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Mountaineer, la Master-class de Sir Chris Bonington BIBLIOTHÈQUE ALPINE

Chris Bonington. Mountaineer. Le titre claque aussi simplement que celui de son auteur, devenu « Sir » Chris Bonington sept ans après la publication de la première version de son autobiographie. Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce livre est bien plus que le récit d’une vie.

C’est une somme. L’histoire de l’alpinisme de ces 60 dernières années. Plus encore, avec près de 500 photographies d’une qualité et d’une variété exceptionnelles, la plupart prises par l’auteur, c’est véritablement l’œuvre d’une vie d’alpiniste et de photographe. De ces premières escalades dans les montagnes de Snowdonia au Pays de Galles (1951) à son ascension anniversaire à l’Old Man of Hoy pour célébrer ses 80 ans (2014), Bonnington est passé par mille lieux et en a photographié les montagnes, les faces, les crevasses, les porteurs, les alpinistes, en action, dans l’attente, les scènes de vie pendant les approches et dans les villages traversés. Reporter « d’aventure » pour la presse britannique, il apporte à l’époque un regard nouveau sur l’alpinisme et son microcosme, cela sous toutes les latitudes à toutes les altitudes : Eiger, Tre Cime, Torres del Paine, Annapurna, K2, Shivling, Vinson, Everest, et plus récemment les montagnes du Groenland, du Tibet ou du Maroc. Ces dernières font l’objet de cinq chapitres complémentaires par rapport à la première édition du livre.

Chris Bonington, Mountaineer, Vertebrate publishing, 256p.

Du récit de son ascension du Old Man of Hoy, répétée 46 ans après son ouverture avec Leo Houlding, jusqu’aux souvenirs des péripéties partagées à l’Ogre avec Doug Scott, lors des Piolets d’Or 2015 (Chamonix). ©Ulysse Lefebvre

il représente aussi
une sacrée leçon de photo

Plus que jamais, l’impulsion de Bonington vient d’une image. C’est un élan d’abord photographique qui le pousse vers des horizons parfois ambitieux, apparemment, pour le jeune alpiniste : « Après trois ans de journalisme dédié à l’aventuue, je cherchais une nouvelle expédition. Mon attention fût attirée par une photo de la face sud de l’Annapurna. Cela semblait énorme et excitant. Sans penser un seul instant aux questions logistiques ou aux difficultés techniques, je décidai de me lancer dans ce projet. Je n’ai jamais été quelqu’un de très organisé et j’avais pour réputation d’être tête en l’air. Cela me prit quelque temps avant de mesurer l’ampleur du défi et la complexité de l’organisation nécessaire. J’étais pris par des moments de doutes. Que se passerait-il si nous arrivions au pied de la paroi et décidions que tout ça était trop dangereux ? Si nous devions rentrer à la maison sans avoir mis un pied sur la montagne ?« 

Ian Clough traverse sur les cordes fixes dans la partie en glace la plus raide de la voie, en face sud de l’Annapurna, 1970 . ©Sir Chris Bonington

Arrivée du matériel au camp de base de l’Everest, 1975. ©Chris Bonington

En refermant l’ouvrage, après s’être perdu dans chacune des photographies (plus de 500 au total !), on se dit qu’il représente aussi une sacrée leçon de photo. Une leçon pour tous ceux qui tentent de raconter la montagne en s’enfermant trop souvent dans l’image d’action, à tendance publicitaire. Les clichés de Bonington captent les à-côtés, les instants où chacun aurait gardé l’appareil dans la poche, les regards confiants ou perdus, les corps battants ou abbatus, on se souvient de « l’instant décisif » selon Cartier-Bresson. On se rappelle aussi de la stature journalistique d’un autre grand de la montagne qui prolongea également sa carrière d’alpiniste par celle de reporter-bourlingueur, un certain Bonatti. Malgré ses teintes jaunies, le récit du « Young man of Hoy » est plus moderne que jamais.

Lire aussi notre article consacré à Chris Bonington dans notre rubrique Monstres Sacrés. 

Bande annonce du film éponyme. 

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