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Ne le dites à personne

L’autre soir, je discutais avec un célèbre alpiniste (classe comme entame non ?).
Il me dit que sa plus belle réalisation, il y a vingt années de cela, n’a été connue de personne, encore aujourd’hui. C’est sans doute pour cela, qu’à ses yeux, elle est la plus belle. Je lui jette que c’est un peu facile cette coquetterie dans son océan médiatique. Il me dit oui, sans doute, tu as raison – c’est pénible quand les gens acquiescent à vos objections, ça désarme – mais je ressens son classement comme profondément sincère. Je lui demande si de m’en parler n’a pas mécaniquement affadi son secret. À son regard malicieux, je devine qu’il y en a d’autres, des ascensions mieux gardées encore.
Je suis certain qu’ils existent depuis toujours. Ces alpinistes qui n’ont rien dit. Il me plaît à croire que Whymper n’était pas le premier à la Verte, qu’une cordée de discrets curieux l’a précédé. Il me plaît à imaginer un skieur dans le Nant Blanc, avant ou depuis Boivin, virages pédalés, sautés, cachés. Il me plaît à penser que mon voisin a fait un truc, hier, en montagne, juste une bosse, sans en parler. Ce peut être une ascension majeure ou un petit tour à prendre l’air, peu importe en fait. Je suis certain qu’il y en aura d’autres, des faits connus des seuls faiseurs, des actes connus des seuls acteurs. Dans notre siècle à haute diffusion, qu’on ne sache pas tout a ce je-ne-sais-quoi de réjouissant.
Nous

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