la 3e île de Nouvelle-Zélande, elle sera dans mon trip, mais en-dehors du Te Araroa. Qui plus est, sur cette île, ils sont diurnes, double espoir. Comme mes chances sont tout de même assez minces, j’ai apporté le mien, il servira de fil conducteur. Merci à Emmanuel Michel pour sa réalisation. Les néo-zélandais ont la réputation d’être accueillants. Be honest… ils le sont vraiment et c’est assez incroyable. Auckland, pour la deuxième soirée, la personne qui m’héberge me fait déguster un poisson mariné au citron dans une sauce coco, un délice. C’est son anniversaire, alors autant que tout le monde en profite. Cerise sur le gâteau, ou plutôt sur la meringue, un Pavlova maison en guise de dessert. L’un des rares sujets de discorde avec le voisin Australien.

Seul au pays du long nuage blanc, la mer avant la montagne. ©Laurent Boiveau

Seul ? Quelques kiwis presque locaux rôdent pourtant. ©Laurent Boiveau

Le chauffeur qui fait le transfert pour rejoindre cap Reinga adore discuter et c’est tout naturellement qu’il m’invite. « Une fois arrivé à Ahipara, un petit coup de fil et l’on mangera du poisson frais avec ma femme. Juste me téléphoner avant pour tout caler. » Au camp de Twilight, deux locaux offrent de belles moules vertes pour pouvoir améliorer le repas du soir. Bravo les gars. Et ces moules, oui, bon d’ accord, elles sont énormes, mais tout de même moins bonnes que celles de chez nous, il faut l’avouer. Be honest… faux, archi faux. Juste cuites dans l’eau sur le réchaud, elles s’ouvrent naturellement lorsque la cuisson est parfaite. Elles sont charnues sans être grasses. Et le goût, une merveille, un apéro magique pour une première journée sur le Te Araroa.

Plus que 2900 km !

Ka kite ano, Laurent.

@Emmanuel Michel

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