Les jours sauvages, carnet d’expé extraordinaire en Alaska

C‘était une aventure avec un grand A : une traversée de cent kilomètres à skis-pulka du massif géant du Denali et du Foraker, en Alaska. En 2023, Hélias Millerioux, Alex Marchesseau, Chris Tricou et Aurel Lardy ont parcouru 450 kilomètres à skis, en packraft et à pied, signant au passage l’ascension et la descente à skis de ces deux énormes montagnes que sont le Denali et le Foraker.

En 2024 l’aventure est relatée dans Les Jours Sauvages réalisé par Yohan Guignard, et, à notre avis, meilleur film de l’année. Le film vient de recevoir le Grand Prix du Fodacim 2024.

Voici maintenant le récit, à l’écrit, de cette expédition singulière, cinquante jours d’amitié et de wilderness. Cinquante jours qui démarrent, écrit Alex, à la pointe du Raz, quand, exalté par une nuit penchée sur les cartes de l’Alaska, il propose la botte à Hélias. Cinquante jours qui marquent : la tête, le corps. Et qui démarrent difficilement.

Les jours sauvages, éditions Glénat 2025, 26 euros, 144 p.

Si vous pensez que les guides/athlètes, sorte de surhommes diplômés, sont toujours prêts en partant en expé, détrompez-vous. Dès le premier jour, un manque de permis conduit à un faux départ, et à un tour non désiré en avion. Le temps pour Aurel Lardy, moniteur et ancien compétiteur, de scalper à la scie sa chaussure de ski qui lui a fait mal au pied …au bout d’une journée.

Ce premier jour à tirer une centaine de kilos sous le soleil atomise Alex (Marchess’), au bord de tomber dans les vapes. Il faut dire qu’ils ont la gueule de bois de la fête de la veille. Quant à Tricou, il souffre dès le premier jour de ses blessures consécutives à un crash en BASE jump. Bref, ça démarre bien.

Hélias, Alex, Aurel et Chris. 

La suite vaut son pesant de (beurre de) cacahuètes : le tapis de neige infini, le labyrinthe des crevasses, « le cheddar industriel qui se transforme en glace fromagère », les odeurs qui disparaissent à mesure qu’ils prennent de l’altitude, « ce qui facilite grandement le vivre ensemble ». Même si le film génial de l’Endroit films – montage Hugo Clouzeau – a réussi à durablement imprimer nos rétines de certaines images (la séance de collage de paillettes avant l’ascension), il reste tant à dire, à raconter ce que c’est, couper tous les ponts pendant cinquante jours pour survivre au milieu de montagnes aussi belles que pas franchement sympathiques.

couper tous les ponts pendant 50 jours pour survivre au milieu de montagnes aussi belles que pas franchement sympathiques

Marchess’ raconte sa chute dans une crevasse, cul par-dessus tête avec sa luge chargée. «Heureusement que je suis tombé à côté et pas dessous». Assis dans la crevasse, sécurisé par une broche, Alex se roule une clope.

Quelques jours plus tard, dans la tempête. Faire ses besoins par moins trente degrés ? Une histoire de cordée, puisqu’outre l’auteur, il faut un portier, à la tente, et un infirmier pour réchauffer les mains, après. « Se nourrir, se réchauffer, avancer » tel est le mantra quotidien. « On se transforme en bestioles et c’est assez jouissif.» Une équipe soudée.

Jusqu’au Foraker, où l’entente craque : la météo pourrie, l’engagement maxi, mais Hélias veut absolument tenter le sommet, et les trois autres pas vraiment. Ce sera pourtant le plus beau jour de leur vie de skieur.

Ensuite, il y aura la descente de la rivière, l’ours, le retour parmi les hommes. « Le plus dur, revenir sur Terre » écrit Aurel. Pas sûr, tant il est difficile de partir, déjà. Un récit plein d’essentiel dont on se berce, puisqu’il prouve que l’aventure existe toujours, encore et toujours, et un livre magnifique à mettre sous le sapin.

Le film Les Jours Sauvages a obtenu le Grand Prix du Fodacim le 12 décembre 2025.